Un temps abandonnée, puis rénovée et remise au goût du jour avec une halle gourmande, la Gare du Sud, monument du centre-ancien qui domine un marché populaire, a traversé les époques…
C’est un symbole du quartier de la Libération, mais aussi de l’architecture ferroviaire française et de l’essor économique azuréen. La Gare du Sud, c’est un passé riche en péripéties et en émotions.

Conçue par l’architecte Prosper Bobin, elle est inaugurée en 1892. Elle reprend le style architectural caractéristique de la Belle Époque, avec des inspirations de Gustave Eiffel. Son allure majestueuse et sa structure en fonte lui confèrent une aura d’élégance et de grandeur, reflétant l’ambition initiale des Chemins de Fer de Provence, « 500 km de rails jusqu’au coeur des Alpes ». Sa voûte métallique culmine à dix-huit mètres de haut.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment subit de gros dégâts. Un avion non-identifié largue des bombes sur l’édifice, causant la mort de plusieurs personnes et esquintant le toit de l’édifice. On y décèle également des impacts de balles datant de la Libération.
La Gare du Sud a joué un rôle crucial dans le développement urbain de la ville au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Mais cent ans plus tard, ses portes sont fermées au public.
Le 9 décembre 1991, le dernier train à destination de Colomars quitte la station à 19h17. Une page de l’histoire ferroviaire niçoise se tourne, célébrée par un feu d’artifice de pétards et des fumigènes.
Des travaux colossaux, un savoir-faire local
Après avoir échappé de peu à la destruction, l’avenir du bâtiment est resté incertain pendant un certain temps. Il est même squatté, dégradé et enseveli de déchets.
Plusieurs projets sont envisagés, notamment l’installation d’associations artistiques. Jacques Peyrat, l’ancien maire (1995-2008), souhaitait y transférer l’Hôtel de Ville, après avoir racheté l’ensemble à l’Etat. Une idée largement controversée — notamment pour son coût, 300 millions d’euros — qui ne verra jamais le jour.
En 1993 déjà, tout avait failli être démoli pour y ouvrir un centre commercial ! Christian Estrosi, alors vice-président du conseil régional, avait saisi le gouvernement, contre la municipalité Bailet.
En 2007, la structure — initialement parisienne, en 1889, avant d’être transférée à Nice — sert à présent de… parking :

En 2009, le côté-ville apparaît considérablement dégradé :

Au fil des décennies, la gare a été le témoin de nombreuses transformations urbaines. En 2013, le bâtiment des voyageurs entame sa phase de rénovation pour accueillir une bibliothèque, baptisée en hommage à l’écrivain Raoul Mille (Les Amants du paradis, Le Paradis des tempêtes…), spécialiste de l’histoire de la Côte d’Azur et conseiller municipal en 2008.
Pour renforcer la structure, du calcaire dur de la Turbie est utilisé pour les soubassements. Tous les éléments ont été refaits à l’identique par la briqueterie Bouisset agréée par les Monuments historiques.
La façade a elle aussi bénéficié d’importants travaux. Un bijou qui fut illuminé par une fresque projetée, certains hivers :

De son côté, l’horloge, qui avait disparue, est recréée à l’identique. Il faudra ensuite attendre 2017 pour voir la halle, abritant auparavant les trains, être entièrement réassemblée.

Nouveau chapitre
Un esprit de convivialité est bien de retour depuis sa transformation en « food court ». Le modèle tient de Barcelone et Lyon. C’est désormais un lieu de rencontre où se mêlent histoire, tradition et modernité, offrant aux visiteurs une expérience unique.
Un premier essai mené à parti de 2019 n’est pas transformé. Géré par Urban Renaissance, l’endroit propose une offre qui n’emballe ni les Niçois, ni les touristes. Rapidement, les dysfonctionnements s’accumulent et l’aventure s’achève l’an passé.


Depuis, c’est l’entreprise familiale Iera qui a repris le flambeau, pour y installer son concept « Mediterraneo », avec de la cuisine niçoise, italienne, grecque ou encore portugaise. Un bar central côtoie un coin grillades, une salle dédiée aux poissons, des terrasses avec des jeux d’arcade, décorées de fresques street-art.

Des soirées musicales avec des concerts y sont même proposées, conduisant la Gare à suivre un travail d’insonorisation, en février 2024.
Sa transformation témoigne de la capacité à réinventer et à préserver le patrimoine tout en lui offrant une nouvelle vie. Un lieu qui continuera de fasciner et d’inspirer les générations futures, perpétuant ainsi son héritage à travers le temps…
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