L’élu municipal écologiste Jean-Christophe Picard dévoile son premier roman, édité par la prestigieuse maison Fayard. Largement irrigué par son passé de président d’Anticor, il plonge le lecteur dans un thriller efficace et malin sur la corruption en politique.
L’avis de Nice-Presse : on recommande — « Le crime à l’heure du thé » ou les « Cosy Mystery », c’est ainsi que certains évoquent ce style de polars particulièrement à la mode. Point de cadavre dans Le Grand Scandale, mais une course contre la montre engagée face à la grande délinquance en col blanc, dans un contexte d’élection présidentielle.
Parangon (vous aurez pu reconnaître Anticor), une asso citoyenne engagée pour l’éthique en politique, se voit ciblée par une vaste campagne de déstabilisation, alors qu’une affaire impliquant les plus hautes sphères de l’État pourrait être révélée. Dans le rôle des gentils, une équipe de militants qui ne comptent pas se laisser faire, attachants et amusants, menant résolument leur enquête… souvent une pâtisserie à la main. Dans celui des méchants, la presse des milliardaires (d’aucun auront reconnu, derrière les deux pires médias du bouquin, des satires du Point et du Journal du Dimanche), plusieurs politiciens corrompus et des administrations complices.
Le livre, volontairement pédago sur des rouages complexes, peut paraître, par endroits, balourd ou manichéen. Mais l’écriture est fine, le récit prenant et le but atteint : intrigués ou non par ces grandes affaires d’Etat, nous voici pris par le revers de la veste avec un premier roman très réussi.
« Je voulais faire un Don’t Look Up sur la corruption en politique »
1 - Nice-Presse : Écrire un roman plutôt qu’un nouvel essai, c’était une manière de s’adresser à un public pas forcément intéressé par ce thème là de prime abord ?
Jean-Christophe Picard : Je voulais faire un Don’t Look Up1 sur la corruption en politique. Les gens ne s’intéressent pas à ces questions d’éthique, ou les oublient très vite. Combien de politiques sont mis en cause pour des faits très graves, sans perdre les faveurs de leurs électeurs ? L’idée était aussi de mettre en lumière le travail d’associations comme Anticor. Ce sont des bénévoles qui ne comptent pas leurs heures. S’ils ne se mobilisent pas pour ces combats, en remuant les procureurs pour que les affaires avancent, personne ne le fera.
« La corruption, c’est comme le dopage : les pratiques évoluent continuellement »
2 - Depuis l’affaire Cahuzac et les lois de 2013 qui ont pu suivre, la corruption a-t-elle vraiment reculé ?
Il reste bien des chantiers : renforcer l’indépendance du Parquet, mobiliser plus de moyens pour la justice, et sanctionner les acteurs publics (agents, élus…) qui se rendent indignes de leur devoir en ne signalant pas les faits délictuels dont ils ont connaissance. Les dispositifs n’ont plus tellement été renforcés depuis 10 ans alors que la corruption, c’est comme le dopage : les pratiques évoluent continuellement. Sur le monde politique plus généralement, des pratiques françaises ne tiendraient pas debout 5 secondes en Scandinavie. Les gens ont une tolérance anormale pour la malhonnêteté de certains politiciens.
3 - C’est à Nice que vous avez particulièrement travaillé sur ces questions, comme président d’Anticor, puis comme élu de l’opposition. Les choses évoluent dans le bon sens ?
Je reste étonné par la passivité des gens. Les impôts locaux augmentent, des enquêtes sont ouvertes notamment du côté de la Métropole, on voit les perquisitions s’enchaîner, des rapports calamiteux de la chambre régionale des comptes (C.R.C.), et pourtant, les Niçois ne réagissent pas tant que cela. C’est parfois consternant. Nous, on dénonce des pratiques, on alerte le Parquet, mais on ne peut pas en faire bien davantage. C’est aux électeurs de siffler la fin de la récréation.
- Une comédie dramatique produite par Netflix en 2021, dénonçant avec humour les climato-sceptiques, et l’incurie des médias comme des élus face au dérèglement climatique. ↩︎





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