Malgré la controverse qui a suivi son alliance électorale avec le Rassemblement national, Eric Ciotti est loin d’être désavoué au sein du - très stratégique - conseil départemental des Alpes-Maritimes.
Clément Avarguès avec Romain Boisaubert - La séance plénière de ce 4 octobre était attendue, même si presque tout s’est joué ces dernières semaines, au gré de multiples coups de fil et entretiens plus ou moins secrets. Depuis le début de l’été et l’annonce de son alliance avec Marine Le Pen, le sort d’Eric Ciotti au conseil départemental des Alpes-Maritimes était en suspens. Il y présidait alors la commission des finances et la majorité.
Le Département est convoité : dépouillé de certaines compétences, il reste, par ses subventions, un véritable coffre fort pour de nombreuses communes, et donc un vecteur d’influence. Dans sa course à la mairie, Eric Ciotti peut compter sur les solides moyens humains que lui garantit le CD06. À Nice, le camp de Christian Estrosi a bien tenté de reprendre la main sur la précieuse collectivité. Las, certains élus de l’Ouest maralpin, pas tous ravis de l’union avec le RN, se détestent trop pour faire front commun. Eric Ciotti a donc gagné cette manche : tel qu’annoncé ce vendredi, il perd la présidence de la majorité, mais garde la haute main sur les finances. Et ses pairs l’ont longuement applaudi… Une ambiance bien éloignée de la sortie de course que ses détracteurs ont espéré. Voici les phrases clés à retenir.
Segura dénonce « un naufrage »
Joseph Segura est le maire de Saint-Laurent-du-Var, chef de file du groupe d’opposition proche de Christian Estrosi. Dans l’ensemble, il a défendu une ligne morale - l’opposition de la droite traditionnelle à Marine Le Pen - et dénoncé le fait que les LR maralpins soutiennent à la fois le gouvernement Barnier, et son opposition, représentée par Eric Ciotti (UDR).
« Quand on parle de noblesse en politique, on parle de respect des engagements, pas de trahison. (…) Il y a quelque temps, j’ai quitté LR pour éviter le glissement imposé vers l’extrême droite, porté par (Eric Ciotti). Courir après l’extrême droite, pour tenter de la devancer en infamie, c’est trahir les idéaux du gaullisme, trahir l’histoire de la droite et de la République. (…) Je n’ai pas été surpris, et qui l’a vraiment été, à part vous, monsieur le président (Charles Ange Ginésy) ? Ce qui m’a surpris, c’était votre silence. Un silence qui a duré trois mois ».
« Comment pouvez-vous accepter, dans votre majorité, des lepénistes ? Votre réponse, on la connaît : vous ne voulez pas voir la division nationale emporter ce département. Je vous souhaite bien du courage ».
« Nous refusons toute coalition dirigée avec le RN, et nous refusons que ce département devienne un laboratoire politique pour le RN. (…) Il est temps que vous vous ressaisissiez et clarifiiez votre ligne politique. (…) Je suis convaincu que nous serons nombreux, au sein de cette assemblée, à refuser, à terme, de participer à ce naufrage »
Ginésy : « Je suis resté Républicain »

Le président Ginésy a insisté sur l’unicité de sa majorité.
« Le Département ne sera pas le dommage collatéral de conflits politiques importés pour le déstabiliser, d’où qu’ils viennent. On s’est étonné de mon silence, on me l’a même reproché, rien ne légétimait que je m’exprime plus tôt. J’ai choisi la hauteur et le recul obligatoires à la fonction du président ».
« Je suis resté Républicain, j’ai fait campagne pour les candidats LR, et je reste fidèle à ma famille politique. Je n’ai jamais quitté ma famille, et on ne gagne jamais contre les siens. La trahison me fait de la peine. Je ne fais pas partie de ceux qui, n’étant plus là, veulent donner des leçons. Certains ont quitté LR, comme vous ».
Deux des autres « mis en cause » ont pu s’exprimer. Les élus départementaux Christelle d’Intorni et Bernard Chaix, eux aussi alliés du RN au cours des législatives, ont depuis été (largement) élus députés, encartés UDR, le nouveau parti d’Eric Ciotti. Formation qui se place dans l’opposition au gouvernement LR de Michel Barnier, au national, mais dans la majorité LR, au niveau local.
Bernard Chaix a dénoncé « des invertébrés de la politique » dans le camp de l’opposition, « passés de LR à Horizons avant de revenir chez LR ».
Christelle d’Intorni : « On nous reproche notre courage. Nous avons affirmé notre volonté d’une union des droites, que nous avons défendue avec force. Cette idée a été plébiscitée par les électeurs. Nous avons remporté les trois circonscriptions niçoises face au camp Macroniste/Estrosiste. Courage et clarté, voilà ce que nous préférons ».
« Vous croyez que nous avons oublié qu’Estrosi a, par le passé, été élu député avec le soutien du candidat FN ? Qu’il a personnellement négocié avec Jean-Marie Le Pen pour tenter de ravir la région PACA ? (ce que l’intéressé dément, NDLR) Vous avez une mémoire sélective ! Olivier Bettati, actuel conseiller spécial d’Estrosi, a mené la liste RN aux régionales de 2015 ! Gaël Nofri a été élu vice-président de la Métropole niçoise après avoir été conseiller de Jean-Marie Le Pen. Votre moralité s’accommode très bien de cela. Ce n’est pas une poutre que vous avez dans l’œil, mais la charpente toute entière. »





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