Plus d’une cinquantaine de municipalités dirigées par la gauche ont hissé lundi le drapeau palestinien, jour où Emmanuel Macron a officialisé la reconnaissance de l’État de Palestine, malgré l’opposition ferme du ministre démissionnaire de l’Intérieur.
Le ministère de l’Intérieur avait demandé aux préfets de faire cesser ce pavoisement au nom de la neutralité du service public, de la non-ingérence dans la politique étrangère française et du risque de « troubles graves » à l’ordre public. Malgré cela, au moins 52 communes sur 34.875 avaient choisi de braver l’interdiction lundi.
Après Nantes, Rennes, Grigny ou Saint-Denis, ce sont les mairies écologistes de Besançon et Lyon qui ont arboré le drapeau palestinien sur leur Hôtel de ville. « Cette reconnaissance de l’État palestinien n’est pas une offense faite à Israël (…). L’absence d’État est un terreau fertile pour tous les groupes terroristes, de Daech au Hamas », a affirmé le maire de Lyon Grégory Doucet.
À Tours, un pavoisement a été prévu à 19h00. « Reconnaître l’État de Palestine (…) c’est rappeler que nulle conquête territoriale par la force ne peut être légitimée et qu’aucune paix durable ne saurait naître sans justice et réciprocité », a déclaré le maire écologiste Emmanuel Denis.
À Saint-Denis, première ville de Seine-Saint-Denis, les élus ont convié la presse pour hisser le drapeau palestinien aux côtés des drapeaux français et européen. « Depuis des années je me bats pour l’émergence d’une solution à deux États comme seule solution durable pour espérer une paix au Proche-Orient », a insisté le maire PS Mathieu Hanotin. À ses côtés, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a rappelé que le drapeau palestinien « n’est pas le drapeau du Hamas ».
Drapeau palestinien sur les mairies : fronde des élus, débats juridiques et tensions politiques
En Seine-Saint-Denis, une douzaine de villes ont hissé le drapeau palestinien, selon le préfet. Les conseils départementaux du Lot et de la Gironde ont fait de même, et la maire écologiste de Poitiers l’annoncera mardi. À Malakoff, la bannière reste en place malgré une astreinte de 150 euros par jour décidée par le tribunal administratif. La maire a fait appel devant le Conseil d’État.
À Corbeil-Essonnes, le maire Bruno Piriou, qui avait déjà installé ce drapeau depuis plusieurs mois, voulait en distribuer 1.000, mais la justice a suspendu cette décision. À La Réunion, cinq déférés préfectoraux sont en cours. D’autres communes, comme Saint-Ouen, ont hissé simultanément les drapeaux palestinien et israélien, tandis que Paris a projeté ces deux drapeaux sur la tour Eiffel avec l’emblème de la Paix.
Jean-Luc Mélenchon a jugé cette projection « consternante de stupidité après deux ans de génocide ». De plus petites villes comme Carhaix, Dives-sur-Mer ou Grabels ont aussi suivi le mouvement. « En mettant ce drapeau, nous disons ‘arrêtez le feu, arrêtez le génocide’ », a expliqué le maire LFI de Grabels, René Revol.
À Marseille, le maire Benoît Payan a refusé de hisser le drapeau, préférant annoncer le jumelage de la ville avec Bethléem. L’affaire rappelle d’autres polémiques liées au pavoisement des mairies, comme lors du décès du pape François.
Des juristes rappellent que la légalité de ces décisions dépend du contexte. Pour Jean-Paul Markus, « à chaque fois que les tribunaux ont validé les drapeaux, c’était parce qu’il y avait un mouvement national de solidarité ». Mais selon Serge Slama, « un maire ne peut pas, à travers un drapeau, exprimer une opinion politique (…). Ériger un drapeau parce que le chef de l’État reconnaît la Palestine comme État ne me semble pas manquer au devoir de neutralité ».
Avec AFP





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