Investie tête de liste de LFI et du collectif « Viva ! » pour 2026, Mireille Damiano veut relancer une « dynamique citoyenne » face au duo Estrosi-Ciotti. Dans Nice-Presse Dimanche, l’avocate revient sur la construction populaire du programme, et précise ses positions sur la sécurité, le logement et les transports. Tout en ne fermant pas définitivement la porte aux autres formations de la gauche locale…
Vous souhaitez investir bien davantage les citoyens dans la campagne. Comment ?
L’idée, c’est de proposer la liste d’un rassemblement large et citoyen, ancré dans ce que nous avions déjà construit en 2020 avec Viva !. Plutôt que de disparaître, nous avons entretenu ce lien avec les habitants, notamment via nos APOP (Assemblées Populaires dans les Quartiers), qui avaient permis de bâtir le programme. Quand la question de 2026 s’est posée, Viva ! avait déjà acté en AG la volonté de poursuivre cette offre de gauche sérieuse, ouverte et la plus fédératrice possible. LFI travaillant avec nous depuis 4-5 ans, la désignation s’est faite naturellement.
En 2020, vous aviez frôlé le second tour, à un point près. Comment comptez-vous convaincre cette fois, sans alliance avec d’autres forces de gauche ?
Nous co-construisons. En 2020, nous avions déjà travaillé de grands axes : démocratie locale, sécurité, logement…. Depuis, nous avons organisé des réunions thématiques et lançons un questionnaire pour aller à la rencontre des habitants et recueillir leurs priorités, quartier par quartier. Nous repartons d’une base. Mais rien n’est figé.
Êtes-vous déçue de ne pas faire liste commune avec celle de « Unis pour Nice » (PS/PCF/Écologistes) ?
Nous avons tout fait pour aboutir à ce rassemblement. Mais il nous a été clairement dit que la notion d’union « sans exclusives » n’était pas partagée. En clair, sans LFI… Puis ils ont proclamé leur tête de liste et les premiers noms, en assumant l’absence d’union au premier tour, et un éventuel rapprochement au second. Pour nous, c’était plié. Mais je reste convaincue que des évolutions sont possibles jusqu’au dépôt des listes, début 2026. Notre rassemblement, lui, n’exclut personne.
Ne pensez-vous pas que les polémiques nationales autour de La France Insoumise (désarmement de la police, positions concernant le Hamas…) peuvent vous causer préjudice ?
Nous travaillons ensemble depuis des années. Nous sommes la déclinaison locale d’un projet plus large, sans conflit sur notre manière de faire. Sur la police municipale, une majorité est plutôt favorable au désarmement, mais nous voulons objectiver cela avec un audit sérieux, en tenant compte de la réalité des quartiers et des risques pour les agents. Surtout, nous défendons une police de proximité renforcée et un rééquilibrage clair des missions. Trop de tâches relevant de la police nationale ont été reportées vers la municipale, ce qui brouille tout !
Quel regard portez-vous sur la sécurité privée, les agents de sécurité de Gaïda ?
Nous y sommes opposés. Les retours des Moulins sont édifiants, avec des patrouilles qui « déambulent » sans résultats probants. La sécurité est une compétence publique et doit le rester. Le ressenti de certains riverains, nous l’entendons, mais cela ne remplace pas une politique de fond, faite de prévention, de travail social. Les éducateurs de rue ont disparu et les moyens pour l’investigation dans la police judiciaire ne sont plus à la hauteur. Cela dépasse la seule compétence municipale, mais la Ville doit soutenir ce maillage.
Au sujet des caméras, qu’avez-vous prévu ?
D’abord, arrêter d’en installer. Nous demandons un audit réel, quartier par quartier, sur les résultats : élucidations, coûts, usages. Il existe une commission, censée produire des rapports. Ils ne sont pas accessibles ! La Ligue des droits de l’homme a dû passer par une autorité indépendante (la CADA) pour obtenir des documents, ce n’est pas normal. Au-delà des caméras, c’est un problème de transparence, que cela soit pour les budgets, événements, frais de représentation… Ici, on refuse tout net, ou on en complique l’accès. Cela abîme la confiance envers les politiques et alimente l’abstention.

Sur le logement, quelles seraient vos premières mesures ? Souhaitez-vous construire davantage pour respecter la loi SRU (sur les HLM) et loger les plus défavorisés ?
Nous comptons activer plusieurs leviers, à commencer par l’encadrement des loyers, puis la réquisition des logements vacants, la surélévation là où c’est possible et la reconversion de bureaux.
La priorité doit être donnée au logement social plutôt qu’à des hôtels de luxe. Nous avons une proportion énorme de résidences secondaires et des règles Airbnb non-contrôlées. Construire plus de logements, nous n’y sommes pas favorables. On ne peut pas sacraliser des terres agricoles d’un côté, et bétonner de l’autre. Il faut choisir un cap et inverser les priorités en rendant Nice aux Niçois.
Sur la question des transports, vous proposez la gratuité. Comment la financer ?
C’est un objectif progressif, par séquences, comme ailleurs (Dunkerque, Carpentras, Montpellier…), en augmentant notamment les taxes de séjour. Mais au-delà du budget, c’est un lien social vital. Des jeunes des quartiers excentrés disent « on va à Nice ? » quand ils sortent alors qu’ils y sont déjà. La gratuité facilite l’égalité urbaine. Nous voulons aussi finaliser les lignes structurantes déjà engagées et réintroduire la carte « 10 trajets à 10 euros », dont la suppression a été brutale pour les familles.
En matière d’écologie, la Ville vient d’inaugurer l’extension de la coulée verte. Ce n’est pas suffisant selon vous ?
Nice est belle… mais pas pour tout le monde. Le « verdissement pot de fleurs » ne suffit pas. Nous voulons des jardins partagés, du foncier repensé, une vraie trame verte utile au vivant et à la fraîcheur urbaine. Dépenser des dizaines de millions pour certaines portions pendant que d’autres priorités patinent, cela interroge. Prenons l’exemple de l’extension de l’aéroport. Nous y étions opposés. Plus de vols, c’est plus de pollution et encore du surtourisme. La consultation a montré une opposition massive, mais elle a été bafouée. Là encore, c’est du déni démocratique.
C’est ce que vous reprochez à Christian Estrosi ?
Bien sûr. Mais aussi des priorités orientées vers une économie de ruissellement fondée sur le surtourisme, une gouvernance verticale, des consultations ignorées, des décisions hautement personnalisées. On inaugure, on communique, mais la vie quotidienne des Niçoises et Niçois ne s’en trouve pas améliorée.
Craignez-vous la candidature d’Éric Ciotti, que vous jugez d’extrême droite ?
Oui. Car elle crée chez Christian Estrosi une porosité avec une droite extrême. Lui et Éric Ciotti utilisent des éléments de langage sur les OQTF, l’immigration, l’islamisme, qui sont ceux des cadres du RN. Derrière, ce sont des mesures qui frappent les plus vulnérables. Des familles à la rue, un CCAS (centre d’action sociale) au budget constant malgré l’explosion des besoins. De qui est-on le maire ? Des plus favorisés ? Moi, j’assume : je serai la maire des plus vulnérables.
En cas d’accession au second tour, que feriez-vous : union, maintien ou retrait ?
Notre objectif reste une union en amont, toujours possible selon nous. Mais nous ne jouerons pas le désistement à n’importe quel prix. Nous voulons préserver l’architecture citoyenne de notre liste. Je n’ai pas d’ego. Si une configuration permet de gagner en respectant ces principes, je saurais me mettre de côté. Mais notre ligne, c’est se maintenir pour peser réellement, entrer au conseil municipal et porter ce que les habitants auront co-construit avec nous.



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