Construit en 1913 à deux pas de la mer, L’Astoria fut l’un des grands hôtels de la Belle Époque mentonnaise. Conçu par l’architecte Alfred-Auguste Marsang pour Charles Duringer, déjà propriétaire des Ambassadeurs, l’établissement a traversé les guerres, servi d’hôpital, puis a été transformé en copropriété après 1947.
À l’angle de l’avenue Édouard VII et de l’avenue Carnot, l’Astoria ne laisse personne indifférent. Son porche porté par des colonnes ioniques et une façade Belle Époque encore intacte, en disent long sur sa grandeur.
Dedans, il faut un peu d’imagination et quelques explications pour s’en rendre compte. Car cet ancien palace mentonnais a tout connu, du confort moderne vanté dès 1913 dans le Guide de l’Hivernant à un lent morcellement en appartements.


« À l’époque, l’hôtel affiche 115 chambres et appartements avec bains et toilettes. Il se présentait comme un établissement de premier ordre, idéalement placé près de la mer, des jardins publics, du casino et de la gare » confie à Menton-Presse Alma Redouly, secrétaire du « Cercle des Palaces retrouvés ».
Ouvert d’octobre à mai, il s’adressait à cette clientèle d’hivernants venue chercher ici le soleil et l’air doux de la Riviera…
Un palace avec salons, salle de danse et jardin d’agrément
À l’intérieur, il est encore possible de déceler certains pans de l’histoire du bâtiment.«Là, il y avait différents salons. » Plus loin, une vaste pièce correspond à l’ancienne salle à manger ou au salon de thé.
Le grand hall, lui, garde ses colonnes. « C’est d’ailleurs tout ce qu’il reste » regrette-t-elle en évoquant un décor bien plus dépouillé qu’autrefois.

L’Astoria n’était pas un simple hôtel de bord de mer. C’était un lieu de réception. Une salle de danse occupait une partie de l’ensemble.
De magnifiiques lustres y étaient suspendus.«Il y en avait trois » précise Alma Redouly. « Ils ont disparu depuis longtemps, comme une grande partie du mobilier et des éléments décoratifs. »
À l’extérieur, le site était bien plus vaste. Les jardins accueillaient un mini-golf, une pièce d’eau avec des poissons et tout un décor d’agrément pensé pour prolonger le séjour. Difficile de l’imaginer désormais, mais l’ancien palace regardait la mer tout en offrant à ses clients un espace de promenade et de détente à l’écart de la rue.
Les guerres, puis le « grand découpage »
Comme plusieurs établissements mentonnais, L’Astoria a été transformé en hôpital auxiliaire entre 1915 et 1918. L’activité a repris en 1919, cette fois à l’année, avec 168 chambres.
Marguerite Duringer a alors pris la direction de l’hôtel après le décès de son époux. « La Seconde Guerre mondiale a laissé des traces profondes. L’immeuble a très endommagé par les bombardements et les tirs ennemis. »


En 1947, le bâtiment bascule définitivement dans une autre vie. Il devient une copropriété entre les descendants Duringer et Laurenti, puis est transformé en logements. Certaines parties sont réaménagées en studios, d’autres en duplex.
Au détour d’un passage, une porte épaisse attire encore l’attention. Derrière, subsiste l’ancienne glacière des cuisines, l’un des éléments les plus parlants pour comprendre le fonctionnement quotidien d’un grand hôtel du début du XXe siècle. « C’était leur cave » glisse Alma Redouly. « A elle seule, elle nous rappelle la logistique nécessaire à un établissement de ce standing…»





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