Lundi après-midi, deux pères de famille ont été abattus par un tireur en trottinette sur la place des Amaryllis, au cœur du quartier des Moulins à Nice. Face à cette nouvelle tragédie liée au narcotrafic, le maire Éric Ciotti réclame un effort massif de l’État et annonce l’installation immédiate d’un poste de police municipale.
Mardi matin, le silence pesait sur la place des Amaryllis alors que les services de nettoyage s’affairaient encore à effacer les stigmates de la veille. Devant le magasin de bonbons nommé le « Palais sucré », quelques bougies et un bouquet de fleurs jaunes marquent l’emplacement où la violence a frappé.
La plupart des commerçants du secteur ont choisi de ne pas lever leur rideau de fer en signe de deuil et de protestation. Le quartier des Moulins, qui abrite 8 000 habitants, bascule une nouvelle fois dans la sidération après une fusillade survenue en plein jour, devant des témoins impuissants.
Lundi, en milieu d’après-midi, un homme circulant en trottinette a ouvert le feu par rafales en direction d’un groupe rassemblé devant un café et le commerce de confiseries. Ahmed, 57 ans, et Adilson, un entraîneur de football de 39 ans, n’ont pas survécu à leurs blessures.

Tous deux étaient des pères de famille connus dans le quartier. Si le parquet de Nice lie directement ces faits à la lutte pour le contrôle du trafic de stupéfiants, seuls trois hommes blessés lors de l’attaque étaient connus des services de police pour ce type de délinquance.
« J’appelle la police plus souvent que ma mère »
Cette tragédie s’inscrit dans une série noire qui a coûté la vie à onze victimes collatérales en moins de deux ans dans ce secteur enclavé de Nice. Les mémoires restent marquées par l’incendie criminel de juillet 2024, où sept membres d’une famille comorienne, dont trois enfants, avaient péri dans les flammes d’un règlement de compte.
Plus récemment, en octobre 2025, la place des Amaryllis avait déjà été le théâtre d’un carnage lorsqu’un tireur en voiture avait mitraillé la foule au hasard. Oyshkur, un père de famille de 57 ans, et Rayan, un jeune Niçois de 20 ans, avaient alors perdu la vie sous les balles.
Au milieu de la place, l’aire de jeux moderne avec son dôme de cordes bleues à escalader semble aujourd’hui dérisoire. Installée dans le cadre d’un vaste programme de rénovation urbaine, elle est devenue, selon les témoignages recueillis sur place, un point de deal majeur du quartier.
Sabrina, 44 ans, observe ce quotidien depuis son logement social qu’elle partage avec sa fille de 10 ans. « J’ai le spectacle tous les soirs », confie-t-elle avec amertume avant d’ajouter : « J’appelle le 17 plus souvent que ma mère (…). Aller vivre sous un pont ça serait mieux qu’ici, plus tranquille ».
Nouveau poste de police dans un local associatif
Pour répondre à ce désarroi, le maire de Nice Éric Ciotti, élu en mars avec le soutien du Rassemblement national, s’est rendu sur place mardi. Il a annoncé qu’un local appartenant au bailleur Côte d’Azur Habitat deviendrait, dès la semaine prochaine, un poste de police municipale permanent.
🔴 .@eciotti : « Avant de faire des jardins d’enfants, avant de faire de la médiation, il faut rétablir l’ordre, il faut assurer la sécurité. C’est ce que nous voulons faire en mettant tous nos moyens dans ce combat »
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Ce local était jusqu’alors occupé par l’association Adam, qui œuvre pour le soutien scolaire et les initiatives jeunesse. La structure sera déplacée pour laisser la place aux forces de l’ordre, une priorité absolue selon l’édile niçois qui souhaite marquer physiquement la présence de l’autorité.
« Avant de faire des jardins d’enfants, avant de faire de la médiation - il en faut, bien sûr - il faut rétablir l’ordre, il faut assurer la sécurité. C’est ce que nous voulons faire en mettant tous nos moyens dans ce combat »
Le maire réclame désormais à l’État un « quoi qu’il en coûte sécuritaire » pour ce quartier qui reste dégradé malgré les réhabilitations. Il pointe du doigt des tentatives de prise de contrôle des points de deal locaux par des organisations criminelles venues de Marseille ou de la région parisienne.
L’État revendique une action de fond

Du côté de la préfecture, le ton se veut plus nuancé sur l’efficacité des opérations en cours. Le préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, souligne que le nombre de points de deal aux Moulins est passé de douze à deux grâce à des interventions policières quasi-quotidiennes.
« L’État mène une action en profondeur, probablement cette action déstabilise aussi le trafic », analyse le préfet. Selon lui, cette déstabilisation pourrait expliquer la recrudescence des violences, l’État étant engagé dans ce qu’Éric Ciotti qualifie de « combat national » contre le narcotrafic.
Cette stratégie du tout-sécuritaire ne fait cependant pas l’unanimité sur l’échiquier politique local.
Le mouvement Viva!, proche de La France Insoumise, a critiqué les choix de la municipalité, l’appelant à « enfin assumer son rôle et sa prérogative : la prévention » plutôt que de multiplier les postes de police.
L’enquête sur la double exécution de lundi a été confiée à la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille. Pour les faits d’octobre dernier, cinq suspects avaient déjà été interpellés et mis en examen par les enquêteurs dans les semaines suivant la fusillade.
Ce qui est important
- La création d’un poste de police municipale permanent directement sur la place des Amaryllis pour tenter de briser l’emprise des trafiquants sur l’espace public.
- Le bilan humain dramatique de onze victimes collatérales en deux ans, illustrant l’intensification des méthodes des réseaux de narcotrafic aux Moulins.
- La demande officielle d’un investissement massif de l’État sous forme de « quoi qu’il en coûte » pour sécuriser un quartier malgré les efforts de rénovation urbaine.
Avec agence



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