La cour administrative d’appel de Marseille a définitivement autorisé vendredi la poursuite des activités de la plus grande centrale biomasse de France, située à Gardanne. Les juges estiment désormais suffisantes les garanties environnementales apportées par l’exploitant concernant son approvisionnement en bois local. Cette décision met fin à une longue bataille judiciaire initiée par les associations de défense de la nature.
Dans les Bouches-du-Rhône, les immenses cheminées de l’ancienne usine à charbon continueront de brûler leur combustible, alimentées désormais par les ressources forestières du territoire. Ancienne centrale thermique d’une capacité de 600 MW, le site a fait le choix d’une reconversion totale vers la biomasse pour produire de l’énergie en brûlant du bois.
L’infrastructure prévoit aujourd’hui une production établie à 150 MW, une capacité suffisante pour alimenter en électricité environ 125.000 foyers.
Une victoire judiciaire décisive pour l’exploitant
Les magistrats marseillais ont tranché ce vendredi en donnant un avis favorable à la poursuite de l’exploitation de l’infrastructure provençale.
Le site industriel, devenu en 2019 la propriété de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky via le groupe EPH, s’assure ainsi un horizon dégagé.
« GazelEnergie se réjouit de cette confirmation qui permet de continuer l’exploitation de la centrale dans un cadre juridique stabilisé », a réagi Frédéric Faroche, le président de la filiale exploitante.
Cette validation marque l’aboutissement d’un intense bras de fer avec les défenseurs de l’environnement, qui avaient multiplié les recours au fil des années.
Le bois local au cœur du réacteur
Le litige se concentrait sur l’origine et le volume du combustible nécessaire pour faire tourner la machine au quotidien.
L’entreprise avait été contrainte par le Conseil d’Etat, en 2023, de revoir intégralement sa copie afin de prendre en considération les effets indirects de son activité sur les massifs alentour.
Le nouveau plan d’approvisionnement, validé par l’Etat en novembre 2025 avec des prescriptions complémentaires, prévoit l’utilisation de 450.000 tonnes de bois par an.
Environ la moitié de cette matière première proviendra d’un périmètre restreint, situé dans un rayon de 240 kilomètres autour de l’usine.
La cour administrative d’appel estime aujourd’hui que « l’information relative aux effets sur l’environnement de son approvisionnement en bois est désormais suffisante et l’autorisation environnementale conforme au droit ».
Les juges considèrent que « l’enquête publique complémentaire s’est déroulée dans des conditions régulières et qu’il a été suffisamment remédié aux lacunes qui affectaient les études initiales ».
L’instance rappelle par ailleurs qu’il ne lui appartient pas « de se substituer aux pouvoirs publics dans des choix de politique publique, y compris en matière de transition énergétique ».
La cour conclut l’analyse du dossier : « Au regard de l’ensemble des prescriptions imposées par l’Etat en 2025, dont l’administration est tenue d’assurer le suivi et la bonne exécution, l’autorisation environnementale, ainsi modifiée, ne méconnaît plus les règles juridiques s’imposant en matière d’installations classées pour la protection de l’environnement ».
Colère militante et doutes financiers
Le rejet du recours porté par France Nature Environnement provoque une forte amertume du côté des militants associatifs.
« C’est une très mauvaise nouvelle pour les forêts, lesquelles sont pourtant notre meilleur allié contre le réchauffement du climat, que nous vivons actuellement de plein fouet », déplore Judith Sébert, juriste FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Si le dossier juridique semble refermé, la gestion du projet reste pointée du doigt par d’autres institutions publiques.
Dans un rapport publié en février, la Cour des comptes avait sévèrement critiqué le soutien public octroyé par l’Etat en 2024 à cette usine.
Cette aide étatique était évaluée initialement à 800 millions d’euros sur huit ans, une somme susceptible de doubler selon certaines projections.
Les magistrats financiers fustigeaient des fonds accordés « dans des conditions contestables tant aux plans technique, juridique qu’environnemental ».
La Cour des comptes qualifiait au passage la marche de cette installation d’infrastructure « au fonctionnement chaotique ».
Nice-Presse avec agence





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