Après une année 2025 chaotique et un début 2026 sous tension, les aides à la rénovation énergétique MaPrimeRénov’ restent suspendues dans l’attente du budget de l’État. Face à l’engorgement des dossiers et à l’absence de nouvelles places, de nombreux ménages cherchent des solutions alternatives ou renoncent à leurs travaux, au risque de laisser passer un hiver de plus dans des logements mal isolés.
Pause forcée, guichets saturés, règles mouvantes… Pour les particuliers engagés dans une rénovation énergétique, l’incertitude est devenue la norme ! Depuis plusieurs mois, MaPrimeRénov’ enchaîne les restrictions, laissant des milliers de foyers dans l’expectative.
MaPrimeRénov’ en 2026, un dispositif toujours sous tension
Restreintes dès septembre puis suspendues en janvier faute de loi de finances, les aides MaPrimeRénov’ ne rouvriront qu’après l’adoption définitive du budget 2026 de l’État. En attendant, la situation reste critique. Le dispositif a déjà connu en 2025 une instabilité inédite, entre afflux massif de demandes et tentatives de fraude, poussant l’État à refermer temporairement le robinet des subventions avant de le rouvrir de manière plus limitée.
Pour 2026, le stock atteint déjà 83.000 dossiers pour 120.000 rénovations prévues. La saturation est particulièrement marquée pour les logements hors copropriété, avec 45.000 demandes déposées pour seulement 52.000 places disponibles. Autant dire que la marge de manœuvre est faible.
Malgré ce blocage, le gouvernement exclut toute rallonge budgétaire. « Il existe d’autres dispositifs pour la rénovation énergétique des logements », assure Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, qui invite les ménages à se tourner vers des solutions complémentaires.
CEE, éco-prêt et nouvelles pistes pour financer les travaux
Faute de MaPrimeRénov’, l’exécutif met en avant les certificats d’économie d’énergie (CEE) et l’éco-prêt à taux zéro, un crédit bancaire pouvant atteindre 50.000 euros pour financer des travaux. Une future banque de la rénovation, destinée aux copropriétés, est également évoquée.
Mais pour les acteurs du secteur, ces solutions ne suffisent pas à absorber l’embouteillage. Avec une enveloppe de 3,6 milliards d’euros, « même si vous baissez la subvention MaPrimeRénov’ par dossier, vous n’avez pas de place pour de nouveaux travaux », alerte Nicolas Moulin, fondateur de PrimesEnergie.
Dans ce climat flou, certains ménages tentent de se débrouiller autrement. « Mais il y en a surtout beaucoup qui ne lancent pas les travaux », constate Aurélien Déjean, de la fédération Soliha. Un constat partagé sur le terrain, où l’abandon de projet devient fréquent.
Des ménages contraints de bricoler ou de renoncer
Fardoussa Ahmed Mohamed en a fait l’expérience. À la réception d’un devis de 65.000 euros pour rénover sa maison fraîchement achetée, elle confie avoir « failli tomber par terre ». Jugée non prioritaire lors de la réouverture partielle du guichet, cette aide-soignante de 45 ans a dû revoir ses ambitions.
Pour éviter un hiver glacial avec son fils, elle réalise une partie de l’isolation avec des amis et installe un poêle à granulés. Avec l’accompagnement de Soliha, elle obtient une subvention de 1.000 euros et une prime CEE de 229 euros, pour 35.000 euros de travaux au total. « Je me suis serrée la ceinture, j’ai fait des heures supplémentaires, parfois nuit et jour, et je trouve désolant qu’on n’aide pas les mères toutes seules », déplore-t-elle.
Les « naufragés de MaPrimeRénov’ » cherchent des solutions inédites
L’instabilité du dispositif profite mécaniquement aux primes CEE, qui reposent sur le principe du pollueur-payeur. Ces aides peuvent représenter plusieurs milliers d’euros selon les équipements, voire « 100 euros par fenêtre changée ». Mais leur portée reste limitée pour des rénovations globales.
D’autres acteurs innovent. À Bordeaux, l’entreprise Vasco a vu ses demandes multipliées par cinq à partir de juillet. Son modèle consiste à financer les travaux en échange d’une part du logement. Une formule qui attire de nombreux « naufragés de MaPrimeRénov’ », selon son cofondateur Hervé Degreve.
« Des dizaines de milliers de ménages se sont lancés dans la rénovation énergétique, ont fait faire des devis, et se retrouvent au milieu du gué, avec une incertitude sur le montant et le calendrier des subventions », résume-t-il. Une situation qui pourrait durablement freiner la transition énergétique des logements.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP







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