Près de 18 ans après le dépôt des premières plaintes, le tribunal correctionnel de Marseille rend jeudi son jugement dans l’affaire Apollonia, qualifiée par l’accusation de plus grande escroquerie immobilière et financière jamais jugée en France. Un dossier tentaculaire, au préjudice évalué à plus de 1,2 milliard d’euros, qui concerne environ 750 parties civiles, majoritairement issues des professions médicales.
L’attente est longue, l’enjeu colossal. Après des années d’instruction, des mois d’audience et des réquisitions sévères, les victimes de l’affaire Apollonia espèrent enfin une décision judiciaire à la hauteur du traumatisme subi. À Marseille, ce jugement très attendu doit clore un feuilleton judiciaire hors norme, emblématique des dérives de certains montages d’investissement immobilier des années 2000.
Une escroquerie immobilière d’une ampleur inédite
Au cœur du dossier, la société de conseil en gestion de patrimoine Apollonia, installée à Aix-en-Provence. Entre 2004 et 2009, l’entreprise a engrangé 115 millions d’euros de commissions en proposant à ses clients, principalement médecins, dentistes ou kinésithérapeutes, des investissements dans des résidences services présentés comme sans risque. Le mécanisme reposait sur un empilement de crédits immobiliers, conduisant certains investisseurs à supporter un endettement compris entre 800.000 euros et quatre millions d’euros.
La promesse était séduisante. Grâce au statut de loueur en meublé professionnel, présenté comme un modèle « gagnant-gagnant », Apollonia faisait miroiter la constitution d’un patrimoine sans apport. Remboursement de TVA, loyers perçus et dispositifs de défiscalisation devaient, selon le discours commercial, autofinancer intégralement les acquisitions. Dans les faits, les clients signaient parfois des liasses de documents vierges et déléguaient l’ensemble des démarches à la société.
Des banques et des notaires au cœur des débats
Les audiences ont mis en lumière le rôle de plusieurs établissements bancaires, eux aussi parties civiles. Ceux-ci accordaient des prêts aux clients d’Apollonia sans savoir que d’autres banques étaient simultanément sollicitées. « Ainsi quand cinq banques sont sollicitées pour un emprunt de 500.000 euros, la personne va se retrouver endettée pour 2,5 millions », avait résumé la présidente du tribunal.
Les acquisitions immobilières étaient par ailleurs sécurisées, aux yeux des investisseurs, par l’intervention de notaires auxquels ils donnaient procuration. Pour le parquet, ces officiers ministériels ont gravement manqué à leur devoir. « En donnant force et crédit au discours d’Apollonia, ils ont violé leur devoir de conseil, violé leur serment », a estimé le procureur. Des peines allant de trois ans de prison avec sursis à cinq ans dont deux ans ferme sous bracelet électronique ont été requises contre trois notaires de Lyon, Marseille et Aix-en-Provence.
Réquisitions sévères
Quatorze personnes et la société Apollonia ont comparu entre le 31 mars et le 6 juin 2025 pour escroquerie en bande organisée, faux et blanchiment aggravé. Le procureur Mathieu Vernaudon a requis la peine maximale de dix ans de prison assortie d’un mandat de dépôt contre Jean Badache, 71 ans, et son épouse Viviane Badache, 69 ans, présentés comme « les concepteurs, organisateurs et bénéficiaires » de l’escroquerie. Il a également demandé la confiscation de biens pour un montant de 19 millions d’euros.
Le tribunal doit aussi se prononcer sur la culpabilité de quatre commerciaux d’Apollonia, décrits comme les VRP de la fraude, usant d’«une manipulation psychologique et une mise en scène destinée à rassurer le client ». Cinq à six ans de prison avec mandat de dépôt et une amende de 100.000 euros ont été requis contre trois d’entre eux. Des peines avec sursis ont également été demandées contre trois secrétaires, accusées d’avoir retouché des dossiers afin de masquer des emprunts antérieurs.
À la barre, Jean Badache a constamment contesté toute escroquerie, renvoyant la responsabilité du désastre sur les autres protagonistes, y compris les victimes, accusées de cupidité et de « dépenser la TVA remboursée chez Ferrari, Porsche, Maserati ». Une lecture que le parquet a fermement rejetée, appelant les juges à « affirmer qu’il n’y a eu aucune culpabilité » du côté des parties civiles.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP







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