Un rapport rendu par le dijonnais Géotec sur les travaux de la Route de la Madone après le passage de la tempête Alex met vertement en cause le travail de certaines entreprises privées. Un autre, rédigé par Roger Ciais, le maire de Touët-sur-Var, accuse la gestion de la Métropole Nice-Côte d’Azur.
L’affaire démarre il y a un an, en février 2023. La Métropole alerte le procureur sur des irrégularités comptables qui seraient liées aux travaux menés dans les vallées, après la tempête Alex de 2020. Le Parquet ouvre quinze jours plus tard une enquête sur d’éventuelles malversations, la collectivité suspend les chantiers.
Ce mois-ci, les enquêteurs ont placé en garde à vue, parfois pendant plusieurs jours, des entrepreneurs, et des cadres de Nice-Côte d’Azur. Les uns et les autres se renvoyant la responsabilité.
Les questions affluent : des opérations ont-elles été payées sans même avoir été réalisées ? D’autres ont-elles étaient bâclées pour gonfler les marges des sociétés ? Qui était au courant de quoi, et qui n’a pas su mener des vérifications et des contrôles suffisamment sérieux ? La JIRS marseillaise, spécialisée dans les dossiers complexes de délinquance financière, est sur la brèche.
Jeudi 21 mars, Nice-Matin révélait le bilan d’un travail effectué par l’expert désigné par le tribunal administratif : le document met hors de cause les entreprises, et désigne plutôt la gestion de la Métropole.
Nice-Presse a consulté les résultats d’une autre expertise, rendue le 7 mars, qui tire des conclusions radicalement différentes. Charge désormais à la justice de faire la part des choses.
« Défauts-anomalies majeurs sur certains ouvrages »
Nice-Côte d’Azur, maître d’ouvrage, a missionné l’entreprise Géotec, extérieure à la région Sud, puisqu’implantée à Dijon. L’ingénieur-expert s’est penché sur « l’opération de sécurisation » menée sur la RM94, la Route de la Madone.
Voici ses conclusions : le groupement d’entreprises s’est lancé dans une conception-réalisation, et pas sur de l’entretien. Raison pour laquelle, d’après Geotec, « il porte l’entière responsabilité technique, tant sur la phase conception, et que la phase exécution (…) et ne peut se poser en simple exécutant ». La Métropole ne pouvait donc pas « s’engager en responsabilité », n’étant pas à l’origine de cette conception.
Le spécialiste est plus sévère encore pour certains des entrepreneurs, et pointe « manque de rigueur technique » et « désinvolture ». « Les enjeux réels des ouvrages ont été sous-estimés (ce qui a) conduit à des défauts-anomalies majeurs sur certains ou sur des parties, avec des désordres voire une ruine partielle » après la survenance de la seconde tempête, Aline, l’année dernière.
Contrôles de stabilité « stupéfiants »
L’ingénieur-expert dénonce ensuite « le manque flagrant de contrôles attendus pour de tels ouvrages (ce qui) met en exergue un manque de rigueur voire de professionnalisme ».
Pour exemple, un bureau d’ingénierie a mené des missions au sujet de la stabilité de certains équipements. Missions qui auraient été, en réalité, partielles, et ne répondant pas aux normes en vigueur. Géotec fait part de sa « stupéfaction » au sujet de « cette prise de risque inconsidérée ».
Et s’interroge : « soit (le bureau) a une méconnaissance totale de la norme et aurait été entraîné dans ce tel niveau de responsabilité par ignorance, soit il aurait pris le risque de s’engager sur cette mission en son âme et conscience en contrepartie d’honoraires (…)».
« L’intérêt général considérablement desservi »
Le rôle de la Métropole et de son bureau dans la Vésubie apparaît « très limité », ce qui serait « tout à fait normal et logique, sa mission se limitant essentiellement à la vérification-validation de quantités, en excluant tout aspect technique ».
N’étant pas « sachante », elle aurait dû être alertée par les entrepreneurs sur les différentes difficultés du chantier. Géotec pointe là une « défaillance », puisqu’il n’a pas trouvé trace de tels signalements. La subdivision métropolitaine Vésubie « n’avait pas les compétences requises pour appréhender une telle opération et s’est vite retrouvée démunie dans son rôle de maître d’oeuvre ». Illustration de ce fait, un géotechnicien et un hydraulicien auraient dû être appelés, ce qui semble ne pas avoir été fait.
Plus généralement, « le fait de mener une telle opération hors du cadre contractuel habituel a considérablement desservi l’intérêt général de l’opération ».
« Flou artistique, errements…»
L’ingénieur expert condamne encore « la désinvolture dont ont fait preuve les principaux acteurs de l’acte de construire, en sous-estimant les enjeux réels, en cultivant un certain flou artistique au regard des plans (…)». « L’opération s’est déroulée au fil de l’eau (…) avec des errements (…) sans arguments techniques étayés. Nous rappelons avec force que le groupement portait l’entière responsabilité de la conception, car il a été missionné et rémunéré pour cela ». Les contrôles effectués poseraient question au regard de leur « pauvreté technique ».
Parmi les points les plus graves, à en croire le rapport Géotec, l’une des entreprises « a passé outre les règles de l’art et certains aspects techniques qui devaient apporter des garanties ».
Conséquence dramatique : inadaptés, certains ouvrages ont été endommagés par la tempête Aline alors qu’ils auraient dû y résister. Ceux qui n’ont pas tellement bougé « ne peuvent pas prétendre être calibrés » pour autant. « L’accumulation des erreurs et des défauts (…) peuvent les rendre moins solides ». Des diagnostics précis devront être menés pour lever ce doute.
CE QUE DISENT LES SOCIÉTÉS VISÉES
Dans Nice-Matin, des salariés de ces entreprises privées se disent injustement accusés. D’après eux, la Métropole aurait saisi des prétextes pour suspendre des travaux trop coûteux. La collectivité serait aussi à l’origine, selon eux, de mauvais choix de comptabilité.



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