Après une nouvelle année marquée par un niveau très élevé de défaillances d’entreprises, l’économie française semble entrevoir un possible point d’inflexion. Près de 70.000 procédures ont été recensées en 2025, selon une étude du cabinet Altares, mais plusieurs indicateurs laissent espérer un ralentissement en 2026, malgré un environnement encore contraint pour les entreprises.
Le chiffre frappe par son ampleur. En 2025, 69.957 entreprises ont fait l’objet d’une défaillance, qu’il s’agisse de sauvegardes, de redressements ou de liquidations judiciaires. Un volume en hausse de 3,1% par rapport à 2024, qui confirme la fragilité persistante du tissu économique français après plusieurs années de tensions successives.
Un quatrième trimestre record mais un ralentissement marqué
Le dernier trimestre de l’année concentre à lui seul 19.024 défaillances, un niveau qualifié de « record absolu pour cette période » par Altares. Pourtant, derrière ce chiffre brut, la dynamique évolue. Le rythme de progression s’est fortement tassé, avec une hausse limitée à 1,7% sur un an, après +10% fin 2024, +38% fin 2023 et +48% fin 2022.
Cette décélération marque une rupture avec la période de rattrapage qui a suivi les années de crise sanitaire. Durant le Covid, les défaillances avaient été artificiellement contenues par les aides d’État, retardant des difficultés qui se sont ensuite manifestées avec force.
Une économie sous tension et des PME fragilisées
« L’économie française a évolué en 2025 dans un cadre paradoxal mêlant inflation maîtrisée et croissance atone, avec des finances publiques sous tension dans un contexte géopolitique compliqué », analyse Thierry Millon, directeur des études d’Altares. Selon lui, ce contexte a nourri un climat d’incertitude particulièrement défavorable aux entreprises, et en premier lieu aux PME.
Pour tenter de préserver leur trésorerie, les structures les plus fragiles ont cherché à jouer sur les délais de paiement, une stratégie de court terme qui a toutefois « accentué fortement le risque commercial ». Les conséquences se font sentir sur l’emploi, avec 267.200 postes menacés fin 2025, soit 11.500 de plus qu’un an auparavant.
Grandes entreprises, industrie et social en première ligne
Les PME et ETI d’au moins 100 salariés apparaissent comme les plus exposées. En 2025, 236 grandes structures ont fait défaut, un bond de 18,6% sur un an. L’industrie manufacturière concentre une hausse de 21% des défaillances, tandis que le secteur social enregistre une progression de 12%.
Ces chiffres traduisent la vulnérabilité accrue de secteurs intensifs en main-d’œuvre et en investissements, dans un contexte de marges contraintes et de visibilité réduite.
Des signaux positifs avant 2026, malgré des contraintes persistantes
Plusieurs indicateurs laissent néanmoins entrevoir une amélioration progressive. Les liquidations judiciaires, qui représentent près de deux tiers des procédures, ont reculé de 1,3% au quatrième trimestre. Les défaillances ont également diminué de 7% sur un an dans les entreprises de 3 à 99 salariés.
Certains secteurs amorcent un redressement, à l’image de la construction avec une baisse de 8,1% des défaillances, ou du transport routier de marchandises en recul de 16,3%. Sur le plan territorial, plusieurs régions repassent dans le vert au quatrième trimestre, notamment la Normandie, les Hauts-de-France et la Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Dans ce contexte, Thierry Millon évoque « l’espoir d’un léger repli » des défaillances en 2026. Mais il alerte sur des contraintes toujours présentes, parmi lesquelles « perturbations logistiques, besoins en fonds de roulement, mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et facturation électronique obligatoire » dès septembre. « Les entreprises devront donc redoubler d’audace et conjuguer prudence financière et anticipation stratégique pour rester compétitives », conclut-il.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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