En difficulté face à un marché de la décoration fragilisé, l’enseigne Bouchara a sollicité mercredi son placement en redressement judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Paris. Une démarche assumée par la direction, qui espère désormais l’arrivée d’un repreneur afin de préserver tout ou partie des emplois et du réseau de magasins.
Le choc est brutal pour les équipes comme pour les clients fidèles. Connue pour son linge de lit et ses textiles de maison, Bouchara traverse une zone de fortes turbulences. Mercredi, la direction a confirmé à l’AFP avoir demandé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, reconnaissant des difficultés devenues structurelles dans un secteur soumis à de profondes mutations.
Marché sous pression
Pour justifier cette décision, la direction de l’enseigne évoque avant tout un environnement de marché durablement contraint. La baisse des dépenses des ménages pèse lourdement sur les ventes, dans un contexte économique où l’arbitrage budgétaire des foyers se fait de plus en plus sévère. À cela s’ajoute une concurrence accrue, portée par la montée en puissance d’acteurs à bas prix et par l’essor du e-commerce, sans que soient cités explicitement les géants asiatiques du secteur.
Autre facteur mis en avant par la direction, le ralentissement du marché immobilier, traditionnel moteur pour l’équipement de la maison. Moins de transactions, des projets différés, et autant d’achats de décoration repoussés ou annulés. Un contexte qui affecte directement l’activité de Bouchara, historiquement positionnée sur ces segments.
541 salariés concernés, des magasins maintenus ouverts
La procédure engagée vise aussi, selon la direction, à protéger les emplois. Bouchara compte actuellement 541 salariés en CDI, répartis au sein d’un réseau de 52 magasins en France métropolitaine. De Brest à La Rochelle, en passant par Marseille ou Nice, l’enseigne conserve une implantation nationale significative.
Si le tribunal valide le placement en redressement judiciaire, une période d’observation de six mois s’ouvrira. Durant cette phase, les magasins resteront ouverts, assure la direction, tandis que d’éventuels investisseurs pourront étudier des offres de reprise portant sur tout ou partie des points de vente et des emplois associés.
Pertes
La direction rappelle avoir engagé dès 2017 une profonde évolution de son positionnement. Cette transformation s’est traduite par l’arrêt du prêt-à-porter et par une montée en gamme de l’offre, destinée à renforcer l’identité de la marque sur le textile de maison. « Malgré ces efforts structurels, l’enseigne demeure confrontée à des pertes récurrentes », reconnaît-elle toutefois.
Sur le plan financier, Bouchara estime son chiffre d’affaires pour 2025 à 82,5 millions d’euros, soit une baisse de 8,6 millions par rapport à 2024. Une érosion significative, qui illustre la fragilité économique persistante de l’enseigne dans un secteur devenu particulièrement concurrentiel.
Inquiétudes des syndicats
Côté salariés, l’annonce a suscité une vive inquiétude. Dans un communiqué, la Fédération CGT Commerce et Services a dénoncé une situation plongeant les équipes dans une grande incertitude. « Cette annonce brutale plonge les salariés dans une incertitude totale sur leur avenir professionnel », a-t-elle alerté, estimant que « les travailleuses et travailleurs n’ont pas à faire les frais des choix et ou des erreurs stratégiques du patronat ».
Le cas Bouchara s’inscrit dans une série de difficultés touchant le secteur de la décoration et de l’ameublement. Ces dernières années, plusieurs enseignes ont engagé des procédures collectives, parfois jusqu’à la liquidation judiciaire, à l’image de Habitat en décembre 2023 ou de Casa France en juin 2025. Un signal supplémentaire des tensions qui traversent durablement ce marché.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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