La directrice du théâtre niçois annonce à Nice-Presse son intention de rempiler pour trois années supplémentaires. Après un point sur les différents (et futurs) équipements du TNN, Muriel Mayette-Holtz aborde également et sans détour l’actualité locale.
Nice-Presse : Parmi les écrins du TNN, vous disposez, depuis quelques étés, des Arènes de Cimiez. Quand aurons-nous rendez-vous avec leur aménagement (scénique) définitif ?
Muriel Mayette-Holtz : C’est un site merveilleux, et inattendu pour nous. La version finale sera prête en 2027. Il y a eu plusieurs allers-retours entre nos services et ceux de l’architecte des bâtiments de France. Le premier projet, très sophistiqué, engendrait presque une fermeture des Arènes et c’était très cher. Nous sommes désormais sur quelque chose de plus aérien, de plus confortable, avec des équipements modulables, en bois. Histoire de laisser cet espace, spectaculaire, sauvage, dans sa nature.
On a entendu bien des choses au sujet du projet de Palais des Arts et de la Culture, aménagé dans l’actuel Palais des Expositions du centre-ville. Aux dernières nouvelles, qu’est-il prévu ?
Une salle de 800 places, pas davantage, pour garantir une excellente visibilité. La voûte sera préservée. Nous aurons une très belle salle de répétition (à l’identique du plateau principal, ce qui est rare !), un restaurant convivial qui verra passer ce presque millier de visiteurs, un atelier de construction de décors, et nos réserves.
Allez-vous proposer des représentations du TNN dans le nouveau centre des congrès du Port Lympia ?
Ce n’est pas mon but. Installer un théâtre, ça ne s’improvise pas : il faut de l’argent pour l’exploiter et des équipements bien précis. Avec la fabuleuse salle des Franciscains, et La Cuisine, nous avons déjà ce qu’il nous faut.

Votre deuxième mandat touche à sa fin, êtes-vous candidate à un renouvellement ?
Absolument ! Je partirai le jour où la grande salle sera ouverte. Passer le relai, c’est très important. Ce n’est pas mon théâtre : c’est celui du service public. À moins d’une bêtise, il n’y a pas de raisons que je ne sois pas renouvelée : notre TNN va bien ! Nous verrons ce qui adviendra avec un nouveau gouvernement…
On évoque parfois la « cancel culture », ces personnalités historiques, ces grands textes, qui sont aujourd’hui bannis par crainte des polémiques. Vous-même, avez-vous déjà renoncé à programmer certaines choses ?
Oui ! Je trouve absolument inacceptable de modifier les oeuvres pour coller au politiquement correct. En revanche, j’avais en tête de monter certains textes, j’y ai renoncé pour l’instant, parce que nous ne serions pas capables de les entendre. Ils seraient résumés à une première phrase, sans être écoutés sur la longueur. Par ailleurs, on m’a beaucoup critiqué pour cela : je refuse que l’on prononce un discours politique sur le plateau. Dans une pièce, si un personnage revendique des convictions, c’est formidable, cela fait réfléchir et débattre. Le théâtre est politique, bien sûr.

Vous vous êtes exprimée sur les propositions culturelles de l’un des candidats : serez-vous investie, d’une manière ou d’une autre, lors de la campagne municipale niçoise ?
Je ne fais pas de politique. Mon travail, c’est de diriger ce théâtre. J’ai été interrogée sur la proposition d’Eric Ciotti, qui est d’installer une grande salle dans la Gare du Sud. Je réponds sur ce qui concerne le TNN, donc. Ce projet a été écarté, depuis des années, par les précédentes directions. L’équipement dont nous avons besoin ne peut pas être logé dans ce bâtiment.
Comme certaines rumeurs l’assurent, aimeriez-vous figurer sur la liste du maire sortant, Christian Estrosi, et devenir sa prochaine adjointe chargée de la culture ?
Cela mérite, peut-être, réflexion quand on vous le propose, mais ce n’est jamais arrivé ! Je ne demande rien. Christian Estrosi a été extrêmement loyal avec le Théâtre national : nous avons un maire qui nous donne une subvention similaire à celle que nous verse l’État. Aucune autre ville de France ne le fait ! Il nous avait parlé d’ouvrir le Théâtre des Franciscains, d’acheter La Cuisine (une salle provisoire montée dans un quartier populaire, NDLR) et d’investir les Arènes : promesses tenues.
Par le passé, vous avez signé des tribunes appelant à s’opposer au Rassemblement national. Resteriez-vous directrice du théâtre si le RN remportait la mairie, dans quelques mois ?
Tout dépend du programme de l’extrême droite. Je ne veux pas partir : il faut savoir résister. C’est mon tempérament. Quel serait son programme culturel ? Si je ne peux plus appliquer mon projet, parce qu’on m’en empêche ou que l’on nous retire des moyens, alors là, oui, il faudra s’en aller ! Dans la seconde, et sans l’ombre d’une hésitation. Mon rôle, c’est d’expliquer à quoi cela sert, la culture. Encore une fois, je m’en tiens à mon métier. Mais il faut répondre aux questions… quand elles se posent réellement.



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