Le procès de Guillaume B., ancien directeur d’agence bancaire à Manosque accusé d’avoir infligé sept ans de supplices, viols et proxénétisme à son ex-compagne, s’est ouvert ce lundi devant la cour d’assises de Digne-les-Bains. L’accusé encourt la prison à perpétuité face aux accusations de tortures de la victime. Cette audience criminelle s’ouvre sous la surveillance attentive des collectifs féministes de la région.
Sous un ciel particulièrement orageux à Digne-les-Bains, les chants féministes et les pancartes proclamant « la honte doit changer de camp » accueillent l’ouverture de l’audience. À l’intérieur du tribunal, l’ambiance est lourde pour le premier jour du procès de Guillaume B. Jugé sans huis clos, l’accusé de 51 ans se présente en jean et pull gris.
Durant la lecture des charges, cet ancien cadre bancaire secoue la tête à plusieurs reprises. Il exprime ses regrets face à la cour, affirmant qu’on le fait passer « pour un monstre qu’[il] n’est pas ». Son ex-compagne de 42 ans, Laëtitia R., l’accuse de l’avoir soumise à des violences et viols répétés entre 2015 et 2022, tout en la contraignant à se prostituer.
Vêtue d’un blazer gris, cette mère de quatre enfants éclate en sanglots lorsque l’accusé livre sa version des faits à la barre. Guillaume B. assure aux magistrats : « nous avions une relation sado-masochiste consentie avec laquelle nous avons pris du plaisir et nous avons pratiqué des jeux de prostitution ». Évoquant des armes à feu non déclarées chez lui, il explique simplement qu’« il est chasseur ».
Le mécanisme de l’emprise et des violences physiques
Leur relation avait débuté en 2015 sur une application de rencontre. Selon l’accusation, le couple a rapidement basculé vers une dynamique d’emprise psychologique sévère et de contrôle absolu du mis en cause sur sa compagne.
Interrogée par Radio France, la plaignante résume l’état permanent dans lequel elle se trouvait : « J’étais dans la peur ». Elle énumère les multiples agressions physiques subies :
« Des coups de poing, avec une planche à découper, des entailles dans le dos au couteau. J’étais souvent à sang. Il me brûlait aussi avec sa cigarette ».
L’accusation indique qu’à chaque fois qu’elle demandait l’arrêt des sévices en raison de la douleur, l’homme poursuivait ses actes. Il exerçait une domination totale en usant d’un chantage à la rupture systématique dès qu’elle s’opposait à ses demandes.
Prostitution forcée
Le dossier comporte un volet lié à des faits de proxénétisme. L’accusé aurait ordonné à sa compagne d’avoir des relations sexuelles avec d’autres hommes, des rendez-vous qu’il surveillait à distance en écoutant en direct via son téléphone portable.
L’ancien directeur de banque décidait des pratiques et des tarifs exigés. Il récupérait ensuite la moitié, puis l’intégralité des gains financiers récoltés par sa compagne auprès des clients.
Devant le palais de justice, une quinzaine de militantes maintiennent leur soutien. Florence, 55 ans, témoigne :
« On est là pour dire à Laëtitia qu’on la croit et inciter les victimes à suivre son exemple et dénoncer ces violences systémiques qui ont dans son cas été poussées à leur paroxysme ».
Des centaines de preuves matérielles
Pour le parquet, c’est l’intensité et la répétition des violences, combinées aux expertises médicales et aux enregistrements sonores et vidéos, qui justifient le renvoi aux assises. L’avocat de la victime, Me Philippe-Henry Honegger, insiste sur la solidité du dossier « où la parole d’une femme est étayée, renforcée, confirmée par des centaines et des centaines de messages, d’échanges téléphoniques, de retranscriptions et par des constatations médicales qui sont incontestables ». Ces messages couvriraient le harcèlement subi, décrivant un quotidien semblable « à la pire vision de l’enfer qu’on puisse imaginer ».
Le calvaire a pris fin en juin 2022 lorsqu’une amie a alerté les forces de l’ordre. Laëtitia R., ancienne préparatrice en pharmacie, souffre de séquelles physiques et physiologiques, la laissant avec un taux de handicap reconnu entre 50 et 80 %. Son avocat rappelle sa « volonté, alors qu’on a essayé de la réduire au silence pendant tant d’années, de ne pas rester silencieuse ».
Ce qui est important
- Un procès s’ouvre à Digne-les-Bains contre un ancien banquier de Manosque accusé de sept ans de tortures, viols et proxénétisme conjugal, risquant la perpétuité.
- L’accusation repose sur des expertises médicales indiscutables et des centaines d’enregistrements audio et vidéo corroborant le témoignage de la victime.
- L’affaire montre les rouages de l’emprise psychologique et l’importance du signalement par une amie en 2022, mettant fin aux violences.
Avec agence



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