La mère d’un homme tué par erreur en Corse déplore que « cette mafia tue des gens de bien, des innocents » et, faute de se sentir en sécurité, renonce à participer aux rassemblements prévus samedi tout en espérant ardemment la fin des violences.
L’enquête a établi que son fils était la « victime collatérale d’un contentieux entre deux clans rivaux », illustrant une escalade qui alarme de nombreux acteurs locaux.
Pour Jean-Dominique Musso, président régional de Via Campagnola, la situation est devenue critique : il souligne à l’AFP que lorsque des innocents meurent, comme « une gamine » prise pour cible à tort ou un responsable agricole abattu par derrière, c’est toute la population qui se retrouve menacée, d’autant plus que les convoitises autour du « foncier agricole » se multiplient.
Son organisation a donc rejoint la nouvelle coordination antimafia, formée fin septembre, regroupant collectifs, syndicats et associations écologistes, qui appelle à manifester à Ajaccio et Bastia autour du slogan « Assassins, mafieux, dehors ! ».
En mars, une première mobilisation avait rassemblé jusqu’à 3.000 personnes. Quelques jours plus tard, Pierre Alessandri, secrétaire général de Via Campagnola et présent ce jour-là, était tué.
Une pression criminelle croissante qui inquiète la société corse
Dans l’île, s’exposer publiquement contre la criminalité reste exceptionnel, tant la peur domine. Le procureur de Bastia, Jean-Philippe Navarre, a toutefois encouragé chacun à soutenir ce mouvement « citoyen » destiné à combattre des pratiques qui, selon lui, étouffent l’économie locale.
La Corse détient désormais le record métropolitain du nombre d’homicides rapporté à sa population : 18 meurtres et 16 tentatives en 2024 pour 355.000 habitants. Le neuvième homicide de l’année, début novembre, a eu lieu à Ghisonaccia devant un enfant de 9 ans.
La justice peine à neutraliser durablement les 20 groupes criminels identifiés sur l’île. Le cas de Jacques Santoni, figure de la bande du Petit Bar, en est emblématique : condamné à 13 ans pour blanchiment mais non incarcéré en raison d’une tétraplégie, il a vu plusieurs procès reportés et demeure à son domicile parisien.
Le jugement estime qu’«il s’abrite derrière son handicap pour ne pas avoir à répondre de ses actes devant ses juges ». Renvois après renvois, il attend une éventuelle amélioration de son état de santé pour être jugé dans les affaires Nivaggioni et Sollacaro.
Les pouvoirs publics affirment pourtant vouloir reprendre la main. Une commission spécialisée contre les pratiques mafieuses, unique en France, vient d’être votée à l’Assemblée de Corse. Elle complète la création en juin d’un pôle régional anticriminalité organisée (Praco), censé compter 17 magistrats d’ici 2027.
Mais pour deux commerçants victimes d’incendies criminels, les avancées restent insuffisantes : ils dénoncent auprès de l’AFP des enquêtes trop lentes et refusent de s’exprimer publiquement par crainte de nouvelles représailles. L’un d’eux annonce arrêter son activité avec « dégoût », tandis que l’autre demande un soutien financier de l’État afin de protéger emplois et moyens de subsistance.
Le préfet de Corse, Éric Jalon, a déclaré vouloir accompagner les entreprises les plus exposées en adaptant les outils existants et en en créant de nouveaux. Il entend aussi former un premier cercle de 1.000 agents publics et renforcer la coordination entre administrations et justice pour exploiter l’ensemble des leviers administratifs et judiciaires dans « cette lutte contre l’emprise mafieuse ».
Avec AFP



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