L’enquête ouverte après l’incendie meurtrier survenu dans la nuit du Nouvel An dans un bar de la station suisse de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 119 blessés, s’oriente désormais vers les propriétaires français de l’établissement. Soupçonnés de négligence, Jacques et Jessica Moretti sont au cœur d’une instruction pénale qui devra déterminer leur éventuelle responsabilité dans l’un des drames les plus graves qu’ait connus la station alpine.
Le choc est encore immense à Crans-Montana. Dans cette station huppée des Alpes suisses, l’incendie du bar Le Constellation a brutalement transformé une nuit de fête en tragédie internationale. Depuis, l’enquête progresse et vise désormais directement le couple de gérants français, jusque-là entendus comme simples témoins.
Une instruction pénale ouverte pour « homicide par négligence »
Samedi, le ministère public a annoncé l’ouverture d’une instruction pénale contre Jacques et Jessica Moretti pour « homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence ». Une étape judiciaire majeure, même si elle ne préjuge pas, à ce stade, de la tenue d’un procès. Les autorités devront établir si les propriétaires ont manqué à leurs obligations en matière de sécurité.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le drame aurait été provoqué par des bougies incandescentes fixées sur des bouteilles de champagne, placées trop près du plafond du sous-sol. Un détail qui pourrait s’avérer déterminant dans l’analyse des responsabilités.
Un couple bien implanté dans la station depuis 2015
D’après les registres du commerce consultés par l’AFP, le couple s’est installé à Crans-Montana en 2015, année de l’achat du Constellation. Ils ont ensuite développé leurs activités avec l’ouverture de deux autres établissements : le café-restaurant Le Senso, enregistré en 2020 dans la station, et l’auberge corse Le Vieux Chalet, enregistrée en 2023 dans la commune voisine de Lens.
Jacques Moretti est originaire de Ghisonaccia, en Haute-Corse, tandis que son épouse Jessica est issue de la Côte d’Azur, selon Nice-Matin. Avant leur arrivée en Suisse, Jacques Moretti avait dirigé un bar-lounge sur le port de Bonifacio, selon des sources locales et des documents administratifs. Le maire de la commune, Jean-Charles Orsucci, confirme avoir entretenu « de bonnes relations » avec ce commerçant à la fin des années 2000.
Travaux, matériaux et issues de secours au cœur des investigations
L’instruction devra notamment se pencher sur les travaux réalisés dans le sous-sol du bar en 2015, les matériaux utilisés, les autorisations d’exploiter et les dispositifs de sécurité. Les enquêteurs s’intéressent en particulier à la nature de la mousse isolante recouvrant le plafond, qui semble s’être embrasée très rapidement.
Le respect des normes suisses en matière d’accès et d’issues de secours constitue un autre point central. Plusieurs témoignages évoquent des scènes de bousculade dans l’escalier menant au sous-sol. Or, la réglementation impose des portes s’ouvrant dans le sens de la fuite, des voies dégagées et correctement signalées, ainsi que des largeurs minimales.
Présomption d’innocence
Interrogé devant son domicile à Lens, Jacques Moretti a déclaré aux journalistes : « laissez-nous tranquilles, nous aussi nous sommes en deuil ». Il a également affirmé que son établissement avait été contrôlé « trois fois en dix ans » et que « tout s’était fait dans les normes ».
La procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, a confirmé que le dossier de l’établissement avait été transmis par la commune et qu’il était en cours d’analyse. Elle a tenu à rappeler que l’enquête avait été ouverte en raison de soupçons, tout en soulignant que la présomption d’innocence demeurait tant qu’aucune condamnation n’était prononcée.
À l’issue de l’instruction, le ministère public décidera soit de classer l’affaire, soit d’émettre un acte d’accusation susceptible de conduire à un procès. À ce stade, les propriétaires n’ont fait l’objet d’aucune mesure de détention provisoire, ni d’assignation à résidence.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP







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