Le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence a condamné, dans la nuit de vendredi à samedi, plusieurs membres du personnel pénitentiaire et un détenu pour des faits de corruption et de trafic en détention. Des peines de prison ferme allant jusqu’à trois ans ont été prononcées, mettant en lumière une nouvelle affaire de compromission au sein de la prison d’Aix-Luynes.
Tout commence par un signalement anonyme, puis des écoutes. Très vite, les enquêteurs mettent au jour des échanges explicites entre des personnels de prison et des détenus, autour de produits à faire entrer clandestinement derrière les murs de l’établissement pénitentiaire.
Le trafic organisé révélé par des écoutes
Les discussions interceptées évoquent de la résine de cannabis, des parfums ou encore des cigarettes, désignés par des termes codés comme « weed », « salade » ou « bouteilles », qu’il s’agissait de « faire entrer » dans l’enceinte pénitentiaire. À l’issue de l’enquête, cinq personnes travaillant en prison et un détenu sont poursuivis devant le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence.
Quatre membres du personnel et un détenu ont finalement été condamnés à des peines de prison ferme de deux à trois ans. Une cinquième personne travaillant également dans la prison a, en revanche, été relaxée. Les prévenus étaient jugés pour corruption passive et participation à une association de malfaiteurs, tandis que le détenu répondait de corruption active.
Une surveillante au cœur du dossier
Parmi les condamnés figure une surveillante pénitentiaire, Julie L. Âgée de 24 ans, elle a écopé de trois ans de prison dont un an avec sursis et devra rester incarcérée, étant déjà en détention depuis deux mois. En raison de son statut de personne dépositaire de l’autorité publique, c’est contre elle que le procureur Emmanuel Merlin a tenu les propos les plus sévères, estimant qu’elle avait « choisi de basculer du côté des voyous ».
À la barre, la jeune femme, cheveux longs et raides, vêtue d’un grand pull gris, a expliqué avoir commencé par faire passer un parfum dans son sac de travail, à la demande d’un coprévenu, Mohamed S., technicien de maintenance pour la société Gepsa, avec qui elle entretenait une relation sentimentale. Elle a justifié ce premier geste par une phrase simple, « parce que je l’aimais ».
Elle a ensuite reconnu avoir rencontré des difficultés financières, déclarant que « la banque ne voulait pas m’accorder de crédit et j’en ai parlé aux mauvaises personnes ». Selon ses propres aveux, un détenu, Sid Ahmed B., lui aurait alors proposé « 1.000 euros contre du shit ». Elle accepte, se rend sur un parking de Marignane pour récupérer la marchandise et l’argent, puis dissimule dans sa brassière quatre morceaux de résine de cannabis, décrits comme « des savons ».
Des techniciens et un détenu lourdement condamnés
Mohamed S., 24 ans, a pour sa part affirmé avoir été « jeté dans la fosse aux lions » dès son arrivée à la prison d’Aix-Luynes. « Je ne savais pas comment ça fonctionnait », a-t-il assuré au tribunal, expliquant avoir été très sollicité et avoir fini par céder « pour avoir la paix ». Il a reconnu le passage de parfums et de cigarettes, tout en niant l’introduction de stupéfiants, malgré la découverte de produits bien emballés à son domicile lors d’une perquisition. Il a été condamné à trois ans de prison.
Son oncle, Kamel S., chef d’entreprise dans le BTP, a été condamné à deux ans de prison après avoir reconnu avoir acheté des cigarettes électroniques sous la menace. Un autre technicien de Gepsa, Laurent B., présenté par le procureur comme « la cheville ouvrière » de ce trafic et à la tête de « cette bande qui fricotait », a également écopé de trois ans de prison.
Le détenu Sid Ahmed B., auxiliaire de justice à Aix-Luynes et considéré par les enquêteurs comme un intermédiaire clé entre détenus et personnels, déjà condamné à 20 ans de prison dans une affaire criminelle, a lui aussi été condamné à trois ans de prison. Son avocat, Me Jacquemin, a indiqué à l’AFP son intention de faire appel.
À l’audience, Emmanuel Merlin a dénoncé « une énième affaire de corruption en prison, et en particulier à Luynes », deuxième établissement pénitentiaire de France par sa taille. Il a rappelé qu’en mai, une surveillante de Luynes soupçonnée d’être impliquée dans un vaste trafic de stupéfiants entre la France et l’Espagne avait été mise en examen et placée en détention provisoire. Fin janvier, une autre surveillante doit être jugée à Aix-en-Provence pour corruption.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP







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