La présidence de Christian Estrosi révèle un nouveau rapport commandé à un cabinet de conseil au sujet de l’endettement métropolitain : « RAS, rien d’inquiétant » à l’instant T, selon les experts de Klopfer. L’opposition ne s’extasie pas pour autant.
La Métropole Nice-Côte d’Azur, c’est-à-dire la cinquantaine de communes du littoral jusqu’au Mercantour, peut-elle réellement supporter la dette de 1,6 milliard d’euros contractée au fil des ans, surtout pour le développement des transports ?
C’est tout l’objet d’un audit commandé par la collectivité, pour 5200 euros, auprès du cabinet de conseil Klopfer. Lequel n’est ni une institution indépendante comme la Chambre régionale des comptes, qui dévoile des examens de collectivités généralement très commentés, ni une agence de notation, qui fait autorité auprès des marchés financiers. Mais il s’agit là d’experts reconnus dans leur domaine, celui des comptes des mairies et des agglos, notamment. Document que vous pouvez consulter en cliquant ici.
Résultat des courses, la Métropole niçoise obtient « l’équivalent d’un 15/20 » c’est à dire d’un A+, si l’on reprenait les critères d’un Standard & Poor’s, par exemple. L’objectif de la manoeuvre ? Ainsi évaluée, Nice-Côte d’Azur pourrait se passer de l’intermédiaire de certaines banques pour trouver des investisseurs costauds, avec des taux d’intérêt plus abordables. Le nombre indicatif estimé par Klopfer la conduit, annonce-t-elle cette semaine, à solliciter pour 2026 la première « notation » de son histoire.
Tribune signée par plus d’un tiers des maires
L’ombre au tableau, c’est qu’une part des élus communautaires ne partage pas du tout ce satisfecit. Le cabinet s’est borné à vérifier la capacité à rembourser les emprunts. Mais c’est plus généralement la politique menée la Métropole qui en agacent certains.
Dans un texte commun transmis à Nice-Presse, vingt élus évoquent un rapport décrit comme « une mascarade ». Pour eux, puisque Klopfer a été rémunéré pour produire son audit, il manquerait « d’indépendance et d’objectivité ». De leur point de vue, « le bilan du président de la Métropole est catastrophique ».
Raison pour laquelle ils ont choisi de ne pas se rendre à la commission exceptionnelle, réunie lundi 10 novembre pour découvrir l’audit. On trouve parmi les signataires des conseillers proches du rival Éric Ciotti, candidat aux élections de 2026, mais aussi 17 maires sur les 51 communes qui composent l’institution, soit plus d’un tiers (33%, la liste en fin de sujet).
Ceux du littoral, comme l’édile de Villefranche-sur-Mer, de Cap d’Ail, celle de Falicon dans les hauteurs niçoises, celui de Carros et plusieurs Valléens. Sollicitée, la Métropole n’a pas commenté le contenu de cette tribune.
Quant à l’état des lieux lui-même, ils regrettent de ne pas avoir pu obtenir les pages avant la réunion, y voyant « une négation du débat démocratique » et une « démarche clairement électoraliste ». Qu’ils estiment par ailleurs « probablement illégale ». Sur ce dernier point, la préfecture des Alpes-Maritimes répond.
Une conférence devant la presse « pas illégale »
L’opposant écologiste Jean-Christophe Picard s’en était ému dans nos colonnes le 5 novembre : « Le code électoral dispose que, (en amont) des élections générales, ‘aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin’. Or, la Ville et la Métropole convoquent les médias justement dans le but de faire la promotion de leur gestion !»
Interrogés, les services du représentant de l’État Laurent Hottiaux ont une autre vision des choses : « au vu de l’analyse de la situation, (on) ne considère pas que la situation soit illégale. » Avec une nuance, « toutefois, seul le juge électoral est compétent en la matière et peut statuer définitivement ».
Situation de la Métropole : pas de quoi se réjouir, estime le groupe Nice Écologique
Après l’exposé donné par le directeur général de Klopfer, Jean-Christophe Picard n’est pas ressorti des locaux de la Métropole plus emballé que d’habitude. Selon le conseiller EELV, « on nous explique que la dette est soutenable. C’est vrai, les grands chiffres financiers sont connus, on n’apprend rien. La fiscalité a progressivement évolué, alors que plusieurs gros investissements, souvent attendus, ont été annulés ou reportés, et c’est un problème. Mécaniquement, sur le papier, on s’en tire mieux. Ça ne veut pas dire que la gestion soit formidable. Il n’y avait pas d’intérêt de commander à un cabinet privé une analyse qui est bien plus complète quand elle est menée par les magistrats de la Chambre régionale des comptes ».
- Voici les signataires
Madame Anaïs TOSEL, Maire de Falicon - Madame Carole CERVEL, Maire de Valdeblore - Madame Loetitia LORE, Maire de Venanson - Madame Martine BARENGO FERRIER, Maire de La Bollène-Vésubie - Monsieur Xavier BECK, Maire de Cap d’Ail - Madame Yanne SOUCHET, Maire de Roure - Monsieur Bertrand GASIGLIA, Maire de Tourrette-Levens - Monsieur Christophe TROJANI, Maire de Villefranche-sur-Mer - Monsieur Gérard MANFREDI, Maire de Roquebillière - Monsieur Jean MERRA, Maire de Saint-Sauveur-sur-Tinée - Monsieur Jean THAON, Maire de Lantosque - Monsieur Jean François SPINELLI, Maire de Castagniers - Monsieur GUGLIELMETTI, Maire de Rimplas - Monsieur Yannick BERNARD, Maire de Carros - Monsieur Yves GILLI, Maire de Utelle - Monsieur Antoine VERAN, Maire de Levens - Monsieur Jean-Paul FABRE, Maire de Saint-Blaise - Madame Christelle D’INTORNI, Conseillère métropolitaine de Rimplas - Madame Gaelle FRONTONI, Conseillère métropolitaine de Nice - Monsieur Gilles ALLARI, Conseiller métropolitain de Saint-Laurent-du- Var






