Entre la grippe, les conditions climatiques hivernales et la grève des médecins libéraux, les services d’urgences et les Samu font face à une pression jugée inédite. Partout en France, les appels au 15 explosent, les patients s’accumulent sur les brancards et plusieurs hôpitaux ont déclenché des plans blancs. Les urgentistes alertent sur une situation qu’ils estiment désormais « intenable ».
- À LIRE AUSSI… Christian Estrosi à Nice-Presse : « 10 maisons de santé ouvertes avant 2029, aux quatre coins de la ville »
Des standards saturés, des salles d’attente pleines et des équipes à bout. Depuis plusieurs jours, les services d’urgences et les Samu sont confrontés à une surcharge massive, conséquence d’une accumulation de facteurs qui désorganisent l’ensemble du système de soins.
Saturation généralisée des urgences et du Samu
Plusieurs urgentistes interrogés font état de services « débordés » et « sous l’eau ». « On est à saturation complète », résume Louis Soulat, chef des urgences du CHU de Rennes, évoquant notamment l’absence complète de médecins généralistes en salle de régulation du Service d’accès aux soins d’Ille-et-Vilaine. Habituellement, ce dispositif associe Samu et médecins libéraux pour répondre aux appels au 15.
Depuis lundi, les médecins libéraux de ville et des cliniques sont engagés dans une grève de dix jours, appelée à s’intensifier jusqu’au week-end. Selon la fédération de l’hospitalisation privée, 80 % des blocs opératoires doivent être arrêtés entre le 10 et le 14 janvier. Partout dans le pays, des cabinets ferment et les cliniques cessent de traiter les soins non programmés, redirigeant les patients, hors urgences vitales, vers l’hôpital public.
- À LIRE AUSSI… Santé. À Nice, le chantier de l’hôpital Pasteur achevé après bien des rebondissements : ce qui va changer pour les patients
Des appels au 15 en forte hausse ?
Conséquence directe, les Samu-SAS enregistrent une hausse de 30 à 50 % des appels au 15, selon Samu urgences de France. « Il y a énormément d’appels » de personnes dont le médecin traitant est en grève, explique Agnès Ricard-Hibon, représentante du syndicat et urgentiste dans le Val-d’Oise.
Elle décrit « la conjonction de trois phénomènes » : une épidémie de grippe intense, la neige et le grand froid qui multiplient les passages pour traumatologie, et le mouvement social des médecins libéraux. Le nombre de cas à traiter « dépasse les capacités ». Les patients grippés sous oxygène occupent durablement les salles d’examen, tandis que les autres subissent de longues heures d’attente.
Sur la Côte d’Azur, une journée parmi les plus chargées
À Nice, Antibes et Cannes, la tension a atteint un niveau rarement observé. « Une des plus grosses journées depuis quelques années », relate Pierre-Marie Tardieux, chef du pôle urgences à Nice. Le service a dû faire face à un flux constant d’environ 100 à 110 patients simultanés, pour une capacité de 80 brancards, obligeant à se délester vers d’autres services.
Au Samu, le volume d’appels est également monté en flèche. Habituellement compris entre 1 600 et 1 700 appels quotidiens, il est passé à plus de 2 100 à 2 200. La grippe, le retour des vacances et la grève ont, selon lui, « un impact important ». Pour des équipes déjà éprouvées par plusieurs semaines d’épidémie et des tensions sur les effectifs pendant les fêtes, la situation est jugée « intenable ».
Plans blancs et inquiétudes pour les jours à venir
Face à cette pression, plusieurs établissements ont déclenché des plans blancs, notamment dans le Nord Franche-Comté et en Savoie. D’autres ont suivi, comme à Nantes, en Bretagne, dans les Deux-Sèvres ou à Dax. Les urgences adultes de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris sont elles aussi soumises à une forte tension, avec un afflux marqué de patients de plus de 75 ans.
« À ce stade, il n’est pas possible de dissocier » l’impact respectif des épidémies hivernales, des conditions climatiques et de la grève, précise l’AP-HP. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, assure pour sa part prendre les mesures nécessaires pour garantir la continuité des soins, y compris par des réquisitions.
« Je suis très inquiet » pour les jours à venir, confie Pierre-Marie Tardieux, redoutant une « grève dure » des blocs opératoires. « On comprend le mouvement », ajoute-t-il, mais pour l’hôpital public, qui « sert d’amortisseur et de caisse de résonance », « ce sera vraiment dur ».
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP



