Face à la montée en puissance d’une vingtaine de bandes criminelles identifiées en Corse, les autorités administratives et judiciaires ont détaillé un plan d’action articulé autour de la coordination, de la prévention et d’un durcissement assumé de la réponse de l’État. Présentée à l’automne lors des manifestations antimafia, cette stratégie vise à s’attaquer à l’emprise durable de la criminalité organisée sur l’économie et la société insulaires.
L’image de « la pieuvre » est revenue avec insistance dans la bouche des responsables publics. Une métaphore choisie pour décrire un phénomène tentaculaire, enraciné, qui impose une réponse globale et méthodique. Lors d’un point presse récent, le préfet de Corse, Eric Jalon, a confirmé que « trois initiatives pour lutter contre la criminalité organisée et l’emprise mafieuse » étaient désormais pleinement opérationnelles sur l’île.
Une coordination renforcée entre justice, administration et forces de sécurité
Premier pilier de ce dispositif, la création de trois groupes d’évaluation de la criminalité organisée en Corse. Un échelon régional et deux structures départementales ont été installés afin de réunir, dans un cadre restreint, autorités judiciaires, représentants de l’État et services de police et de gendarmerie. Objectif affiché par le préfet : « partager un diagnostic, établir des priorités et coordonner au mieux l’action ».
Cette mise en commun des informations doit permettre une lecture plus fine des phénomènes criminels, mais aussi une réponse plus rapide et cohérente face à des groupes structurés, capables d’investir des secteurs économiques entiers.
Former les agents et la jeunesse pour endiguer l’emprise mafieuse
Deuxième axe du plan, la formation d’un millier d’agents de l’État. Ces derniers seront sensibilisés afin de pouvoir « déceler tous les endroits où la pieuvre peut s’agripper » et signaler les situations suspectes à la coordination pour la sécurité. Pour le préfet, cette démarche s’inscrit dans une logique de prévention de long terme.
Parallèlement, des actions de sensibilisation à la mafia sont menées dans les collèges et lycées de l’île, sous l’impulsion du rectorat. « En formant la jeunesse et en formant nos agents, on renforce les défenses immunitaires du corps social », a insisté Eric Jalon, soulignant l’enjeu éducatif de cette lutte.
Une pression accrue sur les intérêts économiques des groupes criminels
Le troisième volet concerne directement les entreprises affectées par la criminalité organisée, souvent ciblées par des incendies criminels ou des pratiques de racket. Les pouvoirs publics recensent les outils existants, mobilisant notamment la Banque de France, l’Urssaf ou les finances publiques, afin d’aider les structures fragilisées à faire face à leurs difficultés.
Sur le plan judiciaire, le ton est résolument offensif. Le coordonnateur pour la sécurité en Corse, Arnaud Vieules, plaide pour « une action globale avec des poursuites judiciaires et une action administrative féroce », rappelant que la seule recherche des auteurs d’assassinats ne suffira pas à démanteler les réseaux.
Le procureur de Bastia, Jean-Philippe Navarre, évoque de son côté une « logique de harcèlement des groupes criminels », fondée sur la multiplication des enquêtes dans des secteurs identifiés comme sensibles, notamment les balades en mer, les travaux publics ou la restauration. L’objectif est clair : partir des groupes, identifier leurs intérêts économiques et vérifier la légalité de chaque projet, qu’il s’agisse d’investissements sportifs, immobiliers ou commerciaux.
Cette stratégie, reconnaît le magistrat, ne débouchera pas systématiquement sur des infractions caractérisées. Mais elle augmente les chances de résultats, en « attaquant le produit du crime là où il est » et en accélérant les réponses pénales.
À Ajaccio, le procureur Nicolas Septe voit dans 2025 une « année charnière », marquée par la mise en place du pôle régional anticriminalité organisée à Bastia et l’entrée en fonction du parquet national dédié. Pour 2026, les priorités restent inchangées : criminalité organisée, incendies volontaires, extorsions et saisies d’avoirs criminels. Un bilan déjà mis en avant, avec 10 millions d’euros saisis en Corse en 2025.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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