Le coût du service public de gestion des déchets en Corse repré­sente "deux à trois fois celui de la moyenne nationale", regrette jeudi la chambre régionale des comptes, pointant "la plani­fi­cation défaillante" de la Collectivité de Corse.

Ce coût, qui s'élevait à "104 millions d'euros en 2022", "pèse fortement sur le budget des inter­com­mu­na­lités, attei­gnant 80% des dépenses de fonction­nement pour certaines, ce qui les contraint fortement pour l'exercice d'autres compé­tences", juge la chambre régionale des comptes de Corse (CRC) dans son premier rapport théma­tique régional fondé sur le contrôle de 11 entités en charge de la prévention et de la gestion des déchets dans l'île méditer­ra­néenne entre 2020 et 2024.

Pointant la "plani­fi­cation défaillante" de la Collectivité de Corse, compé­tente en matière de déchets, la chambre précise que la Corse est "le seul terri­toire n’ayant pas de plan régional approuvé pour la prévention et la gestion de ses déchets, alors que l'ensemble des autres régions conti­nen­tales a adopté ce document entre octobre 2018 et mars 2020".

"En 2021, la Corse était la première région métro­po­li­taine en termes de production de déchets ménagers et assimilés (DMA) par habitant", précise également la chambre.

L'île de 350.000 habitants, qui peine depuis une vingtaine d'années à gérer ses déchets, en l'absence d'incinérateur et avec seulement deux centres d'enfouissement, a produit en 2023 plus de 216.000 tonnes de déchets, soit 629 kg par habitant, avec un taux de tri qui "stagne à 38%", selon le rapport 2024 du Syvadec, l'organisme public chargé du traitement des déchets dans l'île.

"Outre l’impact de la fréquen­tation touris­tique, la forte production de déchets est liée à l'insularité et au recours à des trans­ports requérant un condi­tion­nement adapté", précise la CRC.

"Si l'objectif national de réduction des DMA de 15% d'ici 2030 par rapport à 2010 paraît attei­gnable, le respect des autres objectifs régle­men­taires semble peu probable" en Corse, prévoit-elle.

L'objectif de valori­sation énergé­tique est en effet d'atteindre 70% en 2025 alors qu'elle ne repré­sentait que 6% en 2022 en Corse. De même, le stockage des déchets, qui ne devra plus repré­senter que 10% en 2035, était de 63% en 2022.

Un centre de surtri doit voir le jour à Monte (Haute-​Corse) en 2026 et suscite les inquié­tudes des collectifs antimafia et d'associations de défense de l'environnement, craignant l'influence de "groupes mafieux" sur sa construction et sa gestion.

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