Déchets, dalles défoncées, sentiment d’insécurité… Cela fait un moment que la zone piétonne Masséna a cessé d’être une vitrine pour le centre-ville niçois. Commerçants et riverains sont excédés, et attendent beaucoup de la nouvelle municipalité.
FAITES-VOUS ENTENDRE - « Les gens se cassent le nez, les dents, les genoux ! On en soigne régulièrement depuis une dizaine d’années ». La grande pharmacie de la piétonne en a vu des chutes sur l’épouvantable chaussée. L’un des (trop) nombreux problèmes de la rue Masséna.

« Ils ont enlevé les bacs à déchets, donc des commerces ont décidé de jeter leurs poubelles dans la rue », souffle Estelle, qui tient une boutique de cosmétiques.
La situation empire quand « les sacs ne sont pas tous récupérés le matin. C’est arrivé que tout traîne jusqu’à seize heures, à la vue de tous ! » Et certains ne se gênent plus, « des enseignes voisines jettent leurs détritus devant notre enseigne !, vocifère Manon. On a fait une réclamation sur AllôMairie ».
« Il faut remettre les bacs, soutient Estelle, et nettoyer bien davantage ».

« Quand un gérant n’y croit plus, ça contamine les autres »
Sur ces dalles, beaucoup de sans abri. « L’un crie sur les passants, d’autres urinent contre les vitrines » raconte un vendeur de bijoux. « Ils sont par terre, alcoolisés, ça ne donne pas envie de passer » affirme Elsie de Mik, une figure locale investie dans ce coin de Nice depuis quarante ans.
Les conflits d’usages sont aussi légion : « Les camions de livraison stationnent en plein milieu. Parfois jusqu’à treize heures, témoigne Estelle. C’est dangereux pour les piétons, qui doivent slalomer entre eux ». C’est aussi le bronx au niveau des terrasses des restaurants. Les riverains perdent patience face aux nuisances sonores et aux odeurs, nous racontent-ils.


Tout cela ne fait pas les affaires des petites enseignes, parfois cachées derrière et donc moins visibles pour les passants. Certaines ont même mis la clé sous la porte. « Un premier signe de défaillance, note Elsie de Mik. Quand un gérant n’y croit plus, ça contamine les autres ».

Des demandes qui ne peuvent plus attendre !
Jacques Agid, président de l’association des commerçants, appelle au « renforcement des effectifs des policiers municipaux, histoire de contrôler les livraisons mais aussi de lutter contre les agressions. Surtout l’été, des milliers de personnes viennent chaque jour ».
Conséquence de ce mauvais climat, « beaucoup de boutiques sont bas de gamme, affirme Laurence qui tient une bijouterie. Il faut s’inspirer des zones plus prestigieuses, comme la rue de Suède ».
Mais sont-ils prêts à subir de vastes travaux ? « On ne peut pas faire une omelette sans casser des œufs, pense la gérante. Il faut les mener par portions et en dehors de l’été. Ça va ralentir l’attractivité, mais c’est pour mieux rebondir ».

Il y a tout pile un an, la précédente équipe au pouvoir, celle de Christian Estrosi, avait enfin présenté une ébauche de projet, pour une « nouvelle promenade Masséna ». Une concertation publique a suivi.
Entretemps, c’est un nouveau maire, Éric Ciotti, qui se retrouve avec le dossier entre les mains. Fera-t-il de cette rénovation très attendue l’une de ses priorités ? L’indemnisation des gérants et la reprise de l’ensemble des installations souterraines vont coûter une fortune, c’est donc là un sacré sujet. Toujours est-il que le 23 avril, les socio-professionnels du Carré d’Or échangeront avec la Ville. Avec l’espoir d’être (enfin) fixés sur leur sort.



La zone piétonne fait honte à Nice depuis sa création…!