Quatre hommes ont été condamnés mardi à Ajaccio à des peines allant de cinq à huit ans de prison pour leur rôle dans une série de trois attaques à l’explosif visant un glacier de Propriano (Corse-du-Sud) entre l’été 2020 et le début de l’année 2021.
Poursuivi pour destruction par moyen dangereux, Tarik El F., dont l’ADN avait été retrouvé sur le morceau de scotch maintenant la charge explosive lors de la première attaque du commerce de glaces baptisé « La Marine », le 6 avril 2020, a écopé de cinq ans d’emprisonnement.
Après cet premier recours à la TNT, les propriétaires de l’enseigne, dont la boîte aux lettres avait été marquée du sigle IFF (I Francesi Fora, les Français dehors : NDLR), avaient choisi de mettre leur glacier en vente.
Une seconde déflagration était survenue le 26 août 2020, alors qu’un compromis de vente était sur le point d’être signé, puis dans la nuit du 11 janvier 2021 une troisième explosion, plus puissante encore, avait poussé les repreneurs à renoncer à l’acquisition.
Attaques à l’explosif en Corse : peines lourdes et soupçons d’extorsion autour d’un glacier
Poursuivis pour tentative d’extorsion et extorsion, Joseph M, Appien C et Don Jacques Serreri ont été condamnés chacun à huit ans de prison, assortis d’une amende de 100.000 euros.
La justice a en outre ordonné la saisie du bien immobilier appartenant à M. M et à M. C.
Ces deux prévenus sont également mis en examen dans une autre procédure pour l’assassinat, en juin 2022, de Jean-Christophe M, un parent de l’un d’entre eux, chef d’entreprise à Propriano et juge consulaire au tribunal de commerce d’Ajaccio.
M. M, C et Serreri sont décrits comme membres de la bande criminelle dite « M » dans un rapport du Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) de la police, consulté par l’AFP.
Les quatre accusés ont été déclarés « responsable du préjudice » et condamnés à verser solidairement 250.000 euros à titre provisionnel aux parties civiles.
Lors d’une audience placée sous haute sécurité fin novembre, les prévenus avaient rejeté les accusations, dans une salle d’audience remplie de leurs soutiens. Plusieurs témoins s’étaient également présentés à la barre pour contester l’existence de menaces et démentir des propos pourtant enregistrés par les enquêteurs lors d’écoutes téléphoniques.
« En dépit d’un dossier fragile que l’audience a permis de démonter point par point, les magistrats ajacciens ont prononcé une condamnation sans fondement, sans preuve, sans justice et sans proportion », a dénoncé auprès de l’AFP Me Emmanuel Molina, l’un des avocats de Joseph M, rappelant qu’ils avaient réclamé le « dépaysement » de ce procès et annonçant un appel.
« Si aujourd’hui en France on peut condamner à cinq ans de prison sur la base simplement d’une trace ADN (..) sur un morceau de scotch, je m’inquiète un petit peu pour la justice », a regretté auprès de l’AFP Me Santa Lucchini, avocate de M. El F., en évoquant un probable appel.
« Mes clients sont soulagés que leur préjudice ait été reconnu ainsi que la nécessité de les indemniser », a déclaré pour sa part à l’AFP Me Bérénice De Warren, avocate du couple Duvivier, propriétaires du glacier visé.
Le parquet d’Ajaccio affirme de son côté qu’il poursuivra son « action publique résolue » contre les phénomènes d’extorsion qui, selon lui, « portent atteinte (..) au droit d’entreprendre ». À la mi-novembre, entre 1.700 et 3.000 personnes avaient défilé en Corse contre la mafia, une mobilisation rare de la société civile sur cette question.
- Ce qu’il faut retenir : Quatre hommes ont été condamnés à Ajaccio pour une série d’attaques à l’explosif visant un glacier de Propriano, sur fond de soupçons d’extorsion. La défense conteste fermement les décisions rendues et annonce son intention de faire appel, tandis que les victimes voient leur préjudice reconnu. Le parquet affirme maintenir une ligne répressive face aux violences mafieuses et aux pressions sur les entrepreneurs en Corse.
Avec AFP






