[Nice-Presse recommande !] Zoé Brisby plonge dans le Hollywood des années 1930 avec son dernier roman, « Hollywoodland » (Albin Michel). Présente au Festival du Livre dont Nice-Presse est partenaire, celle qui s’est muée en enquêtrice nous raconte pourquoi elle a choisi de redonner vie à Peg Entwistle, cette actrice devenue (tristement) célèbre après un suicide spectaculaire.
Vous explorez dans « Hollywoodland » (résumé en encadré) un fait divers vieux de près de 100 ans. Pourquoi le destin de cette comédienne, surnommée la « Hollywood Sign Girl », vous a-t-il autant fascinée ?
Je trouvais très injuste que Peg Entwistle ne soit célèbre que pour son suicide du haut des fameuses lettres blanches. En France, elle est quasiment inconnue. J’ai voulu aller au-delà de la légende tragique pour découvrir qui elle était vraiment : une actrice talentueuse, une femme forte. Cette histoire révèle aussi le Hollywood des années 1930, à l’époque de l’expansion des grands studios et de ses starlettes, souvent confrontées à un envers du décor très sombre.

Votre roman révèle ces coulisses parfois brutales…
Cette période paraît très glamour et idyllique, mais derrière les paillettes, il y avait des abus terribles. Certaines actrices acceptaient les règles sordides du milieu pour réussir, mais d’autres, comme Peg, refusaient de céder. Celles-ci étaient souvent marginalisées, mises au ban des studios. Je voulais montrer que les prémices du mouvement #MeToo étaient déjà là, avec une violence qui semble, malheureusement, ne pas avoir tellement changé.
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Un viol est décrit dans toute son atrocité. On a l’impression de lire les enquêtes contemporaines sur #MeToo, c’était volontaire ?
Lorsque j’ai décrit cette scène dans le roman, j’ai été frappée par la similitude avec des affaires récentes, aux États-Unis ou en France. Le constat est glaçant : certaines violences persistent, malgré le temps qui passe. J’ai souhaité interpeller le lecteur en ne cachant rien, c’est important de comprendre cette réalité.
Vous parlez du « Code Hays », cette forme de censure puritaine qui régissait Hollywood. En quoi perdure-t-elle aujourd’hui selon vous ?
Le code Hays incarnait, en Amérique, l’hypocrisie morale de l’époque. Il imposait des règles strictes, en décalage avec la société, comme la proscription des relations interraciales ou homosexuelles, des lits séparés pour les couples ou encore l’obligation de punir le méchant à la fin. Aujourd’hui, ce code a disparu, mais il est remplacé par les blockbusters qui perpétuent cette morale simpliste : gentils contre méchants, avec une justice finale toujours très claire. Même si la forme a changé, la morale hollywoodienne reste très binaire.

Quel héritage gardons-nous aujourd’hui de ce cinéma ?
Une certaine nostalgie, clairement. Cette période nous fascine encore parce qu’elle symbolise le glamour, un concept presque désuet aujourd’hui. Mais surtout, c’est une époque qui a profondément influencé notre culture cinématographique. Les Hitchcock, Citizen Kane,… tous ces classiques nous nourrissent encore, jusqu’à Quentin Tarantino. Cet héritage, avec ses codes et ses références, est omniprésent.
Vous avez mené une véritable enquête pour écrire votre roman. Qu’avez-vous découvert qui vous a surpris ?
Beaucoup d’incohérences autour de son suicide. Sa vie avait été réduite à une simple punchline médiatique. J’ai acquis la conviction qu’elle n’avait pas pu se suicider uniquement parce que sa carrière était difficile. Cette conclusion ne correspond pas à sa détermination, à son caractère. J’ai donc voulu rétablir une vérité plus complexe, plus fidèle à sa personnalité.
Vous êtes critique envers le rôle des journalistes dans la construction de cette légende tragique. Pourquoi ?
Ils ont simplifié à l’extrême son histoire, pour avoir un titre accrocheur. Peg est devenue une anecdote sensationnelle, sa vie réduite à quelques lignes dans les journaux. Or, pour saisir toute la complexité d’un destin comme le sien, il faut prendre le temps de contextualiser, de raconter en profondeur. C’est ce que j’ai tenté de faire en écrivant ce roman. Peg méritait bien plus qu’une brève dans un quotidien !
« Pourquoi, dans la nuit du 16 septembre 1932, Peg Entwistle, jeune actrice talentueuse au destin prometteur, aimée de tous et filant le parfait amour avec la nouvelle coqueluche des studios, se jette-t-elle du haut de la lettre « H » du mythique panneau « Hollywood » ? À partir du suicide légendaire de l’actrice dont le fantôme hante encore les collines de Los Angeles, Zoe Brisby tisse un roman poignant. Explorant la machine à rêves qu’est l’industrie cinématographique, elle mène une enquête-fiction palpitante sur le destin tragique de la Hollywood Sign Girl. » - Résumé de l’éditeur (320 pages)



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