[★ Nice-Presse recommande] Valentin Musso signe avec « Voici demain » (éd. Julliard) un thriller subtil où le survivalisme n’est peut-être pas, contrairement à ce que l’on croit, le coeur de l’intrigue. Invité du Festival du Livre dont Nice-Presse est partenaire, il évoque ses personnages complexes, son goût du « twist », et sa manière très personnelle de brouiller les pistes !
Vous abordez dans « Voici demain » (résumé en fin d’article) l’univers du survivalisme français, voire franchouillard, loin des clichés habituels. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à ce thème ?
Je pars toujours de mes personnages et de leurs histoires, jamais des concepts. En creusant un personnage, Mathieu, j’ai découvert un gouffre entre le survivalisme à l’américaine, très conservateur et radical, et le français, beaucoup moins défini politiquement. Ce qui m’a fasciné, c’est précisément cette ambiguïté française, loin des bunkers à plusieurs millions de dollars américains, plutôt tournée vers des fermes autosuffisantes et des projets artisanaux.

Votre roman n’est pas manichéen : aucun personnage n’est entièrement bon ou mauvais. Pourquoi cette nuance vous est-elle chère ?
J’aime les personnages « médiocres » au sens étymologique du terme : ni bons, ni mauvais. J’ai de la tendresse pour chacun d’eux, même Mathieu, qui est délirant mais veut protéger sa famille, ou Paul, dépassé par les événements. Chloé, le personnage féminin, m’est le plus proche malgré sa passivité apparente. Son parcours de résilience face à un traumatisme passé me touche particulièrement. C’est un défi que j’aime relever : me projeter avec des personnages éloignés de moi, par leur âge ou leur sexe, pour explorer d’autres facettes humaines.
Vous êtes réputé pour vos retournements de situation (il y en a 3 très bien pensés dans l’ouvrage). C’est un plaisir particulier ?
Je tiens ça davantage du cinéma que de la littérature. J’adore les « twists » à la Hitchcock ou Shyamalan, où tout bascule soudainement. Je ne démarre jamais un roman sans avoir clairement en tête au moins deux grands retournements. Pour « Voici demain », le dernier twist m’est venu tardivement, presque à la fin. J’aime surprendre, dérouter les attentes du lecteur jusqu’à la dernière page.

Votre roman brouille les genres : thriller, huis clos, critique sociale, dystopie… Comment gérez-vous ce mélange ?
Je prends plaisir à casser les codes établis. « Voici demain » touche effectivement à plusieurs genres, ce qui peut surprendre le lecteur. J’avais envie cette fois-ci de traiter de thèmes contemporains, de questionner notre époque, après plusieurs romans historiques ou inspirés d’Agatha Christie. La critique sociale reste en arrière-plan, mais elle imprègne discrètement tout le récit.
Vous citez Robinson Crusoé, vos personnages aussi. Pourquoi ce parallèle ?
Robinson Crusoé m’a marqué par sa complexité. Ce n’est pas du tout une vision idyllique de la solitude ou du retour à la nature. Robinson traite Vendredi comme un serviteur, voire un esclave. Mes personnages, Mathieu et Paul, idéalisent eux aussi ce retour à la terre, mais leur idéal bascule vite dans la paranoïa et l’obsession, dévoilant les dérives potentielles du survivalisme.
Les lieux jouent un rôle crucial dans vos romans. Pourrait-on vous imaginer situer davantage de thrillers sur la Côte d’Azur ?
Je varie beaucoup les décors, c’est indispensable pour moi. J’ai situé partiellement certains romans sur la Côte d’Azur, mais jamais entièrement, sauf « Le Murmure de l’Ogre », qui explorait Nice dans les années 1920. J’aime m’immerger profondément dans chaque lieu, mais je choisis surtout le décor en fonction de l’histoire. « Voici demain » devait absolument se tramer dans les Pyrénées, par exemple. Cela dit, la Côte d’Azur reste un cadre fascinant pour un futur roman. Alors pourquoi pas ?
« Chloé et Paul vivent dans une ferme isolée, au pied des Pyrénées. Ils partagent leur quotidien avec Mathieu, qui initie Paul à la chasse et à diverses techniques de survie. Le trio a renoncé à tout confort moderne, se coupant du monde pour se rapprocher de la nature.
Mais la réalité ne va pas tarder à se rappeler à eux quand l’impensable se produit, plongeant le pays dans la panique. Dans cet univers rendu à l’état sauvage, le moindre faux pas peut être fatal, et c’est une banale chute qui va mettre en péril la santé de Mathieu.
Dès lors, les choses vont empirant, et lorsqu’un inconnu fait irruption dans la propriété, la vie déjà précaire de Chloé et Paul vole en éclats. Ils sont loin de se douter du danger qui les guette désormais…» — Résumé des éditions Julliard (256 pages)



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