Anny Duperey, déjà couronnée par l’Académie française, dévoile un ouvrage très personnel. Avec Respire, c’est de l’iode ! cette comédienne populaire admirée par le public - ce que chacun pouvait constater dans les allées du Festival du Livre ce week-end ! - propose un témoignage intime pétillant, tout en abordant plusieurs débats de société. Avec Nice-Presse, son interview au soleil.
Nice-Presse. Ceux que vous nous prouvez ici avec malice, c’est qu’une seule phrase, même banale, peut changer nos vies…
Anny Duperey : Anodines, drôles, puissantes… Elles peuvent nous bousculer de façon insoupçonné. J’en ai rapidement retrouvé 32, réunies dans ce nouveau livre.
Avec des anecdotes savoureuses ! Racontez-nous ce tournage où « ça tangue, dans tous les sens du terme ».
Le tournage de Germinal (Claude Berri, 1993) ! À l’époque, Gérard Depardieu, « le gros Gégé », y allait un peu fort sur la bibine. À tel point que lors d’une scène de révolte des mineurs qu’il devait mener, il tanguait si fort que le réalisateur a promis en hurlant qu’il allait « planquer les bouteilles » (sourire).
Je raconte ces trois jours où nous avons dû faire mine de manger des fruits de mer pour un dialogue lors d’un dîner. Mais ce n’est pas facile de dire son texte avec l’une de ces 650 écrevisses dans la bouche ! Ce qui donne cette phrase de Claude adressée à une comédienne qui ne s’en sortait pas avec tout ça : « mais suce-là bon Dieu, suce !»
Ce déjeuner passé avec Joséphine Baker, qui vous impressionne et vous lance sur le sujet du dernier Disney. Une conversation marquante…
Une jolie leçon. Elle me demande ce que j’ai pensé du Livre de la jungle. Moi, je lui réponds que j’ai trouvé cela charmant. Mais pas elle ! Je suis alors cueillie par sa remarque : « trouvez-vous vraiment charmant que les Noirs y soient représentés en singes ?» Elle m’a ouvert les yeux sur un racisme que je n’avais pas perçu.

L’un de vos précédents livres, « Le voile noir », a changé la perception que le public a de vous. Pourquoi ?
Les gens ont découvert la face claire, avec la sortie d’une Famille formidable sur TF1 en 1992, et donc du Voile noir, où j’évoque la découverte du cadavre de mes parents après un accident. C’est de l’ordre du miraculeux : j’achève l’écriture de ce récit sur mon enfance, et on me propose le tournage de cette série, dont le metteur en scène devint orphelin au même âge que moi. Les anges ont organisé quelque chose à mon avis…
Vous parlez de votre résilience : est-ce par le monde des arts que vous l’avez trouvée ?
Je le pense. J’en parlais avec Boris Cyrulnik, dont la famille a été victime de la déportation. Quand de telles choses se produisent pendant votre jeunesse, la résilience, on la trouve soit dans le combat pour les autres - en devenant psy ou infirmier - soit par les arts. Je me suis sauvée par là.
C’est cette force qui a évité, sur les plateaux de tournage, d’être ciblée par les prédateurs que le grand public a pu découvrir depuis la vague #MeToo ?
Je n’avais pas le profil de la victime. Il y avait une grande faille intérieure, mais pas celle-ci. Sans doute sentaient-ils très bien qu’il ne fallait pas s’attaquer à moi.
Des choses que j’ai pu voir ou entendre devaient s’arrêter. Pour obtenir un rôle de théâtre, certaines comédiennes étaient averties qu’elles n’auraient pas d’autre choix que de coucher. J’ai trouvé cela inouï, et c’était il y a seulement vingt ans, pas davantage ! Mais cela ne doit pas devenir une sale manie contre les hommes. Une pauvre main sur la cuisse ou un petit bisou parce que l’on trouve la fille jolie, ça ne doit pas devenir un crime.
En conclusion de votre texte, vous évoquez ce « droit de disposer de son sort final ». C’est un plaidoyer pour le droit à mourir dans la dignité ?
On devrait avoir le droit de disposer de sa fin de vie pour ne pas devenir prisonnier de son corps. Il faut pouvoir être aidés pour partir si on en ressent le besoin. Avec cette nuance : le droit de conscience des médecins, qui pourraient le refuser et être remplacés. Pour certains, une seringue et une balle dans la tête, c’est la même chose, parce qu’ils sont engagés pour soigner, pas pour donner la mort. Je comprends ça. Mais il faut avancer, pour accompagner les malades.










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