L’observatoire Clameur conteste l’efficacité de l’encadrement des loyers, contredisant une étude récente de l’Atelier parisien d’urbanisme. Selon les professionnels du secteur, ces mesures de contrôle ne freinent pas les prix et poussent même de nombreux propriétaires à vendre leurs biens…
Les panneaux « À vendre » fleurissent parfois là où l’on espérait des quittances de loyer modérées. L’observatoire Clameur, soutenu par une trentaine d’entreprises et de fédérations de l’immobilier, a réaffirmé mardi son constat, l’encadrement des loyers ne produit pas d’effet tangible sur le marché locatif.
Cette prise de position intervient dans un climat de tension, au lendemain de la publication d’une étude de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) affirmant le contraire. Pour l’agence parisienne, le dispositif aurait pourtant permis de minorer les montants de 5 % en moyenne à Paris depuis 2019 et de 4,96 % dans les autres communes concernées.
La bataille des chiffres entre experts
L’observatoire privé fonde son analyse sur l’observation des prix à Bordeaux, Montpellier, Lyon et Lille. En comparant l’évolution des loyers avant et après l’instauration de l’encadrement avec un groupe de villes non réglementées, Clameur assure ne voir aucun impact significatif…
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La discorde est avant tout méthodologique. Clameur critique les outils de l’Apur, estimant que la capitale est comparée à des zones qui ne présentent pas les mêmes caractéristiques, notamment à cause de la baisse démographique parisienne.
De son côté, l’Apur utilise un modèle de loyer « contrefait » pour mesurer l’impact de la loi. Ce calcul s’appuie sur l’évolution des prix dans plusieurs grandes métropoles témoins, dont Nice, Marseille, Toulon, Aix-en-Provence, Grenoble, Nantes, Strasbourg et Toulouse.
Un exode des bailleurs privés vers la vente
Au-delà des pourcentages, c’est un basculement comportemental qui semble s’opérer chez les investisseurs. Jean-Michel Camizon, président de Clameur, souligne que ces outils de régulation pèsent lourdement sur le moral des propriétaires.
« Encadrement des loyers, permis de louer, ces sujets n’ont pas d’effet immédiat sur la valeur de l’immobilier mais ils ont un fort effet psychologique sur les bailleurs », explique-t-il. Cette pression réglementaire conduit certains acteurs à se retirer du marché locatif car ils « finissent par vendre ».
Les données recueillies auprès des professionnels font état d’une érosion du stock de logements. Entre 2016 et 2019, 3,2 % du parc locatif privé sortait du marché chaque année. Ce chiffre a bondi à 5,64 % par an sur la période 2020-2022, sous l’effet combiné de la pandémie et des obligations liées à la décence énergétique.
Une hausse des prix qui résiste aux contrôles
Ce retrait massif des propriétaires n’a pas été compensé par l’arrivée de nouveaux biens sur le marché. Arnaud Simon, professeur et directeur du comité scientifique de Clameur, qualifie cette situation de « choc substantiel n’a pas été compensé par l’afflux de nouveaux lots ».
Si le rythme des disparitions de logements est revenu en 2023 à un niveau proche de celui de 2016, la tension sur les prix reste une réalité nationale. En 2025, les loyers ont progressé en moyenne de 2,10 % sur l’ensemble de l’Hexagone par rapport à l’année précédente.
Cette augmentation est presque universelle sur le territoire français. Seuls cinq départements échappent à cette tendance haussière, parmi lesquels figurent l’Ain, le Cher et les Ardennes, tandis que le reste du pays subit une progression constante des loyers.
Ce qui est important
- L’observatoire Clameur dénonce l’inefficacité de l’encadrement des loyers et s’oppose aux conclusions de l’Apur qui revendiquait une baisse de 5 % des montants.
- Les contraintes réglementaires et énergétiques entraînent une fuite des bailleurs privés, avec une pointe de 5,64 % de logements sortis du marché chaque année entre 2020 et 2022.
- En 2025, la hausse des loyers atteint 2,10 % en moyenne nationale, touchant la quasi-totalité des départements français malgré les dispositifs de contrôle.
Nice-Presse avec dépêche



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