Les forces de l’ordre s’estiment lâchées par les décideurs politiques, dépourvues de moyens suffisants face à la progression de la violence et des trafics. Pour soutenir les policiers, le syndicat Alliance appelle à une mobilisation des personnels, des élus mais aussi des citoyens partout en France le 31 janvier. Rendez-vous est pris à Nice, sur la place Masséna dès 11 h.
Julien Hausknecht est policier dans les Alpes-Maritimes, secrétaire général d’Alliance Police Nationale 06.

Quel est le déclencheur de votre mobilisation, pourquoi ce « ras-le-bol » ?
Nous alertons depuis deux ans sur l’impossibilité de travailler correctement avec aussi peu de moyens. Pourtant, nous sommes toujours confrontés à des coupes budgétaires. Les formations, les renforts… Tout est en croix ! L’urgence, c’est l’arrivée d’enquêteurs. Sans compter les chantiers qui ne sont pas menés, sur les salaires et les primes.
Sur une seule journée de la semaine, nous avons connu 42 gardes à vue. Sur le terrain, ça travaille donc très fort, mais nous n’avons pas les capacités de gérer les individus que nous ramenons. Derrière, il y a des enquêtes à faire mais aujourd’hui, on flanche.
Des plaintes ou des affaires ne peuvent donc pas être traitées à cause des restrictions budgétaires ?
Des victimes n’obtiennent pas de réponse ou restent à tout le moins très longuement en attente, et c’est une grande souffrance pour les policiers. On ne s’est pas engagés pour ça. Quand un agent trouve sur son bureau 400 dossiers en portefeuille et qu’il a les flagrants délits à traiter, il y a clairement une perte de sens, parce que le travail ne peut pas être fait, pas correctement présenté devant la Justice.
« Nous défendons une vie en paix »
Êtes-vous entendus ?
Je vous donne un chiffre. Pour la dernière sortie d’école, seuls trois nouveaux agents nous ont été attribués. Pour la cinquième ville de France ! C’est un mauvais signal. On sait que la police municipale est forte, mais il ne faut pas que le ministère pense que l’on peut se débrouiller sans être renforcés pour autant. À chacun ses missions. C’est la police nationale qui se charge des investigations qui, par exemple, font tomber les filières de la drogue.
Le 31 janvier, ça ne sera pas une « manif de policiers » mais, espérez-vous, une marche citoyenne…
C’est une première, à la hauteur de la situation. La délinquance explose et c’est une préoccupation majeure des Français, tous les sondages le disent. La drogue, les agressions, le harcèlement, la prostitution des mineurs, etc. Nous défendons une « vie en paix » et cela, ça concerne tout le monde. Les citoyens doivent se saisir de cette mobilisation.
À quel niveau manquez-vous d’effectifs ?
Il nous faut une centaine d’enquêteurs (plaintiers, anti-gang etc) et encore, uniquement pour Nice. Les faits divers sont exponentiels, qu’il s’agisse du narcotrafic, de la délinquance mais aussi par exemple des escroqueries. L’épuisement gagne le Renseignement. Par ailleurs, nous aurons ici cette année un Hôtel des Polices à 250 millions d’euros : avec quels policiers dedans ?
Ne pensez-vous pas que cet équipement XXL pourrait faciliter votre travail ?
Pour ce qui est de nous, d’après les plans, oui, nos conditions de travail vont s’améliorer, il serait déplacé de ne pas le reconnaître. Mais on manque de voitures et on construit un Hôtel des Polices dont le coût équivaut à celui de sept commissariats… Je pense à ceux qui attendent des investissements et qui ne les voient pas venir.
🔴 Un @prefet06 sans fiches et surtout sans langue de bois dans Nice-Presse Dimanche
— Nice-Presse · Top infos (@NicePresse) December 7, 2025
En cette toute fin 2025, Laurent Hottiaux révèle le bilan des services de l’État contre la délinquance et le narcotrafic. Mais pas seulement…#NICE06 @PoliceNat06
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Les chiffres locaux de la délinquance seront bientôt dévoilés, à quoi s’attendre dans les Alpes-Maritimes ?
Le bilan sera convenable. Vous verrez que certains chiffres ont flambé, mais cela indique que c’est traité, que les efforts sont là. Ça bosse, il y a de quoi être fiers de la police nationale. Mais pour que la situation se maintienne, il nous faudra du monde, il n’y a pas de secret.
Le préfet des Alpes-Maritimes a ouvert une réflexion sur les coopérations qui pourraient être décidées entre policiers nationaux et municipaux. Qu’en attendez-vous ?
Nous avons un préfet, Laurent Hottiaux, qui est à l’écoute, proche des forces de l’ordre. L’investigation doit rester l’attribution du régalien, garant du secret de l’enquête. Mais dans un cadre bien précis, on peut très bien travailler tous ensemble sur le terrain, notamment pour les arrestations. Pourquoi ne pas élargir aussi les compétences des municipaux (amendes forfaitaires, etc) pour ce qui est des consommateurs de stupéfiants ? Ça aurait tout son sens.









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