À peine les municipales passées, les regards se tournent déjà vers le Sénat. Le scrutin de septembre 2026, renouvelant la moitié des sièges, pourrait rebattre certaines cartes, sans renverser l’équilibre global dominé par la droite…
Dans les couloirs feutrés du Palais du Luxembourg, les résultats des municipales ont été scrutés avec attention ces derniers jours. Car derrière les urnes locales se joue déjà un autre rendez-vous politique, moins visible mais tout aussi structurant : les élections sénatoriales.
Considérées comme le « miroir » des municipales, elles dessinent une photographie indirecte des rapports de force à venir. Et cette fois encore, les grandes tendances se confirment sans bouleversement brutal.
Un Sénat qui devrait rester à droite
Le Sénat, souvent présenté comme la « chambre des territoires », repose sur un mode de scrutin particulier. Les 348 sénateurs sont élus par un collège de grands électeurs, dont 95 % sont des conseillers municipaux. Un lien direct avec les résultats locaux.
La moitié de l’hémicycle sera renouvelée fin septembre, avec plusieurs territoires clés concernés, notamment sur le pourtour méditerranéen, mais aussi le Rhône, la Gironde ou encore l’Alsace. À l’inverse, l’Île-de-France, le Nord et le Pas-de-Calais ne voteront qu’en 2029.
Dans ce contexte, les premières projections issues du scrutin municipal laissent entrevoir une continuité.
« Il n’y aura pas de révolution », prévient le constitutionnaliste Benjamin Morel, pour qui la droite « s’en sort plutôt bien » et évitera « la bérézina ».
Le président du Sénat, Gérard Larcher, semble ainsi en position de conserver son influence, soutenu par les élus Les Républicains et leurs alliés centristes.
Une progression attendue du Rassemblement national
Si l’équilibre global ne devrait pas être bouleversé, un mouvement attire particulièrement l’attention : la progression du Rassemblement national.
Le parti ne compte aujourd’hui que trois sénateurs, mais revendique désormais plus de 3 000 conseillers municipaux avec ses alliés. Une base électorale qui pourrait lui permettre de franchir un seuil symbolique.
« Je suis raisonnablement optimiste », confie le sénateur Aymeric Durox, évoquant la possibilité d’atteindre la barre des dix élus, nécessaire pour former un groupe.
Plusieurs zones sont identifiées comme favorables, notamment dans le sud. Le Var, les Bouches-du-Rhône et surtout les Alpes-Maritimes apparaissent comme des territoires clés. La conquête de villes comme Nice, Cagnes-sur-Mer et Menton pourrait assurer « au moins deux sénateurs, voire trois ».
Cette progression devrait toutefois se faire au détriment de la droite. « La logique voudrait qu’on perde quelques unités, on le savait depuis longtemps. Mais l’issue me paraît un peu meilleure que ce qu’on pouvait redouter », estime Mathieu Darnaud.
Au-delà des grandes villes, une autre dynamique est observée. « Il faut se méfier des apparences. Il y a une progression invisible dans la ruralité qui reste l’une des inconnues », alerte Hervé Marseille. Certains élus, selon un socialiste, « avancent masqués ».
Pour Benjamin Morel, cette évolution pourrait modifier les équilibres internes : « La donne va changer pour beaucoup de sénateurs LR qui incarnaient jusqu’ici le front anti-RN, car il ne vont plus pouvoir se permettre de négliger leurs grands électeurs RN ».
La France insoumise en quête d’une première entrée
À une autre échelle, La France insoumise espère également tirer profit des municipales. « On a surpassé les attentes initiales », s’est félicité Manuel Bompard, qui mise sur un « millier » de conseillers municipaux pour faire élire un premier sénateur.
Le mouvement vise notamment le Rhône, après plusieurs victoires locales. Mais le calendrier électoral ne lui est pas entièrement favorable : les territoires où LFI a réalisé ses meilleurs scores, comme le Nord ou l’Île-de-France, ne seront renouvelés qu’en 2029.
La stratégie d’alliance reste incertaine. « Les résultats des municipales montrent que l’alliance avec LFI, ça plombe ou ça ne sert à rien. La position que je défendrai sera de ne conclure aucune alliance avec LFI aux sénatoriales », tranche Patrick Kanner.
Du côté socialiste, plusieurs zones sont jugées « préoccupantes », notamment la Creuse, l’Aude et la Gironde. Le parti compte néanmoins sur son implantation locale pour limiter les pertes.
À l’inverse, certaines évolutions pourraient jouer en sa faveur, comme à Strasbourg, où un siège pourrait être récupéré au détriment des écologistes, fragilisés par la perte de villes comme Bordeaux.
Ce qui est important
- Les sénatoriales de septembre 2026 dépendent directement des résultats des municipales.
- La droite devrait conserver la majorité au Sénat malgré quelques pertes.
- Le Rassemblement national pourrait franchir un seuil inédit et former un groupe.
Nice-Presse avec dépêche



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