À travers l’exposition « Nice, son passé a de l’avenir » présentée par la Villa Masséna jusqu’au 1ᵉʳ mars, Jean-Pierre Barbero explore avec Nice-Presse Dimanche la mémoire vivante de la cité. Langue, fêtes, recettes, rendez-vous sportifs, folklore… Autant de traditions qui dialoguent avec les générations.
On vient de parcourir ensemble l’exposition. Comment est née cette idée, pourquoi maintenant ?
Elle part d’une série d’anniversaires qui racontent à eux seuls une mémoire partagée : les 100 ans de la Ciamada Nissarda, les 90 ans du Théâtre Niçois, les 70 ans de Nice la Belle, les 40 ans de la Brigade Sud… On s’est posé une question simple. Quel est le fil entre ces histoires, qu’est-ce qui se transmet, et comment ? L’exposition répond à cette interrogation intergénérationnelle, avec une idée centrale : ne pas perdre ce lien.


Pourquoi ce titre, « Nice, son passé a de l’avenir » ? Vous êtes optimiste ?
Oui, parce qu’en période de doute, on en revient aux racines. On cherche des repères dans des choses très concrètes. Une fête de quartier, un repas de famille, un match, une balade. Ce ne sont pas des reliques, ce sont des points d’appui qui aident à vivre. Le passé a de l’avenir quand il reste utile au présent.
Un besoin, lié à un effacement ?
Le Covid a joué, bien sûr. Mais la mécanique est plus ancienne. Prenez les Fêtes des Mai : en 1936, la « Reine des Mai » assume une fierté locale face au modèle des concours de Miss. Ce n’est pas un repli, c’est une façon de dire « voici qui nous sommes ». Nice a toujours réagi comme ça. On accueille ce qui vient d’ailleurs, on l’adosse à nos usages et on en fait quelque chose de… niçois.



La mondialisation nous a-t-elle fait perdre de ces spécificités ?
On est un territoire de passages et d’alliages. On a appris à traverser les frontières sans effacer la langue, les fêtes, les cuisines. L’ouverture n’a de sens que si l’on garde un socle. Ici, on a toujours mêlé influences et fidélités.
La langue, les codes, tout change. Comment transmettre malgré tout ?
Tout change, oui, y compris la manière de parler. Mais transmettre, ce n’est pas figer. C’est montrer, faire essayer, partager ce qu’on aime. On transmet ce qui nous a construits. Une chanson, un rite, une recette, une promenade. Entre la jeunesse et l’âge mûr, on passe de « défendre » à « faire découvrir ». Les traditions survivent quand elles restent désirables.

Le « c’était mieux avant », qu’en pensez-vous ?
C’est souvent la nostalgie de sa propre jeunesse. Le pan bagnat d’hier n’était pas « meilleur » que celui d’aujourd’hui. Il était un plat paysan, de saison, de proximité. L’essentiel demeure, avec des produits justes, un moment partagé. Même chose pour l’huile d’olive, autrefois au moulin traditionnel, aujourd’hui avec des techniques modernes… Le critère n’est pas de « refaire à l’ancienne » par principe, mais de garder l’esprit et la qualité.
Quelles pratiques résistent le mieux ? Lesquelles sont plus fragiles ?
La langue niçoise surprend par son regain. On peut la choisir au bac, des jeunes s’y remettent. Les costumes évoluent, les musiques aussi, le sport se réinvente… Le cœur, lui, reste. Des gestes, des mots, des rendez-vous qui nous rassemblent. Ce qui fragilise, c’est l’oubli et l’absence de pédagogie, pas l’évolution.


Les jeunes se sentent-ils encore concernés par cette identité ?
Oui, et je le constate dans mes équipes. Des trentenaires venus du Havre ou du Pays basque s’approprient volontiers la culture locale. La vraie question est moins « sont-ils sensibles ? » que « ce que nous proposons est-il de qualité et accueillant ? ». Cuisine niçoise, théâtre, musique, activités dans le nature… Nice offre beaucoup, loin de Paris, et cela parle aux nouvelles générations. L’école a ici un rôle clé.
Votre exposition n’empile pas des salles thématiques, elle croise les univers. Pourquoi ?
Parce que la tradition n’est pas un bunker. La cuisine parle au sport, le rite religieux dialogue avec la musique, le cinéma avec la mémoire populaire. On veut donner envie d’aller d’un monde à l’autre, comme quand on vient pour un film et que l’on repart amoureux d’un autre. La transmission commence là.

Pourquoi structurer l’exposition par saisons ?
Parce que c’est ainsi que bat le cœur de Nice. L’hiver, c’est le Carnaval et la Bataille de fleurs. Au printemps, ce sont les fêtes de quartier, les confréries, les Mai. L’été, les festins, les musiques. Et l’automne, les récoltes et les ferveurs sportives. Ce calendrier n’est pas qu’un programme, c’est une économie et une sociabilité. Des idées nées ici s’exportent - prenez le Carnaval de Rio, inspiré de Nice à la fin du XIXᵉ siècle - puis reviennent enrichies. Notre identité s’est toujours écrite ainsi.
S’ouvrir au monde sans se perdre, c’est ça le « pari niçois gagnant » selon-vous ?
Depuis les Grecs, Nice accepte l’autre, tout en gardant son cap. On a offert aux Anglais une promenade, aux Russes une cathédrale orthodoxe, et aux générations d’après des lieux, des mots, des mets où se reconnaître. Si nos propositions restent exigeantes et hospitalières, l’intégration se fait naturellement. La formule est simple. Respect, curiosité, transmission. Le reste, la beauté du site, la mer et la montagne, la vie culturelle, fait que l’on vient initialement pour deux ans… et qu’on y reste pour la vie.
L’entrée est gratuite pour les résidents de la métropole dans l’ensemble des musées de Nice, toute l’année, pour les expos temporaires comme pour les collections permanentes (voici comment en profiter !).










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