Un médecin au parlement. L’an passé, soutenu par Eric Ciotti, le professeur Laurent Castillo (LR, puis UDR) se faisait élire député à Bruxelles où il défend, là-bas aussi, « l’union entre les droites ». Dans Nice-Presse Dimanche, il revient sur ses premiers mois de mandat, et promet de se tenir prêt pour la future bataille de l’élection municipale niçoise.
Vous êtes élu depuis un an au Parlement européen. L’alliance de la droite traditionnelle avec le RN, que vous défendez avec Éric Ciotti, suscite toujours le débat. On parle même de « cordon sanitaire » autour de vous…
C’est un fantasme entretenu par de la petite politique politicienne. Dès le départ, j’ai été clair, y compris vis-à-vis de François-Xavier Bellamy (la tête de liste LR en 2024, NDLR) et de mes collègues du PPE (Parti populaire européen). J’assume pleinement mon appartenance à l’UDR, ce rassemblement voulu par Éric Ciotti. Pendant toute la campagne, partout où je suis allé en France, les électeurs me disaient : « Pourquoi vous n’unissez pas la droite comme la gauche l’a fait ?» Ce n’était pas un phénomène cantonné aux Alpes-Maritimes. C’est une attente nationale, et même européenne.
Votre position est-elle si bien acceptée au sein du Parlement ?
Absolument. J’ai une totale liberté dans mes votes et mes prises de parole. Je travaille avec les collègues de LR, mais aussi avec ceux du CRE (le groupe de Giorgia Meloni), de « Patriotes pour l’Europe » (avec Viktor Orban, Marion Maréchal, Jordan Bardella). Je ne suis pas un homme de cordon, je suis un homme de ponts. Ce que j’observe en Italie, par exemple, où les droites gouvernent ensemble, fonctionne. Giorgia Meloni, au début, on la caricaturait avec les chemises brunes, le bruit des bottes… Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que l’Italie va mieux, sur l’économie comme sur l’immigration !

Certains LR, à Nice, ne vous salueraient même plus en public. Que vous inspire cette attitude ?
C’est ridicule. Je suis resté fidèle à mes convictions, à ma ligne. D’autres ont changé de cap. Moi, je ne me suis jamais rapproché du macronisme. Certains LR me disent en privé qu’ils sont d’accord avec nous, mais n’osent pas le dire publiquement. C’est de la lâcheté.
En France, on continue d’assimiler le Rassemblement National à ses origines extrémistes. Vous, vous n’avez aucun problème à travailler avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella ?
Aucun. Jean-Marie Le Pen n’était plus au RN depuis longtemps. Même sa fille a fini par l’en exclure. Ce qu’il portait n’existe plus aujourd’hui. Et si le RN était antisémite, Jordan Bardella n’aurait pas été reçu comme il l’a été en Israël. Le vrai danger aujourd’hui, c’est l’islamisme radical, et ceux qui, à gauche, le soutiennent ou ferment les yeux.
Vous êtes l’un des rares médecins au Parlement européen. Continuez-vous d’exercer ?
Oui. Je suis professeur de médecine. Je dirige un institut universitaire à Nice. Mon engagement politique n’est pas motivé par un poste ou une ambition de carrière : j’ai déjà réussi ma vie professionnelle. Je veux mettre mon expertise au service de l’intérêt général. Être médecin, c’est améliorer la qualité de vie des gens. La politique devrait représenter la même chose.
Quelles sont vos priorités en santé à Bruxelles ?
Il y en a deux. La première, c’est la prévention, parent pauvre de notre système de santé. On a dix ans de moins d’espérance de vie en bonne santé qu’en Suède ! Investir dans la prévention dès l’adolescence permet d’économiser des milliards sur le long terme. La seconde priorité, c’est la simplification réglementaire et la relocalisation industrielle, notamment pour les dispositifs médicaux. Aujourd’hui, la réglementation européenne est tellement lourde qu’un fabricant sur deux envisage de partir aux États-Unis. C’est plus rapide, moins coûteux, plus lisible. Si on ne simplifie pas, on continuera de tout perdre : les médicaments, la recherche, l’innovation.

Vous parlez d’écologisme « quoi qu’il en coûte ». C’est aussi un combat pour vous ?
Oui, parce que l’écologie n’a pas à être punitive. On a vu ce que le Green Deal a produit : sur-réglementation, pénalisation de nos industries, notamment automobile… pendant ce temps, la Chine engrange les bénéfices. Le Parlement européen est en train de changer. Il est moins vert, plus réaliste. Je suis écologiste, bien sûr. J’ai des enfants, un petit-fils. Mais il faut sortir de l’idéologie.
Sur le plan local, quel est votre regard sur la situation des hôpitaux à Nice, et notamment sur l’affaire Lenval ?
Lenval, c’est un sujet très sensible. Il y a eu une guerre entre la Fondation et le CHU, au détriment des patients. Je suis médecin, je le dis clairement : il faut repartir d’un vrai projet médical. Aujourd’hui, tout est bloqué. Eric Ciotti a saisi le ministre de la Santé, qui va nommer une mission IGAS (L’inspection générale des affaires sociales). Il faut apaiser, remettre le patient au centre, surtout les enfants. Les Niçois sont attachés à Lenval, à la pédiatrie, à cet hôpital. Il faut une sortie par le haut, et vite.
À moins d’un an des municipales, serez-vous au côté d’Éric Ciotti ?
C’est son agenda, ce sera sa décision. Mais s’il y va, je descendrai dans l’arène avec lui. Nice est malade, de son insécurité, de ses finances. Il faut une alternance au macronisme local. Et il faut que Nice reste Nice.
Seriez-vous candidat sur sa liste ?
Je suis aujourd’hui député européen, et je le resterai. Peut-être pas adjoint, mais engagé, oui. En charge de la santé, pourquoi pas. Si les Niçois me le demandent, si le corps médical m’y pousse, je n’ai aucun état d’âme à y aller.



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