Le tribunal correctionnel de Paris examine depuis lundi le parcours de Hacène L, un homme de 24 ans soupçonné d’avoir orchestré des assassinats à Marseille depuis sa cellule de prison. Entre nonchalance et froideur clinique, le prévenu est accusé d’avoir recruté des mineurs sur les réseaux sociaux pour exécuter des contrats sanglants dans les quartiers nord.
Hacène L se tient dans le box des accusés avec une attitude qui détonne. Sous une tignasse bouclée et une fine moustache, le jeune Parisien affiche des airs d’étudiant qui contrastent lourdement avec la gravité des faits reprochés.
Surnommé « le H », il est soupçonné d’être un rouage essentiel de la DZ Mafia. Sa méthode de travail présumée, utiliser les réseaux sociaux pour trouver des bras, souvent très jeunes, prêts à tuer pour de l’argent.
Depuis sa cellule, il aurait piloté la logistique et les cibles. Devant les juges, il minimise pourtant son éventuel rôle criminel : « Je n’appartiens à aucun groupe, je n’appartiens à aucune mafia », affirme-t-il avec aplomb.
Il préfère se définir comme un travailleur indépendant du crime. « Je suis juste une personne qui a su faire son argent, qui défend ses intérêts », a-t-il lancé au tribunal lors de son interrogatoire.
Des adolescents recrutés sur les réseaux sociaux
Le dossier central de ce procès concerne une tentative d’assassinat avortée en 2023 dans la cité phocéenne. Pour cette opération, L reconnaît être le cerveau. « C’est moi qui suis à l’initiative de tout ça », assume le prévenu sans détour.
Sa recrue était un lycéen de 17 ans, originaire des Yvelines. L’adolescent avait été contacté via Snapchat depuis la prison de Réau, où L purgeait une peine. Le jeune homme devait exécuter un certain « Bagdad ».
Une fois arrivé à Marseille, le mineur a été pris en charge par une complice chargée de la logistique, fournissant les armes, les munitions et l’hébergement. Mais l’opération a basculé dans une impasse des quartiers nord.
Surpris par un passant, l’adolescent a blessé ce témoin à l’arme blanche avant de s’enfuir. Il a finalement été dénoncé par un appel anonyme passé depuis le téléphone que L utilisait clandestinement en détention.
Le profil glaçant d’un homme sans remords
Les experts psychiatres décrivent une personnalité inquiétante. Ils évoquent un « détachement affectif » total, une sensation de « toute puissance » et une absence absolue de remords ou de culpabilité.
Le prévenu serait « inaccessible à la honte ». Pire, les analyses suggèrent qu’il pourrait jouir de la mort d’autrui. La présidente du tribunal a d’ailleurs posé une question frontale : « Est-ce que vous prenez le risque de faire tuer pour que l’on parle de vous ? »
Hacène L ne répond pas aux expertises. Il préfère évoquer brièvement son enfance passée en foyer et en famille d’accueil, loin de son jumeau dont il a été séparé à douze ans. Sa vie est une succession d’incarcérations depuis 2017.
Dans le box, il bâille, s’assoit, se relève et cherche le regard du public. Il se plaint même de la durée de l’audience : « Il est déjà 16H00 » et il est « fatigué », car il est « debout depuis 07H00 ».
Des règlements de comptes pilotés depuis une cellule
Le nom de L apparaît dans d’autres tragédies marseillaises. En octobre 2024, un chauffeur de VTC sans lien avec le banditisme était abattu par un mineur de 15 ans. Le tueur aurait agi sur ordre du « H ».
Mécontent que sa recrue ait tué la mauvaise personne, L aurait lui-même dénoncé l’adolescent aux autorités. Le procureur Nicolas Bessonne s’était alarmé de cette « perte totale de repères » chez des jeunes répondant à des annonces pour ôter la vie.
Le tribunal a également évoqué la mort de Socayna, cette étudiante en droit tuée par une balle perdue dans sa chambre à la cité Saint-Thys en 2023. Les liens éventuels de L avec cette fusillade sont au cœur des interrogations.
Interpellé sur les tentatives de suicide du lycéen qu’il avait recruté, L a balayé l’argument d’un revers de main : « Madame, c’est son problème ». Pour lui, le jeune « était parfaitement conscient de ce qu’il voulait faire ».
Ce qui est important
- Le procès met en lumière un système de recrutement de tueurs à gages mineurs via les réseaux sociaux, piloté directement depuis des cellules de prison.
- Le profil psychologique du prévenu, décrit comme dépourvu de remords, illustre la banalisation de l’ultra-violence dans le narcotrafic marseillais.
- L’implication de jeunes recrues venues de toute la France pour commettre des crimes sur la Côte d’Azur souligne l’extension géographique des réseaux criminels basés à Marseille.
Avec agence



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