Une vaste opération judiciaire visant la DZ Mafia a conduit à 42 gardes à vue mardi dans plusieurs départements du sud-est. Parmi les personnes interrogées figurent plusieurs chefs présumés de cette organisation criminelle née à Marseille et aujourd’hui implantée bien au-delà. L’opération, baptisée « Octopus », a été préparée durant plusieurs mois par deux juges spécialisés…
Dans les couloirs de plusieurs commissariats du sud-est, les auditions se succèdent. Depuis mardi, la justice française mène un vaste coup de filet contre la DZ Mafia, organisation criminelle devenue l’un des symboles du narcobanditisme marseillais.
Au total, 42 personnes sont actuellement en garde à vue, selon le parquet de Marseille. Cette opération baptisée « Octopus » s’est déroulée dans plusieurs départements de la région. Elle avait été préparée pendant plusieurs mois dans la plus grande discrétion par deux juges spécialisés, d’après des sources proches du dossier.
En parallèle des interpellations, certains suspects déjà incarcérés ont été extraits de leurs cellules pour être interrogés.
Les chefs présumés interrogés
Trois figures centrales de l’organisation figurent parmi les personnes interrogées : Amine O., Gabriel O. et Mahdi Z. Ils sont considérés comme les trois « pères fondateurs » de la DZ Mafia.
Actuellement détenus, ils sont soupçonnés de continuer à piloter les activités criminelles du groupe depuis leur lieu de détention.
Un avocat pénaliste lyonnais fait également partie des personnes interrogées. Il est soupçonné d’avoir été corrompu dans cette affaire, selon une source proche du dossier.
Une conférence de presse doit être organisée samedi matin par le parquet de Marseille, à l’issue des gardes à vue.
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Soupçons autour d’un projet d’évasion
Amine O. et Gabriel O. doivent être jugés à partir du 23 mars à Aix-en-Provence pour un double assassinat commis en 2019, avant l’émergence de la DZ Mafia.
Selon des informations publiées mardi soir par le journal Le Parisien, les enquêteurs craignaient également un projet d’évasion lors de ce procès. Ces soupçons auraient été alimentés par des écoutes de conversations téléphoniques de Gabriel O. avec l’extérieur de la prison.
Les échanges auraient été réalisés via une ligne illicite qu’il aurait réussi à ouvrir grâce à son avocat, celui placé en garde à vue. Toujours selon Le Parisien, quatre autres personnes seraient également en garde à vue depuis lundi dans ce dossier.
Sur le réseau social X, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a réagi : « Si l’enquête judiciaire vient à prouver que des avocats détournent ces droits fondamentaux au service de la criminalité organisée, le scandale serait immense ».
Un phénomène devenu majeur en France
Amine O., surnommé « Mamine », doit également être jugé à l’automne pour un triple assassinat commis en 2020. Parmi les victimes figure Brahim, le frère d’Amine Kessaci.
Ce dernier, âgé de 22 ans, est devenu une figure de la lutte contre le narcotrafic en France après l’assassinat de son frère Mehdi, tué à 20 ans en novembre. Ce drame avait provoqué une onde de choc dans le pays.
Face à cette violence, le gouvernement avait promis de mener une bataille sans merci contre le narcobanditisme, en s’inspirant notamment des méthodes utilisées contre le terrorisme.
Le marché de la drogue en France représente un chiffre d’affaires estimé à environ 7 milliards d’euros en 2023, dont la moitié pour la seule cocaïne, selon les données du ministère de l’Intérieur.
Le phénomène continue de s’amplifier : 54 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2024, soit une hausse de 130 %. Un nouveau record est attendu pour 2025.
Une organisation tentaculaire
La DZ Mafia domine aujourd’hui une large partie du trafic de drogue à Marseille et étend progressivement son influence en France. Son nom est apparu lors du bain de sang qui a marqué la ville en 2023, notamment lors de la guerre entre les clans Yoda et DZ Mafia.
Depuis, la région marseillaise connaît un calme rarement observé. Selon une source policière, cela s’explique en partie parce que la DZ Mafia a largement pris le dessus.
Les activités du groupe se sont également diversifiées. Outre le trafic de drogue, l’organisation est impliquée dans des extorsions de commerces et propose des « prestations » pour d’autres réseaux criminels, notamment des règlements de compte ou la mise à disposition d’équipes.
Selon plusieurs experts, le groupe fonctionne comme une structure très opportuniste. Des annonces de recrutement circulent notamment sur les réseaux sociaux, allant du simple guetteur sur un point de deal jusqu’à la recherche de tueurs à gages.
Une source policière décrit ainsi l’organisation comme une « hydre » : « ce n’est pas une organisation avec un chef ou une hiérarchie claire mais un groupe de personnes qui s’agrègent avec des gens en prison et à l’extérieur ».
Ce qui est important
- Une opération judiciaire d’ampleur baptisée « Octopus » a conduit à 42 gardes à vue dans plusieurs départements du sud-est.
- Plusieurs chefs présumés de la DZ Mafia ainsi qu’un avocat soupçonné de corruption figurent parmi les personnes interrogées.
- La DZ Mafia s’est imposée comme un acteur central du narcotrafic à Marseille et étend désormais ses activités à d’autres formes de criminalité.



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