Au tribunal correctionnel de Marseille, l’ancien directeur général des services (DGS) de Menton a accusé mercredi le maire Yves Juhel (LR) d’avoir laissé s’installer un « système mafieux », au deuxième jour du procès sur des détournements de fonds publics liés aux ports de la commune. Le maire, âgé de 80 ans et qui ne se représente pas aux municipales, est poursuivi pour un éventuel détournement au détriment de la commune et pour avoir présumément bénéficié de sommes détournées de la Société publique locale (SPL) des ports. Menton-Presse vous résume tout.
Dans cette affaire qui empoisonne depuis trois ans la petite municipalité frontalière des Alpes-Maritimes, les débats reviennent sur la gestion de la SPL des ports, organisme qui gère les deux ports de la commune. Yves Juhel en avait confié la présidence à Mathieu Messina, son ancien adjoint aux finances.
Selon l’enquête, « pas moins de 870.000 euros » auraient été détournés par ce dernier entre mai 2022 et septembre 2023, quand l’intéressé « ne reconnait que 500.00 euros ». Les sommes auraient été dépensées en voyages, location de véhicules ou frais de bouche.
Au tribunal, une facture de 4.500 euros au cœur des échanges
Mercredi, le président du tribunal correctionnel de Marseille a d’abord interrogé de façon méthodique Yves Juhel sur une facture de 4.500 euros réglée par la commune, alors qu’elle visait des frais de communication pour sa campagne électorale. À la barre, le maire a fini par lâcher : « Aujourd’hui ça n’aurait pas été fait », reconnaissant en creux le détournement ?
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Yves Juhel est devenu maire en 2021, après le décès de son prédécesseur Jean-Claude Guibal. Le conseil municipal l’avait élu, soutenu par Christian Estrosi, contre Sandra Paire, elle aussi LR, mais proche d’Éric Ciotti. Des dissensions avaient ensuite conduit à la démission d’une partie des élus, contraignant Yves Juhel à passer par une élection début 2022.
Factures restées impayées
Dans le dossier, la campagne municipale revient comme un fil rouge. Les finances de la campagne dérapent et des factures restent impayées. C’est dans ce contexte qu’une note de 4.500 euros arrive sur le bureau du directeur général des services, pour une prestation de communication, « en l’espèce deux vidéos ».
M. le Floch, lui-même poursuivi malgré son statut de lanceur d’alerte, a expliqué qu’à l’époque il avait pu penser que cette prestation pouvait être imputée « aux voeux du maire », et donc à la comptabilité de la commune.
L’un des clips, mis en ligne sur le compte Instagram de campagne, montre le maire face à un « père Noël ». Ce dernier lui demande « qu’est ce que vous souhaitez ? » Yves Juhel répond : « être élu au premier tour ».
« Je découvre toute la supercherie », affirme l’ancien DGS
En mai 2022, Éric le Floch (qui avait déjà dénoncé à la justice la gestion de la SPL sous la mandature de Jean-Claude Guibal) dit comprendre, lors d’une réunion et alors que les comptes de campagne sont clos, que plusieurs factures restent à payer, outre celle de 4.500 euros indûment imputée à la mairie.
« Je découvre toute la supercherie », dit le fonctionnaire territorial, soulignant avec ironie qu’Yves Juhel « avait fait campagne sur la transparence de la probité !»
Selon lui, la suite s’est jouée au sein de l’organisation municipale. Il explique que le périmètre de la communication lui échappe par décision du maire. À la barre, il lance : « C’est magouille et compagnie. (Ils) shuntent tous les systèmes de contrôle », avant de conclure : « je gêne, le système mafieux est en train de s’organiser ».
En arrêt maladie depuis mars 2023, il a été démis de son poste. « À trois reprises la justice a demandé la réintégration, qui n’est toujours pas effective », a-t-il déclaré, visiblement ému.
L’affaire avait éclaté après plusieurs dénonciations au parquet de Nice, dont celle du DGS à l’été 2023. L’enquête a ensuite été transmise à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, qui a renvoyé onze personnes devant le tribunal, en majorité des proches de Mathieu Messina.
Quatre ont déjà été condamnées dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance de culpabilité, sorte de plaider-coupable à la française.
Ce qui est important
- Le procès à Marseille met en cause la gestion des ports de Menton via la SPL, avec des soupçons de détournements qui atteindraient « 870.000 euros » sur la période mai 2022 – septembre 2023.
- Le maire Yves Juhel (LR), âgé de 80 ans et qui ne se représente pas, est poursuivi pour un détournement au détriment de la commune et pour avoir bénéficié de sommes détournées de la SPL.
- L’ancien DGS, poursuivi malgré son statut de lanceur d’alerte, affirme avoir découvert des factures de campagne, dont une de 4.500 euros réglée par la commune, et accuse à la barre un « système mafieux ».










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