Le socialiste Patrick Allemand tente de distinguer une gauche « sérieuse et concrète », à mille lieues de la France Insoumise. Dans Nice-Presse Dimanche, « Unis pour Nice » (PS-PCF-EELV) livrait ses pistes contre l’insécurité le 12 octobre.
SYNTHÈSE - Pas de selfie, pas de mise en scène, assure Patrick Allemand. Après la fusillade aux Moulins, sa liste « Unis pour Nice » a préféré s’abstenir d’une visite symbolique sur les lieux du drame. « La sécurité mérite du sérieux, pas du spectacle », a-t-il lancé, en référence au duo Estrosi-Ciotti qu’il accuse de privilégier la communication à l’action. L’élu socialiste veut se démarquer d’une droite qu’il juge « gestionnaire de l’émotion », mais sans renier les principes d’ordre et de fermeté.
Deux victimes innocentes, une rafale au cœur d’un quartier populaire : la fusillade a ravivé un sentiment d’insécurité bien réel. Allemand évoque un cap franchi, celui d’une peur installée. La gauche niçoise s’empare enfin du thème sécuritaire, mais tente de le faire avec sa propre grammaire, celle de la proximité et du lien social.

Police de quartier et prévention, les recettes d’hier remises au goût du jour
« On ne résout rien à coups d’annonces », martèle le chef de file socialiste. Selon lui, les renforts policiers locaux déployés depuis 2008 n’ont pas inversé la tendance. Sa proposition : revenir à une police de quartier « à visage humain », un modèle disparu avec la réforme Sarkozy. L’idée n’est pas neuve, mais elle séduit encore une partie de l’électorat niçois, nostalgique d’un temps où le policier connaissait les prénoms des habitants.
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Dans sa vision, la sécurité ne se limite pas à la répression. Les associations de quartier, les clubs sportifs ou les structures d’aide aux devoirs seraient les piliers d’un apaisement durable. C’est aussi sur ce terrain, plus social que policier, que la gauche espère se différencier de la majorité actuelle.
Caméras et refus du désarmement
Patrick Allemand ne veut pas toucher au dispositif de vidéoprotection. Il reconnaît son utilité pour les enquêtes, même s’il dénonce une utilisation « quantitative » au détriment du travail de terrain. Et lorsqu’on évoque le désarmement de la police municipale, défendu par une partie de la France Insoumise, la réponse fuse : « irresponsable ». Dans une ville exposée, explique-t-il, priver les agents de leurs moyens serait « les mettre en danger ».
Un ton ferme, presque conservateur, qui marque la distance entre sa gauche et celle des tribunes militantes. L’élu assume une ligne d’équilibre, l’ordre sans la surenchère, l’autorité sans la démagogie.
« Fin des agents privés »
Autre sujet sensible : la sécurité déléguée. Les agents privés, comme ceux du groupe Gaida, ne seraient pas maintenus avec « Unis pour Nice ». Allemand veut réaffirmer le caractère régalien de la mission, sous l’égide de la municipalité. Les postes d’ASVP seraient renforcés pour compenser. Une approche qui se veut plus « républicaine », mais qui pourrait susciter des inquiétudes quant à l’efficacité immédiate du dispositif.
Nice reste confrontée à une toxicomanie visible. Pour Patrick Allemand, la fermeture des anciens locaux du CAARUD a aggravé la situation, déplaçant le problème sans le traiter. Il plaide pour des lieux d’accueil, d’hygiène et d’écoute, sur le modèle d’autres villes. Une approche pragmatique, mais qui pourrait se heurter à la réticence de riverains excédés. Et les « salles de shoot » n’ont jamais emballé grand monde.
Sur le terrain économique, il dénonce la prolifération d’enseignes soupçonnées de blanchiment, tout en appelant à éviter les amalgames. Les contrôles doivent être « ciblés, justes et respectueux ».
Habitué du tramway, le candidat assure ne pas s’y sentir menacé. Pour lui, la sécurité passe aussi par la qualité des services publics. Les lignes 4 et 5, destinées à relier Cagnes et l’Ariane, seraient prioritaires. L’enjeu, dit-il, n’est pas seulement de transporter, mais de relier les quartiers entre eux. « Le tram, c’est l’égalité urbaine », résume-t-il.
À quelques mois du scrutin, Patrick Allemand tente d’incarner une gauche de l’ordre et du dialogue. À droite, on sourit sans trop y croire. Mais dans une Nice fatiguée des tensions, la promesse d’une autorité apaisée pourrait bien surprendre.






