Soutien aux élections municipales en échange d’un parrainage pour la présidentielle : le Rassemblement national met en avant une « charte d’engagement » destinée aux candidats sans étiquette des petites communes, invités à promettre d’appuyer son candidat en 2027 s’ils veulent bénéficier de son appui en mars prochain.
À un peu plus de cent jours du scrutin municipal, le RN, qui revendique déjà 600 têtes de liste, se dit en position de force et fixe ses règles : les candidats souhaitant son aide, tout en évitant d’afficher son logo sur leurs affiches, devront « montrer patte blanche ». « Ce n’est pas un chantage, mais une cohérence. En politique il faut être clair, si on veut notre soutien il y a une contrepartie qui nous semble logique », a justifié lundi l’eurodéputé Julien Sanchez, directeur de la campagne municipale du parti à la flamme, lors d’une conférence de presse.
Selon l’ancien maire de Beaucaire (Gard), la formation d’extrême droite a déjà reçu « beaucoup de demandes, essentiellement des maires sans étiquette de moyennes et petites communes ». Alors que le parti aligne déjà 600 candidats, dont une quarantaine issus de l’UDR d’Eric Ciotti, et estime qu’il atteindra autour de 700 listes au total, bien au-delà des 410 listes de 2020, « il est maintenant temps d’écouter ceux qui (…) sollicitent notre soutien », a poursuivi M. Sanchez.
Mais cette aide ne sera accordée qu’«pas sans engagement politique et programmatique », prévient-il, car « nous ne soutenons pas n’importe qui ». Les candidats devront signer une « charte d’engagement » en 13 points, articulée autour de plusieurs piliers du programme nationaliste : priorité à la « lutte contre la délinquance et l’insécurité », avec des polices municipales armées là où elles existent, refus de « toute augmentation des taux de fiscalité locale », rejet des subventions « aux associations incitant à l’immigration massive » comme « aux organisations et projets communautaristes ». Les signataires s’engageront aussi à « défendre des services publics de proximité », « protéger et valoriser le patrimoine local » et « favoriser le localisme », notamment dans les cantines scolaires.
Municipales et présidentielle : la charte du RN pour verrouiller soutiens et parrainages
À ces orientations s’ajoutent deux obligations très politiques : d’abord « appeler à voter pour la liste soutenue par le RN » lors des sénatoriales de septembre 2026, ensuite et surtout « parrainer le candidat » du parti pour la présidentielle de 2027, quel qu’il, ou elle, soit.
Les deux figures de proue du mouvement ne mèneront cependant pas de campagne municipale en première ligne. Pour Jordan Bardella, qui n’excluait pas de réfléchir à une candidature législative en cas de nouvelle dissolution, possiblement dans le Var ou les Bouches-du-Rhône, le renoncement est présenté comme « ferme et définitif », selon M. Sanchez.
Pour Marine Le Pen, déclarée inéligible immédiatement après sa condamnation au printemps dans l’affaire des assistants parlementaires européens – décision dont elle a fait appel – et déchue de son mandat local dans le Pas-de-Calais, la question d’une candidature municipale ne se pose pas. La triple candidate à l’Élysée, qui n’a « absolument pas renoncé » à tenter une quatrième fois sa chance, affichait cependant encore samedi dans son fief électoral ses « ambitions de multiplier le nombre de municipalités RN », une quinzaine aujourd’hui, et de « pouvoir entrer dans celles que nous ne pouvons pas gagner ».
Objectif : « pour aussi préparer les sénatoriales » et disposer d’un maximum de « points d’ancrage » en vue de « la présidentielle et des législatives qui viennent », résume-t-elle, dans une logique de « prendre pied partout », y compris là où le parti ne peut espérer diriger les mairies.
Le dispositif pourra, en partie, rester discret. Chaque « charte d’engagement » devra être validée par la commission d’investiture du RN, mais le parti ne la rendra pas publique de lui-même. « Ce sera à la discrétion du signataire, s’il souhaite afficher son soutien », explique M. Sanchez. Néanmoins, ajoute-t-il, « si vous voyez notre député local à côté du maire sortant, ça voudra dire qu’il aura signé la charte ».
Les signataires sont donc prévenus : « S’il ne les respectait pas, nous nous réservons possibilité de rendre publique » leur signature et de « montrer que cette personne n’a pas de parole », avertit encore le RN, qui compte bien utiliser cette charte comme un levier d’influence durable dans les communes.
- Ce qu’il faut retenir : Le RN conditionne désormais son soutien aux municipales à la signature d’une charte en 13 points, assortie d’engagements programmatiques précis. Les candidats soutenus devront aussi appeler à voter pour les listes RN aux sénatoriales de 2026 et s’engager à parrainer le candidat du parti pour la présidentielle de 2027. Marine Le Pen et Jordan Bardella misent sur cette stratégie pour renforcer leurs ancrages locaux en vue des prochains scrutins nationaux.
Avec AFP






