Municipales 2026 - La violence associée au narcotrafic ne se limite plus aux grandes agglomérations et gagne aussi les petites communes, touchant désormais bien au-delà des seuls réseaux criminels. Confrontés à cette menace, de nombreux maires déploient des caméras de surveillance et arment leur police municipale, tout en avouant se sentir démunis et inquiets pour leur propre sécurité.
À quelques mois du scrutin municipal, la question de l’insécurité liée au narcotrafic s’impose comme l’un des sujets centraux des échanges du 107e Congrès des maires, dans le sillage de l’assassinat à Marseille du frère d’un militant très engagé contre le trafic de drogue.
Ce meurtre, qualifié par l’exécutif de crime inédit « d’intimidation » et présenté comme « un point de bascule », suscite également une vive inquiétude chez de nombreux édiles.
« Quand j’ai entendu cela, cela m’a fait peur parce que je suis souvent invité sur les plateaux télé et je dénonce le narcotrafic, je dénonce les voyous qui polluent nos cités et qui tuent, empoisonnent les gamins de nos quartiers », a expliqué à l’AFP Driss Ettazoui, vice-président de l’agglomération d’Evreux, où Mohamed Amra, figure du narcotrafic, était détenu avant sa spectaculaire évasion.
L’élu MoDem s’interroge désormais sur la nécessité de « lever ou non le pied ». « Nous autres, les élus locaux, nous ne sommes pas à l’abri de représailles », reconnaît-il.
D’après un sondage Ifop-La Tribune Dimanche, la sécurité constitue la première préoccupation des électeurs pour les municipales, surtout dans les villes petites et moyennes jusqu’à 20 000 habitants.
« Les maires qui étaient jugés sur leurs compétences propres il y a six ans, c’est-à-dire la propreté, l’état de la voirie ou l’état civil sont aujourd’hui attendus sur des thématiques sur lesquelles ils ont très peu de pouvoir et qui sont des thématiques régaliennes », a admis mardi devant la presse David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF).
Depuis deux ans, les associations d’élus multiplient les alertes sur la progression du narcotrafic, qui concernerait près de huit communes sur dix. « C’est une vraie mafia et c’est en train de gangrener le territoire », a insisté David Lisnard, évoquant également « une montée de la violence de type grand banditisme ».
Narcotrafic : des maires « Ni shérif, ni naïf » face à la montée des violences
À la suite du drame survenu à Marseille et d’autres affaires criminelles récentes, Emmanuel Macron a appelé à « amplifier » la lutte contre le narcotrafic, tandis que Sébastien Lecornu souhaite qu’elle s’inspire de celle menée « contre le terrorisme ».
Sur le terrain, les maires n’ont jamais autant consacré de moyens à la sécurité, notamment à leur police municipale. En 2024, une enveloppe de 2,28 milliards d’euros a été engagée, soit une progression de 41 % en sept ans, selon l’Observatoire des finances locales.
La France compte également deux fois plus de policiers municipaux qu’en 2002, avec quelque 28 000 agents, dont 80 % sont désormais équipés. Parmi eux, 58 % portent une arme à feu.
Cette montée en puissance répond à une forte demande de la population, alors qu’un texte de loi doit encore élargir les prérogatives des policiers municipaux.
Certains édiles n’ont cependant pas attendu le législateur pour intervenir, quitte à empiéter sur le champ régalien. « Il y a des politiques qui échouent et d’autres qui réussissent », a souligné mardi le maire DVD d’Orléans, Serge Grouard, qui affirme avoir réduit la délinquance de « 81% depuis 2001 », notamment grâce à un couvre-feu imposé aux mineurs de moins de 13 ans.
À Bordeaux, le maire écologiste Pierre Hurmic a lui aussi décidé d’armer sa police municipale, choix « qui ne doit pas être un sujet totem ». « Je suis un maire ni shérif, ni naïf. Les délinquants regardent d’abord ce qu’il y a à la ceinture », a-t-il commenté, tout en estimant que « sans armement, les villes n’arrivent pas à recruter ».
Mais ce qui peut fonctionner face à la délinquance du quotidien s’avère beaucoup moins adapté au narcotrafic, qui laisse bien souvent les maires sans véritable prise.
« On voit bien qu’on est confronté à des phénomènes qui échappent complètement aux maires, ça ne veut pas dire qu’ils se désintéressent du sujet, mais qu’ils ont besoin de sentir l’État encore plus fortement à leurs côtés », observe Christophe Bouillon, maire DVG de Barentin (Seine-Maritime).
David Zobda, maire DVG du Lamentin (Martinique), se montre plus tranchant. « Qu’on ne nous demande pas de faire du régalien et d’arrêter les narcotrafics. On ne sait pas faire, on ne sait pas lutter contre des bandes organisées », prévient-il.
- Ce qu’il faut retenir : La violence liée au narcotrafic gagne l’ensemble du territoire et renforce le sentiment d’insécurité à l’approche des municipales. Les maires investissent massivement dans les caméras, la police municipale et parfois l’armement, tout en disant se sentir vulnérables. Beaucoup estiment toutefois ne pas avoir les moyens de lutter seuls contre des réseaux de type mafieux et réclament un engagement renforcé de l’État.
Avec AFP






