- Vous lisez un épisode de “Saint-Roch, la reconquête de l’Est”, l’un des dossiers de Nos Quartiers, le magazine qui parle de vous.
À 71 ans, Philippe Desjardins continue de consacrer son temps et son énergie à son quartier de toujours, qu’il a vu évoluer tout au long de son parcours professionnel. Lui, l’ancien gérant de Philippe Boutique, institution (disparue) du prêt-à-porter à Saint-Roch.
Il est l’une des figures qui comptent ici. Il suffit de s’installer sur la terrasse d’un café, place Saint-Roch, pour rapidement s’en apercevoir. Des bises claquées, des mains serrées, des sourires échangés, Philippe Desjardins est interpellé régulièrement.
Certains se permettent même d’ironiser. « Monsieur le Maire, comment allez-vous ?» Il faut dire que ce retraité actif ne laisse personne indifférent, peu importe la couleur politique de ce suppléant du conseiller départemental Bernard Chaix (Les Républicains) et proche d’Éric Ciotti.
À l’origine d’APIL, l’association des commerçants de Saint-Roch fondée en 2002, ce père de quatre enfants a vécu une majeure partie de sa carrière professionnelle sur ses terres de toujours.
« J’avais 13 ans quand je suis arrivé du côté de la cité Vauban, se remémore-t-il. Je suis allé au collège Jean-Giono, avant d’arrêter les cours en première. J’avais décroché un job d’été chez Armand Thierry, à 17 ans. Le directeur régional de l’époque m’avait rapidement pris en sympathie et m’avait convaincu de me consacrer pleinement à ce métier. Il sentait que j’étais fait pour ça…»
« J’ai ouvert mon propre magasin de prêt-à-porter à Saint-Roch en 1980, que j’ai gardé jusqu’en 2015 »
Quelques années plus tard, Philippe Desjardins est nommé plus jeune directeur de la chaîne, à seulement 24 ans, au sein de la boutique de Longwy, une bourgade de 14 437 habitants située à la frontière du Luxembourg. Une opportunité unique pour faire ses armes et progresser dans la hiérarchie de l’enseigne belge fondée en 1841. Mais un coup de fil d’un ami a tout changé.
« On m’a parlé de murs à vendre, à Saint-Roch, souffle-t-il. J’étais bien là où j’étais, mais j’ai quand même pris la décision d’y faire un saut pour visiter le local. » Quand le destin vous fait signe, difficile de lui tourner le dos.
Et pourtant, tout le monde lui avait déconseillé de s’installer ici, dans un endroit jugé peu porteur. Mais Philippe Desjardins n’en fait qu’à sa tête, à raison. « J’ai ouvert mon propre magasin en 1980, que j’ai gardé jusqu’en 2015. »
Fortement impliqué dans la vie de son quartier

L’occasion de s’implanter à nouveau chez lui et de faire de nombreuses rencontres. Rapidement lié d’amitié avec les autres gérants, il se plonge dans le tissu associatif. Avec APIL Saint-Roch, le quartier est rapidement dynamisé et l’ensemble des résidents informés.
« Nous avons lancé une gazette pour suivre l’avancée des travaux de la ligne de tram, confie-t-il, en sortant une copie de l’un des exemplaires. Le stationnement était un problème et pour éviter de voir tout le monde partir à Cap 3000, nous avons réussi à obtenir l’autorisation d’occuper le chantier du vendredi soir au lundi matin pour que les habitants puissent se garer. » Une manière de préserver l’activité.
Pendant quinze ans, jusqu’en 2021, il a présidé la puissante F.C.N.A., la Fédération du commerce niçois et de l’artisanat. Une aventure sur laquelle il revenait dans nos colonnes le 14 mai dernier.
De nombreuses actions à destination de ceux qui l’ont fait « vivre pendant 35 ans », qui se sont ajoutées aux animations organisées, des rendez-vous « autour d’un tournebroche avec les ouvriers du tram, à Saint-Jean d’Angély », à des concerts place Saint-Roch, « réunissant 3000 personnes » pour « chanter le patois local » aux côtés de « groupes venus de Nice, Vintimille et Perpignan », dont Nux Vomica, mené par Louis Pastorelli.

« Notre association s’est toujours battue pour ne pas véhiculer cette image de quartier pas assez fréquentable »
Une ferveur locale avec « une ambiance de fou », qui s’est un peu éteinte depuis la crise de la Covid-19. Certes, rembobine-t-il, le coin a « toujours été très populaire ». Au point, dans sa jeunesse, de se garder d’évoquer son adresse auprès des filles lorsqu’il sortait dans l’iconique discothèque La Siesta à Antibes…
Ce reflet a parfois écorné la perception de Saint-Roch, entre nuisances, relative insécurité et communautarisme.
« Notre association s’est toujours battue pour ne pas véhiculer cette image. Comme dans beaucoup de quartiers populaires, il y a un repli communautaire. Surtout quand on laisse des barbiers ou des enseignes louches s’installer toutes dans la même rue. Mais il y aussi des gens biens et des professionnels honnêtes, comme partout. » Défendre son « village » pour « boucler la boucle » et remercier les « siens », voilà ce qui anime au quotidien cet inconditionnel de l’Est niçois.



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