TÉMOIGNAGES - En un an à Nice, onze personnes sont tombées sous les balles du narcotrafic. Jeudi, dans cette guerre contre la drogue, le ministre de l’Intérieur se rendait dans les rues des Moulins aux côtés du maire, Éric Ciotti. À coups de promesses et d’annonces, les riverains se sentent-ils enfin soutenus ? Ils se confient.
La canicule fait chauffer le bitume de cette cité de Nice. Au moment où un fourgon dépose le ministre devant la rue de la Santoline. Tout pile où sept personnes, dont trois enfants et un ado, ont perdu la vie dans un incendie criminel en juillet 2024.
L’hôte de Beauvau passe devant ce lieu qui reste gravé dans les mémoires. Il poursuit sa route jusqu’à la place des Amaryllis, elle aussi, marquée par les scènes de crimes. Et le convoi s’arrête devant le nouveau poste de police municipal, ouvert depuis le 19 mai.

Quelques Niçois observent la scène, un peu en retrait, sous les arcades. « J’espère que ça va changer quelque chose à notre situation, souffle un jeune homme de vingt-et-un ans, le bras dans le plâtre. Il est l’une des victimes de l’attaque commise à la kalachnikov. Son nom aurait pu s’inscrire dans la liste des morts par « balles perdues ». Tout comme Sofiane, passé à quelques mètres d’un impact, fiché dans le store d’un magasin.

« Les habitants se sentent abandonnés par leurs représentants », s’attriste Catherine Thiery, la référente départementale de la cellule d’urgence médico-psychologique. « Aujourd’hui, ils ont besoin de mesures concrètes ».
« Dans quelques semaines, ou mois, on aura fait le travail »
Aux micros tendus des journalistes, le ministre Laurent Nuñez rend des comptes : « les résultats sont positifs : le nombre de mis en cause pour trafic a augmenté de 48 %. C’était 13 % en 2025. Aux Moulins, il y a désormais deux points de deal majeurs, contre douze avant ». On parle des plaques tournantes du deal qui ont été démantelées. Toutefois, la ville est gangrenée par les points de rendez-vous où la drogue circule abondamment.

« 30% des mis en cause ont moins de 18 ans », affirme le premier flic de France. « Il y a quelques années, c’étaient des guetteurs, maintenant ce sont des vendeurs ». Mais il le martèle, « on ne peut pas avoir un discours défaitiste. Il y a d’autres territoires en France où nous avons débarrassé des quartiers des deals. J’ai bon espoir que dans quelques semaines, ou quelques mois, aux Moulins, on aura fait le même travail ».
« Il y a encore beaucoup à faire. Il manque des effectifs de police sur la voie publique. Une dizaine de renforts seront réaffectés aux sorties d’école. Dix enquêteurs sont également attendus dans le cadre du plan d’investigation judiciaire ». Les syndicats, eux, attendent 250 nouveaux bras. Ils seront déçus.

« Si la nouvelle équipe ne fait rien, je vais finir par déménager »
« Il ne nous a pas parlé, note Sabrina, alors qu’on en a, des choses à dire. Je suis une maman, et ma fille ne veut plus mettre les pieds ici, raconte-t-elle au bord des larmes. Elle a vu quelqu’un se faire tirer dessus quand elle avait quatre ans…»

« Je sens l’odeur du shit juste en-dessous de mes fenêtres. Je me suis déjà faite brûler deux voitures, ajoute-t-elle, entre colère et désespoir. J’ai fini par tomber malade, à cause du stress ».
« Rien que cette place me désole, lâche une voisine, malgré sa rénovation et son nouveau parc pour enfants, il y a deux ans. C’est un dortoir pour les dealers, aucun petit n’y joue ».

Bien des riverains placent des espoirs dans la nouvelle municipalité, pilotée par Eric Ciotti (UDR). « Il faut nous sortir de cette merde, pas le choix. J’ai quatre enfants. Si on ne fait rien, je vais finir par déménager » lance un autre.
Le poste de police tout juste ouvert laisse perplexe. « Vers dix-neuf heures, il ferme. C’est pas logique, c’est la nuit que les dealers sortent le plus !» Une habitante l’assure, « le trafic avait repris normalement aux alentours même pas une heure après la venue du ministre ».



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