Invité au Festival du Livre - dont Nice-Presse est partenaire - pour son ouvrage « Trump, Poutine et Ivan le Terrible », l’écrivain et ancien diplomate russe Vladimir Fédorovski livre son analyse sans concession sur le basculement géopolitique actuel.
Ancien promoteur de la perestroïka, celui qui est le plus publié des auteurs d’origine russe en France s’inquiète aujourd’hui de la crise profonde que traversent les démocraties occidentales et de l’incompréhension suscitée par Vladimir Poutine…
Dans votre dernier livre, vous imaginez un dialogue entre Vladimir Poutine et Ivan le Terrible. En quoi ce parallèle entre figures historiques et actuelles éclaire-t-il notre époque ?
L’Histoire est une clé pour comprendre l’avenir. Ce 57ᵉ ouvrage que je publie utilise précisément cette clé. J’ai choisi deux personnages très actuels, Trump et Poutine, et un personnage historique majeur, Ivan le Terrible, du XVIᵉ siècle, une figure essentielle en Russie, puisqu’il détient le plus long règne.
Aujourd’hui, les gens mentent et croient à leurs propres mensonges. Durant la guerre froide, les mensonges existaient, mais personne n’y croyait vraiment. Actuellement, on prend nos désirs pour des réalités. Qui peut nous éclairer dans cette confusion ? Ivan le Terrible, en fondateur de la géopolitique, nous offre une analyse sans nuance, contrairement à ce que je peux dire sur les plateaux télé. Lui ne s’embarrasse pas. Il dit la vérité crue.
Vous expliquez que la Russie tourne aujourd’hui le dos à l’Europe pour se rapprocher de l’Asie. Est-ce un tournant géopolitique irréversible selon vous ?
Absolument. On a jeté la Russie dans les bras de la Chine, c’est la plus grande erreur de l’Occident. Elle est irréversible. Ivan le Terrible l’avait prédit. Quand un ministre français annonce vouloir mettre la Russie à genoux en deux semaines, je demande : sur quels genoux ? Aujourd’hui, l’Allemagne entre en récession alors que la Russie connaît une croissance soutenue. L’Asie est désormais le continent de l’avenir. Nous assistons à la fin de cinq siècles de domination européenne et à l’émergence d’un monde multipolaire centré sur l’innovation asiatique.

Vous avez été diplomate soviétique et défenseur de la perestroïka, l’ouverture au presque-libéralisme prôné par Gorbatchev. Comment voyez-vous aujourd’hui la Russie de Poutine ?
Comme une tragédie. Tout ce que nous avons entrepris sous Gorbatchev, cette ouverture vers le monde, a été détruit par l’incompétence actuelle des dirigeants occidentaux, qui ont poussé le monde au bord d’une nouvelle guerre mondiale. Quand un chancelier allemand évoque l’envoi de missiles sur le Kremlin avant de se rétracter, c’est une preuve de leur irresponsabilité. Ce livre, je l’écris pour votre génération, car je suis profondément inquiet. La situation actuelle est plus grave encore que durant la guerre froide.
Vous décrivez Trump et Poutine comme des hommes obsédés par la nation et la grandeur. Ce retour des figures fortes traduit-il une crise durable des démocraties occidentales ?
Bien sûr. Aujourd’hui, la démocratie occidentale est devenue une dictature du politiquement correct, vivant dans l’illusion. Poutine et Trump incarnent cette crise profonde. Poutine est un joueur d’échecs, froid et calculateur, formé à la dure école de la rue, tandis que Trump est un joueur de golf, pragmatique, un homme d’affaires. L’Occident n’a pas su comprendre la psychologie de Poutine. Plus on fait pression sur lui, plus sa popularité augmente. Nous entrons dans un chaos commercial et géopolitique croissant.
Vous vous appuyez sur des propos authentiques tenus par Poutine en privé. Qu’est-ce que cela révèle sur sa vision du monde ?
J’ai écrit six livres sur Poutine. Je l’ai critiqué ouvertement, mais ce qui est souvent dit sur lui est inexact. Lorsque Hillary Clinton le compare à un « Hitler des temps modernes », c’est totalement faux et irresponsable.
Oui, Poutine agit selon ce qu’il estime être l’intérêt national russe. Quand l’OTAN s’élargit près des frontières russes, en contradiction avec les promesses américaines dont j’ai été témoin, Poutine réagit logiquement, selon son point de vue. Ces mensonges pitoyables ont mis le monde en danger, en le poussant au seuil d’une guerre totale.



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