En 2013, le comité de quartier de la Madeleine supérieure n’avait qu’un seul objectif : empêcher la construction de plusieurs immeubles sur un terrain situé en haut du boulevard. Plus de dix ans plus tard, il est encore là, et son influence, elle, est toujours plus grande.
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« Beaucoup de riverains sont venus me voir pour monter une association. Et à partir de là, tout a commencé » se souvient Christian Gagne, président-fondateur, qui a tenu la barre durant dix ans. Si le fameux projet immobilier n’a jamais le jour, l’association, elle, a perduré. Année après année, elle s’est même imposée comme un relais actif, entre les habitants et la Ville.
Sécurisation des trottoirs, installation de barrières, écluses de ralentissement, réfection du macadam entre le stade Nikolaï et le pont des Chemins de fer de Provence, obtention du stationnement payant sur la partie nord… la liste des avancées est longue.
« On était un quartier un peu oublié. Aujourd’hui, on est vraiment soutenus, et beaucoup de choses ont évolué » note Christian Gagne. En 2023, ce dernier a passé le flambeau à Frédéric Bandezian. Un enfant du coin. « Je suis né ici, j’y vis toujours. C’était logique de m’investir pour défendre la Madeleine supérieure. On forme aujourd’hui un vrai binôme. »
Ce Niçois est tombé amoureux…
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« Le quartier ? Je n’y aurais vraiment jamais mis les pieds… Maintenant, je n’imagine plus en partir !»#Nice06
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Jardins partagés, limitation de la vitesse… De nombreux projets défendus
L’association compte désormais entre 110 et 150 adhérents. Les revendications évoluent, trois sujets dominent les échanges. À commencer par la limitation à trente km/h, qui ne fait pas l’unanimité. Mais le comité assume.
« Le but n’est pas de verbaliser quelqu’un qui roule à trente-trois. C’est d’arrêter ceux qui montent à soixante-dix ! » insiste Frédéric Bandezian. Christian rappelle plusieurs accidents et dénonce le « double-file permanent », malgré un terre-plein central désormais partiellement végétalisé.
Sur la question de la sécurité, le territoire n’est pas considéré comme dangereux, mais seulement bruyant. « Je suis malvoyant, et pourtant je ne me sens pas en insécurité. Le vrai problème, c’est le bruit, et quelques regroupements » explique Christian.
Pour ce qui est des structures, « hormis l’Union sportive arménienne ou l’AnimaNice », le quartier en manque, pour rassembler. « Une association de jeunes et de commerçants feraient pourtant beaucoup de bien » souligne Frédéric.
Parmi les projets emblématiques, les jardins partagés semblent avoir déjà conquis le coeur des habitants. Sur le terrain où devaient s’élever les immeubles contestés, le comité avait proposé en 2013 leur création.
🏠🚧 Commerces, travaux, stationnement… « Ce quartier a tout pour réussir » : à Nice, quels résultats pour le Plan Madeleine, lancé il y a quelques mois ?
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Le point avec @GaelNofri de la @VilledeNice
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Longtemps jugé irréalisable, le projet est devenu concret grâce à un soutien déterminant. « Le seul qui nous a vraiment aidés, c’est Gaël Nofri. Il nous avait dit ‘Vous les aurez.’ Et effectivement, on les a eus » sourit Christian.
Aujourd’hui, vingt-six parcelles sont louées, pour soixante euros par an. On y cultive salades, choux, herbes, rosiers… et un jeune passionné de dix-neuf ans a même aménagé un petit coin fleuri. Un point de rencontres.
« C’est un vrai site de lien social » se réjouit Christian. Une parcelle « solidaire » permet de distribuer légumes et fraises aux personnes âgées.
Gare de la Madeleine : la mobilisation du comité a tout changé
C’est l’un des dossiers où le poids du comité s’est fait le plus clairement sentir. Alors que la Région Sud de Renaud Muselier prévoyait de démolir l’ancienne gare des Chemins de fer de Provence, désaffectée et squattée, afin d’y aménager un parking, la réaction des habitants a été immédiate. Et déterminante.

« On a appris qu’elle allait être détruite. Nous sommes complètement contre, tous les riverains sont contre » alertait Christian Gagne dans nos colonnes. Ancien président du comité et mémoire du quartier, il rappelait l’histoire du lieu. Un cachet unique, une maisonette filmée en 1959 dans Le Grand Chef avec Fernandel et Gino Cervi, une part de la Madeleine que chacun voulait préserver.
L’appel lancé - réunions, mobilisation, sondage participatif sur Facebook - a largement circulé, bien au-delà du boulevard. Et cette pression citoyenne a fini par payer.
C’est Gaël Nofri, adjoint au maire et élu de territoire, qui l’a annoncé à Nice-Presse, lundi. « Nous avons entendu l’émotion des habitants. Après échanges avec la Région, il est acté que le bâtiment ne sera pas rasé. La Ville va entamer les démarches pour l’acheter. »
Une consultation des Niçois sera lancée pour définir sa future vocation. L’option d’un logement paraît difficile, mais tout reste ouvert, entre petite structure associative ou lieu de mémoire. « Il faudra simplement lui trouver une utilité claire, pour éviter que les troubles précédents ne reviennent ».






