Sur les restanques qui dominent Menton, les citronniers resplendissent, même si les programmes neufs risquent de dénaturer le paysage. Christophe Sacchelli le sait mieux que quiconque. Producteur d’agrumes, il cultive autant le fruit que la persévérance.
« Mes parents et mes grands-parents étaient là avant moi. Moi, je ne suis revenu qu’en 2007. » Avant de reprendre le domaine, Christophe Sacchelli a connu une autre vie. Vingt ans dans le déménagement, au sein de la société familiale.
Une activité prenante, exigeante, mais dont il finit par se lasser.« On travaillait pour payer le banquier, l’assureur, le comptable. À un moment, on s’est dit qu’il fallait arrêter. » La « crise de la quarantaine aussi » sourit-il.

À l’époque, le verger existe déjà, mais sans réelle rentabilité. Des oliviers, des murs effondrés, des parcelles à l’abandon. Depuis, tout a été repris, restauré, puis replanté. « Avec ma femme, Christelle, on a remis au moins soixante ou soixante-dix arbres. »
L’inventaire approche les quatre cents agrumes, dont une soixantaine de citronniers, répartis sur plusieurs parcelles, avenue Prades, mais aussi plus bas dans le vallon et jusqu’aux abords de l’autoroute, sur des terrains concédés par la commune de Sainte-Agnès.
Des agrumes plus exotiques
Le citron de Menton IGP reste le moteur de l’exploitation. C’est lui qui a pris de la valeur, qui structure les choix de plantation. Autour, Christophe Sacchelli s’est diversifié. Oranges, mandarines, clémentines, kumquats. Et désormais des agrumes plus exotiques. Avocats, combava, citron caviar, bergamote, lime, main de Bouddha…
« On plante aussi en fonction du climat. Il n’y a presque plus d’hiver. » La cueillette commence désormais avant Noël. Les premières clémentines dès l’automne, les citrons quand arrive le premier coup de froid.
« S’ils sont trop petits, trop gros, déformés par un frottement ou piqués à la floraison, il n’y a pas d’IGP. » Le cahier des charges est strict…

« On est contrôlé sur tout : la taille des arbres, le calibrage, la balance au gramme près. Ceux qui écrivent ces normes n’ont jamais mis les mains dans la terre. »
« Chaque déclassement fait chuter la valeur du fruit. Un citron IGP, c’est huit euros cinquante le kilo. En déclassé, on tombe à quatre euros, parfois moins. » Quant à la grande distribution, Christophe Sacchelli a tenté. Une fois, pas deux. « Ils tirent les prix vers le bas. Et à côté, vous avez un citron d’Espagne deux fois moins cher. Comment en vouloir au consommateur ? »
La crainte de l’abandon
Ce qui inquiète le plus Christophe Sacchelli n’est pas la concurrence. Ni même les normes. « C’est l’abandon. » Les vallons non-entretenus, la forêt qui a repris plus de 60 % du territoire en quarante ans, les restanques effondrées.
« Avant, tout était cultivé. Si ça brûlait en bas un jour, on partirait comme une flammèche. » La gestion de l’eau le révolte aussi. Lui a creusé des bassins, récupéré les eaux de toiture, recyclé l’eau d’aquaponie. « On sait faire. Mais l’argent n’est jamais mis au bon endroit. »

La transmission, enfin, plane comme une inquiétude. Les parents ont donné. Il faudra donner à son tour. À chaque génération, les droits de succession effritent l’héritage. « Sur trois générations, l’État vous mange le patrimoine. » Et orienter ses enfants vers ce métier malgré tout ça ? « Non. C’est trop dur. » Trop de travail, trop d’incertitudes.
Christophe Sacchelli n’idéalise rien. Il parle de son métier avec passion, avec rudesse, parfois avec colère. Chaque matin, quand la saison bat son plein, il est là dès sept heures. Jusqu’au soir. « Les 35 heures, nous, on les fait en trois jours…»







Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.