A Marseille, difficile d’exister en dehors du foot. En accueillant les épreuves de voile des JO-2024, beaucoup espèrent pourtant convertir les habitants de la deuxième ville de France, qui n’ont pas la culture maritime dans l’âme.
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Eric Di Meco, vainqueur de la Ligue des Champions en 1993 avec l’Olympique de Marseille, en convient : « C’est un des problèmes de cette ville. Il n’y a pas beaucoup de clubs et de sports qui ont réussi à grandir dans l’ombre de l’OM. Il y a le hockey (les Spartiates, NDLR) en ce moment, mais le basket, le hand, le rugby n’y sont pas arrivés. »
« Quand il y a de grands évènements, de grands matches de rugby au Stade Vélodrome, on se rend compte que cette ville aime d’autres sports », ajoute pourtant l’ex-footballeur, qui a porté la flamme olympique ici début mai.
« Ce qui me frappe vraiment, c’est que les gamins ne parlent que de foot. Même le mien », observe Camille Lecointre, double médaillée de bronze olympique en dériveur 470 (2016 et 2021) et dont le mari évolue aussi dans le monde de la voile olympique. « Ce qui serait chouette, dit-elle, c’est que tous les gamins aient une expérience de la mer. Qu’en CE1 ils aient un cycle. »
En attendant, dans cette région du sud de la France, les deux sports olympiques d’été les plus pratiqués sont le foot et le tennis, la voile n’arrivant qu’en 5e position, selon l’Insee.
Et Marseille, ville de béton et de calcaire, tourne le dos à la mer et n’a jamais développé une vraie culture maritime alors qu’elle fut pourtant fondée par des marins grecs, les Phocéens, il y a 2.600 ans.
Miser sur les « minots»…
En accueillant cet été les 10 disciplines de voile dans sa baie spectaculaire et complexe, Marseille « va rompre avec le stéréotype foot et kalachnikov », espère Hervé Menchon, adjoint écologiste en charge notamment de la voile et du littoral à la mairie de la 2e ville de France. « Marseille, assure-t-il, c’est le sport dans toutes ses formes et pour tout le monde. »
« L’idée c’est de nous servir des épreuves de voile pour démocratiser ce sport », embraye le maire divers gauche Benoît Payan.
A terme, la ville souhaite que chaque enfant qui quitte le CM2 ait eu une initiation à la voile. Dès la prochaine année scolaire, 9.000 écoliers doivent être mis sur l’eau, contre quelque 5.000 à présent. Au collège, le département des Bouches-du-Rhône souhaite s’appuyer sur la toute nouvelle Marina Olympique pour initier 1.500 élèves de plus, soit 5.000 collégiens formés à la voile ou l’aviron.
Cette Marina, construite pour environ 50 millions d’euros et d’où partiront les régates olympiques, permettra à des enfants de naviguer en Optimist à côté des plus grands champions de la voile française, qui y a installé l’un de ses cinq pôles d’excellence.
Marseille « doit devenir un +cluster voile+ très fort », allant « de l’initiation au très haut niveau », estime Jean-Luc Dénéchau, président de la Fédération française de voile.
… et les foils
D’ici là, restent quelques défis. Le premier : embarquer tout Marseille et pas seulement les quartiers chics du Sud où la Marina est installée.
Depuis la base de Corbières, dans les quartiers Nord, Dominique Guende, fondatrice de l’Avi Sourire, club d’aviron pour les personnes en situation de handicap, aurait par exemple besoin de plus d’espace et de locaux mieux aménagés.
Elle appelle aussi à ne pas oublier le développement du parasport alors qu’un de ses athlètes, Alexis Sanchez, a été sélectionné pour les JO paralympiques.
Dans ces quartiers, qui sont pour certains parmi les plus pauvres d’Europe, il faut aussi que les tarifs ne soient pas un obstacle à la pratique d’un sport onéreux et qui repose beaucoup à Marseille sur des clubs privés accueillant la haute société.
« Quand j’ai commencé en Ile-de-France, mes parents n’avaient pas de thunes. Tu venais au club, c’était ouvert à tout le monde et ils te fournissaient tout », rappelle ainsi Jérémie Mion. Loin de la Méditerranée, l’ex-champion du monde, qui vise l’or cet été en duo avec Camille Lecointre, a en effet débuté la voile… sur le lac de Cergy, en banlieue parisienne.
« Si on veut qu’il y ait un héritage des JO, il faut tout miser sur la diffusion des épreuves, qu’on explique comme ça fonctionne pour que les jeunes s’y intéressent », juge également Rudy Teillet, responsable voile de l’ASPTT Marseille.
Pour lui, il faudra aussi s’appuyer sur le développement des disciplines à foils, ces ailerons immergés qui augmentent considérablement la vitesse, car elles « apportent des sensations et des images de folie ». Et elles sont accessibles : « Tu peux arriver avec ton sac à dos et gonfler ton matériel. »






