Sabrina Agresti-Roubache, proche du couple Macron, s’était imposée avec seulement 479 voix d’avance en 2022 face à la candidate Rassemblement national, dans sa circonscription marseillaise. Mais la députée sortante, devenue depuis secrétaire d’Etat, pourrait cette fois être détrônée dès le premier tour.
Raphaël Glucksmann d’abord, puis Gabriel Attal : les déplacements de personnalités politiques, dès le début de la campagne pour cette première circonscription des Bouches-du-Rhône, montrent que la discrète et affable Monique Griseti inquiète autant le Nouveau Front populaire que le camp présidentiel.
« Cette élection va se jouer serrée », reconnaît Sabrina Agresti-Roubache, enthousiaste quadragénaire, relais d’Emmanuel et de Brigitte Macron dans la deuxième ville de France et secrétaire d’Etat chargée de la Ville depuis juillet 2023.
Cités touchées par les trafics de drogue, micro-villages des Camoins ou de La Treille, où est enterré Marcel Pagnol, zone commerciale de la Valentine : la circonscription que vont se disputer les trois favoris, trois femmes, regroupe des secteurs très divers, dans l’est de Marseille.
Un territoire que Mme Agresti-Roubache, ex-productrice dans l’audiovisuel, assure très bien connaître : « Je ne suis pas une ministre devenue Marseillaise, je suis une enfant des quartiers pauvres de Marseille devenue ministre, et ça, pour les gens, ça compte ».
En 2022, Monique Griseti, ex-secrétaire de direction de 64 ans, conseillère municipale à Marseille, était arrivée en tête au premier tour puis avait donc manqué d’un souffle le siège de députée, avec 49,21% des suffrages.
Mais, depuis, elle aurait disparu des radars, selon Mme Agresti-Roubache, qui dénonce une candidate « fantôme » et espère « réitérer l’exploit » de 2022, dans une circonscription déjà présentée comme « ingagnable », selon elle, face à « la dynamique de l’extrême droite ».
Balayant ces critiques, Monique Griseti vante au contraire son contact quotidien sur le terrain : « Je suis quelqu’un de très accessible », ce qui « plaît beaucoup aux électeurs ». Et la candidate RN de souligner elle aussi son ancrage local et le fait d’avoir vécu à la cité Bel Ombre, à La Pomme, « une cité de non-droit maintenant ».
- Marre de « s’excuser d’être Français » -
« Les gens en ont un petit peu marre de s’excuser d’être Français » et d’être « maltraités par le gouvernement », assène la candidate d’extrême droite. Un discours qui résonne chez beaucoup : les 10e et 11e arrondissements de Marseille, que recouvre en grande partie la circonscription, ont voté à plus de 40% pour le RN aux Européennes.
Dans le quartier pavillonnaire de La Valentine, Jackie, sexagénaire, qui ne veut pas donner son nom, affirme ainsi qu’elle votera RN car, même si elle n’a « rien contre les migrants » : il faut « d’abord qu’on aide les gens qui habitent ici ».
A gauche, on compte bien éviter une réédition du second tour de 2022, avec cette fois Pascaline Lécorché, chercheuse en biotechnologie de 40 ans et militante Place publique, pour porter les couleurs du Nouveau Front populaire.
Il y a deux ans, le candidat socialiste de la Nupes, Thibaud Rosique, avait échoué à la 3e place pour 395 voix seulement. Mais Mme Lécorché espère cette fois passer le cap, insistant sur le mauvais bilan du président Macron, qui a « ignoré les manifestants lors de toutes les manifestations retraite, ignoré la convention citoyenne pour le climat, usé et abusé du 49.3 ».
« Bien sûr » que les électeurs connaissent Mme Agresti-Roubache : mais « est-ce tant que ça un avantage aujourd’hui de connaître une candidate qui finalement représente un gouvernement dont les gens ont marre », fait valoir Pascaline Lécorché, en appelant à « un arrêt de la brutalisation de la vie politique ».
La candidate du Nouveau Front populaire pourra en tous cas compter au premier tour sur la voix de Hedi Ihamouine. Puis, au deuxième tour, cet habitant d’Air Bel, quartier populaire où 46% de la population vit sous le seuil de pauvreté, votera quoi qu’il en soit pour l’adversaire du RN, même s’il s’agissait de Mme Agresti-Roubache.
« Par rapport à mes principes, mes valeurs et mes origines, je serais obligé de voter pour Macron » : voter RN reviendrait à « mettre des coups de couteau à mes frères », insistait cet homme de 24 ans.
Autre habitant de la circonscription, Nicolas Doben sait aussi qu’il votera contre le RN, même s’il n’a pas fait son choix pour le premier tour : « On peut réussir à vivre ensemble et à tous se tirer vers le haut », estime cet étudiant de 24 ans.



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