Bardot l’a parfois boudé mais jamais abandonné : Saint-Tropez est demeuré le refuge favori de l’actrice, fidèle au petit port méditerranéen qui avait vu éclore sa célébrité et où elle s’est éteinte, mais contemptrice du tourisme de masse et de luxe qu’il a drainé.
Foyer artistique et mondain cher à Maupassant et à l’impressionniste Paul Signac, mais resté longtemps confidentiel, Saint-Tropez devient dans les années 1960 le lieu où s’affichent les nouveaux styles copiés partout, une source d’inspiration dont Brigitte Bardot, en véritable sex-symbol, devient l’icône.
Le film qui propulse Saint-Tropez sur la scène mondiale
En 1956, le parfum de scandale du film « Et Dieu …créa la femme » de Roger Vadim, alors époux de Brigitte Bardot, propulse l’actrice et le village de pêcheurs à la Une des journaux. Ils ne se quitteront plus.
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Le film agit comme un manifeste : « il impose Saint-Tropez comme la nouvelle capitale des fantasmes », fait valoir le musée de la Gendarmerie et du Cinéma de la ville, ouvert en 2016.
À la mort de Vadim en 2000, l’un de ses proches, Félix Giraud, longtemps patron d’un restaurant en vue près du port, expliquait à l’AFP : « Ce serait beaucoup dire que Saint-Tropez n’existait pas avant. Mais le film, en particulier par son succès à l’étranger, a énormément contribué à sa célébrité ».
La Madrague, demeure mythique de Brigitte Bardot
Brigitte Bardot, qui passe alors la plupart de ses étés à Saint-Tropez, décide en 1958 d’y acquérir La Madrague, une belle villa bordée par la plage qui devient rapidement aussi mythique que sa propriétaire, malgré des admirateurs qui s’approchent beaucoup trop, même en bateau.
Les portraits de l’actrice, démultipliés aujourd’hui sur des souvenirs en vente dans les boutiques, pourraient laisser croire qu’elle n’est qu’un aimable prétexte pour attirer le chaland. Pourtant, Saint-Tropez entretient aussi une mémoire plus incarnée, notamment à travers une place ornée d’une statue de Brigitte Bardot nue, émergeant d’un coquillage, inaugurée pour ses 83 ans.
Du retrait médiatique à la quête de nature
Lorsqu’elle renonce à son métier d’actrice pour se consacrer à la défense de la cause animale dans les années 1970, Brigitte Bardot s’éloigne du Saint-Tropez de la nuit, du luxe et de la fête, préférant passer l’été dans sa propriété de Bazoches, en région parisienne.
Elle y revient ensuite et ce sera sa dernière demeure, partageant son temps entre La Madrague et La Garrigue, une seconde maison cachée au sein de dix hectares de verdure, abritant des animaux et une chapelle privée.
« Je vis comme une fermière avec mes moutons, mes chèvres, mes cochons, mon petit âne et ma ponette, tous mes chiens, mes chats », racontait-elle en mai à BFMTV lors de sa dernière interview télévisée.
« Maintenant, j’ai envie de la paix, de la nature », insistait-elle, regrettant que La Madrague soit devenue « la tour Eiffel » de Saint-Tropez.
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Un amour critique et conflictuel pour le Saint-Tropez moderne
Côté terre, un portail bleu avec un « toutou bar » pour les chiens de passage isole la star des curieux qui gravent encore des messages sur les troncs des eucalyptus. Côté mer, il n’est pas rare que des embarcations stationnent pour tenter de l’apercevoir.
Nostalgique d’un Saint-Tropez « à la bonne franquette », elle a régulièrement tonné contre son évolution. En 1989, elle dénonce « l’impudeur, l’exhibitionnisme, le vice, le fric, l’homosexualité » qui s’y étalent. En 2006, elle critique « la ploucomania, les campings à la mode, les invasions touristiques de tous bords ».
Dans son « BBcédaire », paru à l’occasion de ses 91 ans, elle regrettait que ce « si joli petit village de pêcheurs » ait laissé place à « une ville de milliardaires où on ne reconnaît plus rien de ce qui en faisait le charme ».
Malgré des menaces répétées, la plus longue brouille n’a cependant duré que sept mois, en 1994, après la tenue d’un congrès de chasseurs dans une salle municipale.
« La vitesse, l’argent, le jeu : Saint-Tropez n’était plus le sien », expliquait à l’AFP en 2018 son amie Simone Duckstein, patronne du petit hôtel de La Ponche. « Elle détestait avoir à partager Saint-Tropez avec tout le monde mais, à cause du film, sa notoriété faisant, elle n’a pas eu le choix ».
Désormais, elle « appartient à la mémoire collective de Saint-Tropez que nous devrons entretenir », disait la municipalité dimanche à l’annonce de son décès.






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