La police a mené cette semaine un important coup de filet contre le clan DZ Mafia, qui domine le marché marseillais de la drogue, dans le contexte d’une guerre des gangs qui implique des adolescents de plus en plus jeunes.
Neuf personnes étaient toujours en garde à vue mercredi, suite à des arrestations opérées lundi dans le cadre de l’enquête sur un double meurtre commis en novembre 2023, a confirmé le parquet de Marseille. Ce double narchomicide avait fait une victime collatérale, une jeune femme totalement inconnue des services de police tuée avec un jeune homme impliqué, lui, dans des trafics de stupéfiants.
Aucune précision sur les personnes arrêtées n’a pour le moment été apportée par le parquet.
Selon le Parisien, dix personnes avaient été interpellées lundi dans ce dossier ouvert pour assassinat et tentative d’assassinat : les tueurs à gages présumés, mais aussi les logisticiens et les chauffeurs d’une opération dans laquelle les trois autres passagers de la voiture visée avaient été blessés.
Le 11 novembre 2023, vers 23h00, cinq personnes avaient été « rafalées à la kalachnikov », selon les termes du procureur de Marseille, dans leur voiture stationnée sur le parking d’un McDonald’s des quartiers nord de la ville.
Cette année 2023 avait marqué un triste record à Marseille, avec 49 morts liés au narcotrafic, dont sept mineurs. La plupart de ces meurtres avaient eu lieu sur fond de guerre pour le contrôle des points de vente entre la DZ Mafia et le clan Yoda.
L’opération cette semaine visant la DZ Mafia survient dans un contexte de forte émotion à Marseille, où deux narchomicides particulièrement violents attribués à ce clan ont été commis en 48 heures début octobre.
- « Sauvagerie inédite » -
Le 2 octobre, c’est d’abord un adolescent de 15 ans qui avait été tué. Recruté pour 2.000 euros, via les réseaux sociaux, par un détenu se présentant comme appartenant à la DZ Mafia, pour intimider un concurrent en incendiant la porte de son appartement, il avait été repéré par une bande rivale et poignardé à 50 reprises avant d’être brûlé vif.
Deux jours plus tard, le même détenu, tentant de se venger, avait envoyé un autre adolescent de 14 ans, exécuter un autre +contrat+: selon la justice, le but était de tuer un membre des « Blacks », le nouveau clan concurrent de la DZ Mafia, qui aurait pris la place de Yoda.
Mais là encore, l’opération ne s’était pas déroulée comme prévu. Tir involontaire, colère incontrôlée ? Avant même d’approcher sa cible, l’adolescent avait tué d’une balle en pleine tête le chauffeur VTC auquel il avait fait appel, Nessim Ramdane, un père de trois enfants.
Dénoncé à la police par un coup de fil de son commanditaire déçu, le jeune garçon avait été interpellé dans la foulée.
Jointe par l’AFP mardi, l’avocate du jeune tueur présumé a raconté avoir trouvé en garde à vue « un enfant en état de choc », qui n’avait « jamais utilisé une arme de sa vie ».
Quelques jours après ce drame, une vidéo très inhabituelle dans ce milieu avait circulé sur les réseaux sociaux, montrant des hommes cagoulés se revendiquant de la DZ Mafia et niant tout lien avec ces deux narchomicides. Une mise en scène rappelant les méthodes de communication du Front de libération nationale corse.
De source policière à l’AFP, cette vidéo n’aurait pas encore été authentifiée.
Depuis début 2024, la guerre entre narcotrafiquants à Marseille semble s’être déplacée du nord vers le centre de la ville, dans le 3e arrondissement, à la Belle de Mai, un des quartiers les plus pauvres d’Europe.
La DZ Mafia, désormais opposée au « clan dit des blacks de la cité Félix Pyat », se battrait notamment pour « la prise de contrôle du point de deal de la cité du Moulin de Mai », a expliqué récemment le procureur de la République de Marseille, soulignant « l’ultra rajeunissement » des auteurs de narchomicides et leur « sauvagerie inédite ».






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