Deux policiers viennent d’être mis en examen pour « non-assistance à personne en danger », sept ans après le passage à tabac d’une jeune femme par des forces de l’ordre à Marseille en 2018, s’ajoutant aux six agents déjà poursuivis dans ce dossier, a indiqué mercredi le parquet.
Les deux fonctionnaires ont été placés vendredi sous contrôle judiciaire, sans interdiction d’exercer, a précisé le parquet de Marseille, confirmant une information révélée par Mediapart.
Le 8 décembre 2018, plusieurs cortèges s’étaient rejoints dans la cité phocéenne : une marche contre l’habitat indigne, un mois après l’effondrement meurtrier des immeubles de la rue d’Aubagne, une marche pour le climat et une mobilisation de « gilets jaunes ».
Dans cette atmosphère particulièrement tendue, avec 500 policiers déployés, Angelina, 19 ans, vendeuse, qui se faisait appeler Maria, rentrait du travail avec son compagnon de l’époque lorsqu’elle a été touchée à la cuisse par un tir de LBD dans une ruelle du centre commerçant de Marseille.
La jeune femme a ensuite été violemment rouée de coups au sol par une quinzaine de policiers, frappée à coups de pieds et de matraques, ce qui lui a provoqué une fracture du crâne et de lourdes séquelles. En tentant de s’interposer, son petit ami a lui aussi été victime de violences de la part des forces de l’ordre.
Violences policières à Marseille : une enquête qui se resserre sept ans après les faits
Sept ans après ces événements, l’enquête a connu un tournant début octobre avec la mise en examen de cinq policiers pour « non-assistance à personne en danger », tous placés sous contrôle judiciaire sans interdiction d’exercer. Un sixième policier est également poursuivi pour violences aggravées sur le jeune homme qui accompagnait Angelina et se voit interdire tout acte de police sur la voie publique ainsi que le port d’une arme.
À ce stade des investigations, aucune personne n’est directement mise en cause pour les violences commises sur la jeune femme elle-même.
Dans ce dossier, une information judiciaire pour « violences aggravées et non-assistance à personne en danger » a été ouverte à l’été 2019 et l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a été chargée des investigations.
Selon Mediapart, qui s’appuie sur un rapport administratif, un policier a admis, lors d’une récente audition, avoir menti lors de sa première déposition en 2019 en raison de « pressions de sa hiérarchie et de son syndicat », Alliance Police nationale. Il avait alors nié sa présence sur les lieux, ainsi que celle de collègues, rapporte le média d’investigation.
« Nous sommes extrêmement satisfaits du travail accompli depuis deux ans avec la nouvelle juge d’instruction. Face aux éléments objectifs, les langues se délient », a déclaré à l’AFP son avocat, Me Brice Grazzini.
« L’état d’Angelina est toujours compliqué, elle a hâte que les auteurs de coups soient identifiés. Les noms sont connus parmi les policiers », ajoute son conseil.
- Ce qu’il faut retenir : sept ans après le passage à tabac d’Angelina à Marseille, huit policiers sont désormais poursuivis, dont plusieurs pour « non-assistance à personne en danger ». Malgré ces mises en examen, aucune personne n’a encore été formellement mise en cause pour les violences subies par la jeune femme. L’enquête de l’IGPN progresse, alimentée par de nouveaux témoignages et des aveux de mensonge d’un policier sur sa présence sur les lieux.
Avec AFP






