Dans la tour Bel Horizon, copropriété délabrée du centre de Marseille devenue plaque tournante du trafic de drogues, une locataire reste sous le choc et raconte : « J’ai entendu des coups de feu et vu depuis ma fenêtre un jeune rentrer dans l’immeuble ».
Le 26 novembre, peu avant 18h00, un Toulousain de 18 ans a été touché par quatre balles dans le dos sur un point de deal situé à l’entrée de cet immeuble de 19 étages érigé dans les années 1960.
Après avoir tenté de se réfugier à l’intérieur, le jeune homme s’est effondré au 8e étage, et un numéro de soutien psychologique a depuis été affiché dans le hall pour les habitants.
Depuis janvier, dix-sept personnes ont été tuées dans le cadre des trafics de drogues à Marseille, selon un décompte de l’AFP, un phénomène qui inquiète jusqu’au sommet de l’État alors qu’Emmanuel Macron est attendu mi-décembre dans la deuxième ville de France, un mois après l’assassinat du petit frère du militant anti-drogue Amine Kessaci.
Fathia* (prénom d’emprunt) n’a plus qu’un objectif : « vendre (s)on appartement. Personne n’en veut », soupire la retraitée, qui ne réussit plus à assumer les charges de son 60 m² acheté il y a une quarantaine d’années.
« Des fois, je paie et d’autres pas. Je n’y habite pas, je préfère être chez mon fils à Lyon », confie cette femme coquette venue simplement récupérer son courrier.
Haute de 60 mètres, visible depuis l’autoroute du Soleil (A7) qui traverse le cœur de Marseille et située à deux pas de la gare Saint-Charles, la tour Bel Horizon fait partie des 28 grandes copropriétés dégradées recensées dans une ville où la pauvreté ronge de nombreux quartiers.
Ce jour-là, deux des trois ascenseurs sont en panne, les cages d’escalier menant aux 133 logements sont encombrées d’ordures et des fils électriques sortent de murs dont les carreaux ont disparu.
À l’extérieur, les façades abîmées portent en rouge un « menu » indiquant 50 euros le gramme de cocaïne et 10 euros celui de cannabis, tandis que des flèches tracées sur le mobilier urbain guident les consommateurs jusqu’au « point de vente ».
« Les classes sociales modestes se sont retrouvées en difficulté pour payer l’entretien de leurs logements du fait de leur appauvrissement », explique à l’AFP la préfète déléguée pour l’égalité des chances Isabelle Épaillard, alors que la dette atteint près de deux millions d’euros.
Marseille : la tour Bel Horizon, copropriété dégradée au cœur des trafics et des tensions urbaines
À titre dérogatoire, l’Agence nationale pour l’habitat (Anah) finance les 300 000 euros annuels de gardiennage imposé pour un immeuble de grande hauteur (IGH), tout en prenant en charge l’installation de portes coupe-feu et divers travaux de sécurisation sans cesse contrariés par les trafiquants.
En dépit de près de trois millions d’euros d’aides publiques prévues au total, la commission de sécurité incendie a rendu un avis défavorable et la caserne des pompiers située au bout de la rue intervient régulièrement dans le secteur.
« Chaque jour, on croise les doigts pour qu’il n’y ait pas d’incident », confie un spécialiste du dossier, qui observe aussi que « Ceux qui ont hérité d’un appartement veulent l’abandonner et les propriétaires n’attendent qu’une chose, être expropriés ».
Après une longue procédure, deux copropriétaires ont déjà été dépossédés de leur bien et l’administrateur judiciaire AJAssociés les a présentés aux enchères, mais, « mais personne ne s’est présenté à la vente », indique-t-on.
À peine 13 % des détenteurs d’un titre foncier occupent encore leur logement, laissant le champ libre aux marchands de sommeil, aux squats et au trafic de stupéfiants, comme si tous les maux de Marseille se concentraient dans cet immeuble.
Malgré ces conditions de vie dégradées et la présence permanente des dealers, les commerçants du secteur sont restés : « On se côtoie et chacun fait sa vie », résume un artisan installé au pied de la tour.
En face, un ancien temple protestant transformé en « Parvis des Arts » en 1994, avec une salle de concert de jazz et un théâtre, continue d’exister.
Peu d’habitants du quartier franchissent pourtant ces portes, admet son fondateur Olivier Arena, qui estime : « On n’est pas du tout à la hauteur comme beaucoup de lieux culturels » et assure tenter « de tout faire pour qu’il n’y ait pas d’élitisme », parvenant parfois à attirer deux ou trois jeunes dans ses cours.
Les pouvoirs publics veulent désormais intervenir vite pour éviter que Bel Horizon ne devienne « la tour infernale », selon l’expression d’un haut fonctionnaire, le sort de l’immeuble devant être tranché avant la fin de l’année, avec une alternative entre rénovation totale ou destruction, cette dernière semblant prendre l’avantage.
- Ce qu’il faut retenir : La tour Bel Horizon, copropriété dégradée du centre de Marseille, est marquée par la pauvreté, le trafic de drogues et une forte insécurité. Les propriétaires occupants se raréfient, les dettes s’accumulent et les aides publiques peinent à remettre l’immeuble aux normes. Les autorités doivent décider d’ici la fin de l’année si la tour sera entièrement rénovée ou détruite.
Avec AFP







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