Mardi, Emmanuel Macron a appelé à « d’amplifier » la lutte contre le narcotrafic, en s’inspirant de la méthode utilisée contre « le terrorisme », après l’assassinat à Marseille, la semaine dernière, du frère d’un militant écologiste, présenté comme « un point de bascule » pour le gouvernement.
Dans la matinée, le chef de l’État a dirigé à l’Élysée une réunion d’urgence réunissant plusieurs ministres et responsables directement concernés par le trafic de stupéfiants, parmi lesquels le procureur de la République de Marseille Nicolas Bessone, le directeur général de la police nationale Louis Laugier et le directeur de la police judiciaire Christian Sainte.
Lors d’une conférence de presse à Berlin dans la soirée, le chef de l’État a affirmé que « Ce qui a été fait » et « et même réussi, dans la lutte contre le terrorisme », « nous devons le faire » désormais contre le narcotrafic. Il a aussi estimé qu’ « Acheter de la cocaïne », c’est « être complice ».
Ces déclarations interviennent après l’assassinat, jeudi, du frère du militant écologiste Amine Kessaci, engagé contre le narcobanditisme, un « crime d’intimidation » et « un assassinat d’avertissement » selon les autorités.
Devant l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a prévenu que « C’est un combat qui ne fait que commencer », en appelant à « l’unité nationale ».
Partageant l’ « émotion, la colère » et « la solidarité de l’ensemble de la nation » avec la famille Kessaci, qui a déjà perdu en 2020 un autre fils, Brahim, dans un règlement de comptes, le chef du gouvernement a assuré que « tout sera fait pour que la justice soit rendue ».
À la demande du chef de l’État, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez doit se rendre jeudi à Marseille avec son homologue de la Justice Gérald Darmanin, tandis que le président prévoit lui aussi un déplacement dans la cité phocéenne à la mi-décembre.
Laurent Nuñez considère que « Les trafiquants et notamment ceux qui dirigent les mafias marseillaises sont de plus en plus à cran parce que nous menons des actions qui sont extrêmement efficaces ».
De son côté, le ministre des Affaires étrangères Jean-Nöel Barrot doit présenter jeudi à Bruxelles une proposition de « régime transversal » de sanctions visant les acteurs de la criminalité organisée.
Sur le modèle de la lutte antiterroriste, l’exécutif défend un « décloisonnement entre le national et le local » et entre « tout ce qui relève de la police administrative et la police judiciaire », ainsi que des « coopérations internationales » renforcées avec les pays d’où certains commanditaires « continuent de donner des ordres ».
Narcotrafic à Marseille, justice sous tension et réponse politique de l’État
Les obsèques de Mehdi Kessaci ont rassemblé mardi de nombreux Marseillais, venus témoigner de leur douleur et de leur effarement face à cette « nouvelle étape dans l’horreur » du narcobanditisme, tout en redoutant qu’un tel drame ne renforce l’omerta.
L’avocat de la famille, Me Mathieu Croizet, a réagi auprès de l’AFP en rappelant que « Les grands effets d’annonce, c’est bien, les moyens concrets, c’est mieux », soulignant qu’il manque encore 30 magistrats dans la juridiction de Marseille. Emmanuel Macron s’est en outre entretenu par téléphone avec Amine Kessaci, selon une source proche du dossier.
Dans ce contexte, les faits criminels liés au narcotrafic se multiplient : à Grenoble, un jeune adolescent a été touché dans la nuit de samedi à dimanche par trois balles à proximité d’un point de deal, ses agresseurs étant toujours en fuite.
L’exécutif entend par ailleurs intensifier la mise en oeuvre de la loi promulguée en juin, qui prévoit, à compter du 1er janvier, la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), sur le modèle du parquet national antiterroriste et du parquet national financier.
Ce texte inclut aussi des mesures répressives, de nouveaux outils pour les enquêteurs et la création de quartiers de haute sécurité dans certaines prisons afin d’y placer à l’isolement les narcotrafiquants les plus dangereux.
Sa rapporteure, la sénatrice LR Muriel Jourda, attend en particulier les décrets d’application concernant le « statut des informateurs et le régime des repentis ».
À quatre mois des élections municipales, la lutte contre le narcotrafic devient un thème majeur de la campagne électorale.
Le candidat RN à la mairie de Marseille, Franck Allisio, a réclamé « l’état d’urgence à Marseille », une mesure qui donnerait davantage de pouvoir aux préfets pour interdire certains rassemblements ou décider de perquisitions administratives.
La question doit aussi être abordée au congrès de l’Association des maires de France (AMF), organisé cette semaine à Paris. Son président, David Lisnard, maire LR de Cannes (Alpes-Maritimes), affirme que « Cette réalité nous la vivons dans les grandes villes, les villes moyennes mais aussi les villages ».
De son côté, le député LFI de Marseille Manuel Bompard appelle à « sortir de l’impasse répressive sur la drogue », tout en plaidant pour le renforcement des moyens de la police judiciaire et de la justice afin de « démanteler en profondeur les réseaux de criminalité organisée ».
- Ce qu’il faut retenir : Emmanuel Macron veut appliquer au narcotrafic les méthodes déjà employées contre le terrorisme après l’assassinat du frère d’un militant à Marseille. Famille de la victime, élus locaux et responsables politiques réagissent en insistant sur la nécessité de moyens judiciaires et policiers concrets. La mise en place du parquet national anticriminalité organisée et la proximité des municipales font de la lutte contre les réseaux de drogue un enjeu politique central.
Avec AFP






